‹ La Crète ancienne [microform]Chapitre 50 sur 60 · USA, IX · texte numérisé non relu

USA, IX

(3) Monumenli..., XIV, c. 593, li-^. 55.

(4) 3Ionuinenti..., XIV, c. fiOO, lig. G^i.

(5) BSA, IX, p. 8.

(6) Exemples cités par Evans, l. l.

à certains coquillages, surtout des genres pecten et porcelaine, ainsi

qu'au nœud, spécialement au nœud d'Hercule (1).

Mais rien ne marque mieux Tétonnante survivance de certaines superstitions prophylactiques que le cœur d'or très mignon que M. Paribeni a découvert dans la nécropole de Ilagia ïriada (2). 11 n'a que 0",01 de hauteur sur une largeur de O^^OOô. Sur cette si petite surface l'artiste a su appliquer six objets: une main, un scarabée, un serpent, un scorpion, une spirale, et un petit coquillage. A peu près tous ces symboles, isolés ou groupés diversement, se retrouvent dans des productions du plus ancien art oriental; mais ce faisceau d'xr.z'pzzxix rappelle surtout étonnamment certaines figurines du monde gréco-romain. Une main peinte en blanc ou en bleu protège encore aujourd'hui un grand nombre de maisons juives à Jérusalem.

LA IIELICION.

Fig. 78. — Croquis pris au musée de Candie.

LES DIVIMTKS.

N'est-il pas téméraire de se demander, d'après les faibles indices que nous avons relevés, ce que les Cretois anciens pensaient de leurs dieux? Une pareille enquête doit nécessairement être très circonspecte et s'arrêter à temps. Toutefois une conclusion, négative il est vrai, s'impose avec une entière évidence. La religion n'était pas astrale. La croix gammée, la croix simple, et plus sûrement la rosette soiit probablement des symboles sidéraux, mais de purs symboles. Chez ce peuple qui aimait à observer la nature, le soleil, la lune, les planètes, les étoiles, ne sont à peu près jamais représentés. On peut citer en sens contraire la bague d'or de Mycènes, souvent nommée, et relativement récente; encore les astres n'y paraissent pas comme objets du culte. Quelques autres ex<Mnpb»s ne sont pas plus décisifs. Sur ce point l'ancienne religion ressemblait donc à la religion grecque qui ne devint ([ne très tard et très imparfaitement une religion astrale. Apollon y lut assimilé au soleil, mais Hélios n'y eut jamais le culte (jue Sippar remlait à Chamach.

C'est un indice que la religion grecque, surtout dans sa tradition Cretoise, peut nous aider à interpréter les anciennes idoles. iMais il

(1) Dictionnaire des antiquifês..., I, p. 256 B, et v" nodus.

(2) Monumenti....\l\, c. 736 ss.

faudra tout d'abord se garder de la mythologie. Si Ton s'occupait ici des (irecs, on aurait à montrer comment les figurations Cretoises ont pu donner naissance à des mythes, selon la méthode iconologique ([ue M. (^lermont-Cianneau a si bien mise en lumière. L'histoire du minotaure est née probablement des figurines du dieu ou du démon à la fois homme et taureau (1); l'enlèvement d'Europe n'est peut-être que la traducti<m d'une fresque représentant le jeu du taureau cl). Il y avait aussi les mythes étymologiques, comme l'histoire du filet de Dictynna.

Les mythes nous conduiraient donc sur une fausse piste; mieux vaut se borner aux traits généiaux.

a) Les déesses.

An premier abord on croit rencontrer trois déesses : la déesse nue, la déesse aux lions, la déesse aux serpents.

La déesse nue est rejïrésentée par les figurines des tombeaux, qui, plus probablement, sinon tout à fait certainement, doivent figurer la déesse. On ne peut guère la distinguer de la déesse à la colombe; A juger d'après les analogies orientales, la colombe est l'attribut de la déesse de l'amour.

On sait que cette déesse nue se rencontre dans le monde oriental, en Canaan, en Chypre, en Phénicie, en Habylonie. L'extrême antiquité des idoles Cretoises, antérieures même aux idoles cycladiques, nous empêche d'admettre un emprunt fait à l'Orient, d'autant qu'il serait singulièrement isolé. M. Salomon Heinach a même soutenu avec vigueur l'opinion contraire; la déesse nue aurait été imitée par les Habyloniens d'après les idoles égéennes (S). Entre ces deux extrémités, il sera plus prudent d'admettre l'originalité des deux types (V), sauf l'hypothèse d'une commune origine. Le geste oriental de la déesse qui se presse les seins comme pour en faire sortir du lait n'appartient pas î\ l'ancien art égéen. S'il s'est répandu dans la Méditerranée et jus-

(!) ns\, vu, i'tii. 7; cf. siiprn, fig. 41 s.

('») Sur un jjroupe de inarl)rc du Vatican, Europe semble dornpler le taureau; <lans Rosr.iiKH, le.T. myth., v" Europn.

{^) Ch rouiques d Orient, r sêriCf 1806. Appendice II : Les déesses nues dans l'arl oriental et dans Vartyrec.

(4) Voir inainlenanl. dans le in«^m«' .«ens, l'ingénieuse hypollièsc de M. Dt ssai n. L'île de Chypre (dans Itev. de l'École d'anthropologie^ XVII. 1007. p. 181-185). 1! pense qu en Chypre la déesse nue « est le résultat dune convention d'art » déjà fort évolué cherrliant à reproduire exarteinent les formes plasli(|ues en se débarrassant du vêtement.

L4 CRKTE A\r.iKN\K. 7

i.v <:iiKTi: anciknm:.

à certains co(|iiillagos, surtout des genrt^s /feclen et pnrcflainr ^ ainsi

qu'au nœud, s^x'ci.iIiMurnt au nceud d'Hercule 1 .

Mais rien ne niarijue miru\ r^tonnaule survivance de certaines superstitions propliylactitjues (jue le cd'ur d'or trrs niiiinon <jue M. Parihciii a découvert dans la nécropole de |[ai;ia Triada (2). Il n'a que 0 ',01 de liautrur sur uur largeur de ()"',()(>:). Sur crfte si petite surface l'artistr a su applitpier six ol>jets : une main, un scarabée, un srrp<'id . unscf»rpion, une spirale, t*t un petit cocpiillage. A peu |)rés tous ces syndjoirs, isolés ou groupés div<M'srnicnt, s(» retrnnvnit dans drs productions du plus ancien art oriental: mais ce faisceau iX-ir.z'zi-xix rappelle surtout étonnamment cert.iines tii; urines du monde gréco-romain. Vwv main peinte vw Mmuc ou en hleu protèiie encore aujourd hui un grand nondjre de maisons juives à Jérusalem.

Fii,'. "«. - <:riK]uis pris au iiiiiscc <l<' Candie.

KKS DIVIMTKS.

N'est il pas téméraire de se dem.uider, d'après les faibles indices que nous avons relevés, ce (pie les f.rétois anciens pensaient de leurs dieux.' lue pareille en<pu''le doit nécessairement être très circons[)ect(» et s'arrêter à tenq>s. Toutefois une conclusion, négative il est vrai, s'impose avec une entière évidence. La religion n'était pas astrale. \a\ croix uammée, la croix simple, et plus sûrement la rosette soid probablement des symboles sidéraux, mais de purs symboles. Cliez ce peuple cpii aiuiait à obseiver la nature, le soleil, la lune, les planètes, les étoiles, ne sont à |)eu près jamais représentés. On peut citer en sens contraire la ba,i:ue d'or de Mycènes, souvent nommée, et relativement récente; encore les astres n'y paraissent pas comme objets du culte. Quelques autres exenq)les ne sont pas j)lus décisifs. Sur ce point ranciemie religion ressemblait donc à la religion grecjpie (jui ne devint cpie très tard et très imparfaitement une religion astrale. Apollon y lut assimilé au soleil, mais lléli(KS n'v eut jamais le culte «pu» Sip|)ar rendait à (lliamacb.

C'est un indice que la religion grecque, sui'tont dans sa tradition Cretoise, peut nous aider à interpréter les anciennes idoles. Mais il

(1) Diclinnuftirc ilt'S fmtitfnihs..., I, p. 25G U. cl v nothis.

(2) Monumeiiti....\{\ , c. 7.>G ss.

l.\ l'.F.MCION,

faudra tout d'abord se garder de la myHi(»loL:ie. Si l'on s'occupait ici des (irecs, on aurait à montier comment les liguralions Cretoises ont pu tlonner naissance à des mytbes, selon la méthode iconologi(pie cpie M. Cleiinoid-C.anueau a si bien mis<' <'n lumière, l/bistoire du miuolaure est née probablenuMit des liuuiines du dieu ou du démon à la fois homim^ et taureau 1 : l'enlèvement d'Kurope n'est peut-étie que la traduction d'une fresque représentant b» jeu du taureau 4}. Il V avait aussi les mvtbes «''tvmoloi:i(|ues, comme l'histoire du lilet de hiclynna.

Les mythes nous conduiraient donc sur une fausse piste: mieux vaut se borner au\ traits iiénéraux.

ff) Lrs (Irrsscs.

Au premier abord on croit lenciHitrer trois déesses : la déesse nue, la déesse au\ lions, la dé(»sse aux serp(Mits.

La déesse nue esl repi'ésent«''e [)ar les ligurines des londieaux, (jui, plus pr<»bableuuMd, sinon tout à fait ceitaineuïcnt, doivent ligurer la déess(\ On ne peut guère la distinguer de la déesse à la colond)e; A juncr d'après h^s analo^uies orientales, la colondx^ esl I attribut de la déess(» de l'am^uir.

On sait que celte déesst» nue se rencontre dans le monde ori<Mdal, en Canaan, en Chypre, en iMiénicie. en llabylonie. L'extrême aulicpiité des idoles Cretoises, antérieures méuK^ aux idoles cydadicpies, nous enq>èche d'admettre un euq)runl fait à l'Oric'nt, d'autant cpiil serait siuiiulièrement isolé. M. Salomon lleinach a même soutenu avec vi- ,i:ueur r(q>iuion contraire: la déesse nue aurait ét('' imit(''e par les babyloniens «l'après les idoles éuéennes :{). Entre ces deux extrémités, il sera plus prudent d'admeltre l'originalité des deux tyjx^s (V), sauf riiNpothèse d'un(MM)mmune orii:ine. Le ueste oi'icmtal de la déesse cpii se presse» les seins comme pour <mi faire sortir du lait n'a[)partient pas •\ l'ancien art égéeu. S'il s'est répandu dans la Méditerranéen (^t jus-

I lis I. VII, II-. 7: «1*. supra. 11;^. il s.

CI Sur un -roiipe tir inaiiu*' du Valicaii. Kiiropc semble doinpier le tamead; «lans Ko- ^« iii:i;, i,('.i . nujlh., V Eiiro/)fi.

(;{ ('hroiiiquvadOricnl.'^'^n'u*, iS'.Ki. Appendio» If l.rs dvcssvs nues dans iarl orimhil fi dans l'ftrf (ftcr.

(4 Voir iiiainlenant. dans le iin^iiu' sens, l'iniiénieuse liypollièse de M. Di ssvi n. ///7r r/r (In/jnr (dans llrv. dv lljnle d'ntif/un/ndiHjir, WII. l'HtT. p. ISI-IS:. . Il pense (jii en riiypn' la dcessn nue .( esl le lesiiilal il «me «onvrnlioii d'ail >< d«'jà loii «'V(dné rlu-rdianl à r»*produire e\a<lenienl m«s rorincs |da>>rn|ues en se di'hanassanl du \<>lenienl

I A « iti II \\( Il N\| . 7

\A CRKTE ANCIENNE.

qu'en Sardaigne, voire même en Espagne, c'est par Faction des Phéniciens ou par des échanges antérieurs (1).

En revanche il y a une grande analoitie entre le type égéen ordinaire, celui de la déesse qui croise les bras à ani;le droit au-dessous des seins, qui est le type cycladique, et le type prédominant en Éhim. A Moussian, MM. Gautier et Lampre ont trouvé les deux types; « ou bien la déesse offre ses mamelles, enserrées entre ses deux mains, ou bien les avant-bras sont ramenés à angle droit sur la poitrine, les mains croisées au-dessous des seins, geste que nous retrouvons dans la plupart des grandes statues découvertes à Suse » (û). Donc en Élam le mode cycladique l'emporte, tandis que l'autre règne presque seul dans les pays sémilicjues. Ce sont deux attitudes assez distinctes pour que l'une ne soit pas l'imitation de l'autre. N'auraient-elles ])as une origine distincte, l'une créée par les Sémites, l'autre par un peuple dont il y aura lieu de rechercher les affinités?

On en conclurait à l'originalité de l'Aphrodite grecque, qui a été si souvent assimilée A Astarté, mais qui avait déjà de profondes racines dans le sol, en Crète et dans les Cyclades, trop longtemps avant les influences phéniciennes pour qu'on puisse la regarder comme un article d'importation.

Le mode sémitique aurait naturellement rayonné à l'est dans l'Élam, à l'ouest en Chypre.

La déesse aux lions a les plus plus grandes aftinités avec Cybèle. Cybèle est la déesse-mère, mère des dieux et des honnnes, la déesse des montagnes et aussi des grottes; elle est constamment accompagnée de ses lions, qui mi^ttent hnirs pattes sur elle comme ils le font pour la déesse Cretoise. Elle tient à la main des tleurs ou des fruits; on lui consacre des arbres. Mais nous n'entendons pas par là que la déesse Cretoise soit une Cvbèle. Cvbèle est la mère des dieux dans une religion déjà très spécialisée, celle des Phrygiens; elle est associée à Attis, elle a pour prêtres des Calls, son culte est orgiaque, (^es traits n'appartiennent pas à la mère des dieux ch(»z les Crées. Comme l'a très bien noté M. Rapp, les Phrygiens et les Crées étaient assez apparentés pour avoir en commun le culte d'une déesse mère des dieux (3). Celle des Crées était distincte de Cybèle, mais aussi de Khéa. Au lieu de l'associer à Attis, on lui donnait pour compagnons Pan et les Nym-

(1) Onlinairemciu les Orientaux man|tienl assez grossièrement certains poils que les Égéens ne figuraient pas d'habitude.

(2) Fouilles de Moussian, par MM. Gautier et Lampre, dans les Mémoires de la dilègalion en Perse, t. Vlll, p. 89.

(3) RosrjiF.R, Lex. myth., v Kybele, roi. If.iil.

\A RELIGION

phes. Elle avait ses temples particuliers, dont le célèbre Métroon d'Athènes, où l'on conservait les archives de l'État. Elle avait un temple à Pehastos (1). M. Rapp la caractérise ainsi :

Source de toute vie, Mi.-r.p T:avT(ov - Oscov zavTov t' àvOpcoTrcov (Hi/77in. hom., iï: Orph. hymn,, 27, 7), maltresse des bêtes sauvages représentée avec des lions (Paiis., VIII, xliv, 3), elle est la reine' des th^uves, de la mer, des sources. Elle est dame des montagnes (ipsa, Elrip., Uipp., \\\), Elle avait apparu miraculeusement à Pindare (S<:hol. Plnh., Pylh,, III, 137); c'était la mère-terre, confondue quelquefois avec Ce; son culte se pratiquait dans les cavernes (cf Ovidf Ma., X, 691).

Probablement il y a là aussi des traits de province, par exemple en ce qui concerne Pan et les Nymphes. La déesse Cretoise pouvait avoir aussi ses caractères particuliers de terroir. Dans l'ensemble les deux ligures coïncident. Il suffira de rappeh^ l'apparition de la déesse, accostée de ses lions, sur un pic conique représentant une montagne! Il serait étonnant que la déesse n'ait pas été honorée à Dicté, d'où son nom de Dictynna. Or Dictynna était liée aux sources et à la mer. La déesse-mère des Crées et Cybèle ont une commune origine; il faut mettre en tiers avec elles la déesse Cretoise. La grande mère grecque n'avait pas comme la phrygienne la coitliire crénelée, déformation peut-être du modim ou Am polos; mais toutes deux avaient pour insigne le tympanon, que nous n'avons pas rencontré en Crète.

En revanche une déesse Cretoise manie les serpents. Serait-ce donc une personnalité différente? Les serpents ne figurent pas dans Tarticlc kybele de M. Happ. On les trouve cependant sur un relief découvert récemment à Ouchak, irprésentant la mèie des dieux. D'après M. Cumont, elle « tient un grand serpent qui lui traverse obliquement la poitrine; le serpent est, en effet, regardé souvent comme un svmbole de la Terre et l'art romain le donne même comme attribut àTellus (2) ».

D'ailleurs la déesse aux serpents porte la même robe à volants et est décolletée de la même manière que la déesse aux lions apparaissant sur la montagne. C'était donc probablement la même divinité, toujours dans un rapport assez étroit avec la terre, et c'est cet aspect chtonien qui est mis en relief par les serpents. Elle n'était probablement pas sans analogie avec la Déo ou Déméter Cretoise [Hymm. hom. in Cer., 1-23 s.). C'est, avons-nous dit, celle que les Cretois nommaient Dictynna ou Britomartis, la douce (3), que les Crées ont assimilée à

(1) Uvi'P, /. /.,co|. \cm, qui cite linscription rapportée pariV. Jahrh, f. PhiloL, 1891 p i (•i) Hevue des ktudes anciennes, Vlll (t9(>fi), p. 281. (3} Hesycliius : Bpitv- yXuxJ- Kp^Ts;.

t^m^Èt^^^^A*

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LA rJiKTE ANCIENNE.

LA RELIGION

Artémis(l). Son rôle comme déesse à serpents est marqué par son identification avec la sombre Hécate (2).

La déesse aux lions étant la même que la déesse aux serpents, il est plus difficile de réduire à Tunité cette déesse mère des dieux ot la déesse nue ou à la colombe. Sur le terrain sémitique, ce serait plus aisé, et même ici M. Evans n'hésite pas. La colombe est rin<lice de la puissance céleste, comme le serpent marque la puissance cbtoiiiemie; ce s(mt les deux aspects d'une même divinité (3). Mais n'y a-t-il pas là un syncrétisme étranger aux concepts primitifs?

Quoi qu'il en soit, la distinction des attributs a du amener d'assez •bonne heure la distinction des personnes. Peut-être pourra-t-on rapprocher de la déesse à la colombe cette Ariadnê qui dut être d'abord une véritable déesse, la trh-sainte (V). Elle avait deux compas^nes dans la chapelle de Cnosse, et cela même nous invite à ne pas restreindre à l'excès le nombre des divinités Cretoises.

h) Le dieu.

Nous n'avons point rencontré de représentation distincte certaine du dieu Cretois. Mais on ne peut rapporter qu'à lui le symbole de la double hache. C'est l'attribut du /eus de Labranda, <{ui est une ville de la double hache, comm<' le Labyrinthe était le palais de la double hache. CVst aussi l'attribut du dieu hétéen (jui marche après la déesse. Le /eus de Labranda avait pour second attribut l'aigle, et c'est probablement un aigle (ou un corbeau?) qui se pose sur la double hache au sarcophage de HagiaTriada. Si on ajoule que le /eus Dolichenos, lui aussi armé de ladouble hache, était deboutsur un taureau, on aura lixé un nouveau trait du dieu crétois, qui était aussi un dieu au taureau.

(!) On lit dans les C/ironû/nes d'Orient (2* série, 1896, p. :>2t0, de M. S. Reinacli, A propos d'un vase publié par M. Wolters dans T'E^r^tx. àp/-- !8'>3. pi. x, 1 : « Voici d abord un vase archaïque des environs de Thèbes, sur lequel est (igurée une déesse étendant les bras au-dessus de «leux félins; sur sa robe est dessiné un poisson, autour d'elle sont des oiseaui, des croix «aminées, une télé de bout, une cuisse d'animal. C'est Artémis Dictvnna, Ttôxvia

(*>} Tivèî Ss ( BpiT6(x«pTiv ) tr.v ajtr.v sîvai ty; 'Exixr,, SehoL fid llymn. Orpfi.. XXX Vî. v. 12; cilé par M. Evans, HSA, t. IX, p. 8(;, n. 2. On peut citer encore Schol. Hurip. Hippol., 14fi : Tivèc 02 T^jv aÙTYiv elvat tf, 'Exdtxr;. Fick( Vorgriccinavhi' Ortsiiatnen, |>. 13;l) cite à Istron en Crète un temple d'Ares et d'Aplirodite où on nourrissait un serpent sacré.

(X) BSA, IX, p. 74 ss.

(i) Hesych., iK^o^j ■ àyuov Kpr-re;. Ariadné avait à Amatlionle en Ch>pre un culte qui la rapprochait d'Aphrodite; au sacrilice qu'on lui offrait au mois de Gorpiaios, un jeune lioiume se couchait et imitait une femme en couches par ses cris et ses gestes; on nommait le bois où était son tombeau : 'Apidtovr, 'A?poo(tyi (Pi.trvKoi k, 77/rsc>, 20. Le rite de la nmradf doit être nécessairement fort ancien.

Dans quelle mesure admettait-on Tunité ou la pluralité de ces hypostases? C'est ce qu'on ne saurait dire. Maison constate ainsi, en Crète et en Asie Mineure, une certaine unité. Le type de /eus est évidemment celui du dieu suprême, dans la maturité de la vie, et dans la plénitude du pouvoir. Aussi ne voyons-nous pas pourquoi M. Evans regarde volontiers le dieu crétois comme le fils ou Tamant de la déesse, comme un dieu imberbe, et par conséquent secondaire. Les légendes Cretoises insistaient en elFet beaucoup sur l'enfance du dieu ; on montrait son berceau, on connaissait sa tombe. Mais ces légendes datent de Tépoque grecque et elles supposent une transformation de la déesse ancienne en Rhéa. Insister serait s'engager dans un labyrinthe inextricable, d'où, pour notpe part, nous ne saurions pas sortir.

SKPl LTURE. SURVIVANCE.

Nous avons dii renoncer à décrire les sépultures pour ne pas grossir outre mesure cette vue rapide de la Crète ancienne.

Nous nous bornerons à (|uelques lignes générales, suggérées par les observations de M. Savignoni.

Il est probable qu'en Crète — comme ailleurs — les morts furent d'abord ensevelis dans la terre, ou dans des cavernes, naturelles ou creusées dans le roc. Cet usage primitif fut toujours employé pour les pauvres. Mais de très bonne heure — et par là il faut entendre le minoen ancien, aussitôt après le néolithique — , on ensevelit le mort dans des caisses d'argile. Cet usage, étranger à la (irèce du continent, fut probablement enq)runté à l'Egypte ; là on ensevelissait régulièrement les morts dans des caisses de bois, quelquefois même dans des caisses de terre. Il y eut un moment, en Crète, où les riches abandonnèrent ces caisses pour se faire ensevelir à ras du sol ou dans des fosses creusées sous les tondies à coupole. La tombe à coupole pouvait passer pour remplacer la caisse. Le peuple chercha à imiter les riches tombes à coupoles, mais sans abandonner les caisses. Il semble qu'elles redevinrent à la mode, même pour les riches, car on doit considérer comme des objets de luxe les sarcophages en terre cuite dont nous aurons à parler. Les caisses primitives étaient simplement des ustensiles domestiques; il ne faudrait pas y voir une imitation des mais(ms; on ne peut donc conclure de leur toit incliné à la forme des demeures, ni, par conséquence, à l'habitat septentrional primitif des Crétois. Elles étaient d'abord assez petites, de sorte que le mort ne pouvait y être introduit que replié et même littéralement coupé en morceaux.

LA CHKTK ANCIK^NMi.

Les savants italiens estiment qu'ils ont découvert des indices de crémation tout à Torigine (1).

Après les trous creusés dans le rocher, la forme la plus ancienne de la tombe est la tombe à coupole {l/iolos\ avec corridor (dromos) y conduisant; les plus célèbres appartiennent aux environs de Phaestos Ilagios Onouphrios, Hagia Triada. Cette forme est bien connue sur \è continent par les splendides monuments de Mvcènes et d'Orchomènemais elle ne paraît pas y être née. M. Perrot remarquait déjà que ce type, qui parait en Grèce tout formé, a du être emprunté à un pays où il avait évolué lentement; il songeait à la Phrygie (2). Il faut aujourd'hui dire la Crète. La Crète elle-même a-t-elle emprunté cette forme à l'Egypte? C'est l'opinion de M. Savignoni; de toute façon, il ne serait question que d'une influence très discrète, tant le type crétois est varié. D'ailleurs on ne peut pas oublier la dilfusion de la tombe à tholos dans tout le monde occidental (3). Peut-être les cas où Tinfluence de l'Egypte est reconnais^able à Tantichandire, à certains détails d'architecture, prouvent-ils seulement l'application de diverses paHicularités égyptiennes au style traditionnel de la race.

Les Crétois ne semblent pas avoir eu le respect du repos du mort, principe sacré chez les Égyptiens et chez les Sémites. Un exemple vraiment extraordinaire de leur sans-gène est la tholos de Hagia Triada, découverte par M. Halbherr en 190V. La coupole mesure °un peu moins de 9 mètres de diamètre, avec un rlromos court vt étroit à Test. En avant, le longdu <lromos, douze petites chambres. Or la tholos contenait environ 200 squelettes qui ne provenaient point d'une seule tuerie, puisqu'il y avait des femmes et des enfants. Les chambres en contenaient une cinquantaine. On les avait donc entassés à la longue. A Phaestos, quand on n'avait plus de place pour mettre des caisses, on vidait l'une dans l'autre, ce qui leur donne l'apparence d'ossuaires; quand on n'avait plus de place du tout, on mettait les cadavres par terre.

Quant aux objets déposés près des morts ( V), ils sont ce qu'ils sont en pareil cas dans les anciennes civilisations. Prenons pour exemple la tholos de Hagia Triada. M. Halbherr a signalé à côté des crânes

(1) Monumenti..., XIV, c. 659 ss.

(•>) Histoire de l'art..., {. Vi, |». 603.

(3) M. Paribeni noie (Monnmenti..., XIV, c. 709, n. 5J : .. È nolevole, che in tombe di qu.sla forma si Irovino in Spa^na e in Porlogallo ojjgeUi aniicbissimi dell' elà eneolitica ». Peut-on attribuer cette ressemblance - à une date si haute - à des inlluences indirectes? N'est-ce pas plutôt I indice d'une communauté de race.»

(4) A noter le fait curieux de Hagia Triada : les chambres contenant les vases sont complètement distmctes du lieu où sont les ossements (Halbhehk, Rapporta..., p. 218 (14).

LA HELIGION.

des quanlilés de coquilles comestibles, des vases en pierre (marbre, granit, calcaire, albâtre, stéatite), de petits mortiers, des brûle-parfums, des figurines de stéatite et d'albâtre, des vases en argile, rappelant la céramique des deux premières villes de Troie; une admirable collection de sceaux d'ivoire, d'os, de stéatite, de pâte blanchâtre et même de terre cuite, qui semblent placés près du cou du cadavre comme signes de reconnaissance, de toutes formes, cônes, cylindres, disques, boutons, des pendeloques en forme de pied ou de chaussure, un nœud sacré, des poignards de bronze triangulaires.

Il semble que les défunts étaient ainsi pourvus d'aliments et de boissons, de leurs cachets distinctifs et de leui*s armes, munis aussi des prophylactiques les plus puissants, protégés par leurs dieux et servis par leurs esclaves.

Kieu dans tout cela qui ne soit conforme à ce qu'on voit dans toutes les nécropoles antiques, sauf l'allure spéciale de l'art, sur laquelle nous ne pouvons insister.

Tout autre est l'intérêt, spécial et vraiment exti*aordinaire, de certains monuments funéraires qui représentent peut-être la pensée — certes très voilée — des anciens Égéens sur la vie future. Nous en citerons spécialement quatre : l'amphore de la nécropole de Pitanè en Kolide (1), l'ossuaire crétois publié par Orsi (2), l'un des deux vases de la nécropole de Phaestos, décrits par M. Savignoni (3), et le sarcophage peint de Hagia Triada. Ces monuments sont en terre cuite et ne peuvent guère dater que de la période dernière de l'art mycénien. Les vases de Phaestos spécialement, s'ils n'étaient rapportés à l'époque mycénienne par les circonstances de l'invention, pourraient passer pour une transition du style mycénien naturaliste au slyle géométrique. On y trouve encore l'inspiration naturaliste dans la reproduction des poissons, des animaux et des fleurs; mais déjà la distribution des sujets est géométrique; le corps même des animaux est traité d'une façon conventionnelle. D'ailleurs, comme le remarque très bien M. Savignoni, le géométrique était aux origines en Crète; il reprend le dessus, et commence à constituer un style presque nouveau, même avant l'arrivée des tribus helléniques.

il était nécessaire de bien dater ces productions d'un style de transition, qui représentait peut-être aussi des idées en partie nouvelles.

L'amphore de Pitanè (fig. 79) a été expliquée par M. Frédéric Houssay comme une sorte de théorie sur la genèse des êtres. M. Perrot a ac-

(1) Pkhrot..., Histoire de l'art.. .y t. VJ, fig. 48U et 491.

(2) Histoire de l'art. ..^i. VI, lig. 41)0, d'après Ousi, Urne cretest, pi. I.

(3) Monumenti...^ t. XIV, c. 573 ss.

LA CHKTK ANCIENMi.

LA lŒLIGlON.

cepte celte manière de voir, et M. Iloussay a donné de nouveaux aigumenls qui la rendent très plausible d). On ne saurait mieux laire que de reproduire ici la description de M. Perrot : « Ici le poulpe, un poulpe gigantesque, avec sa chair molle qui rappelle

H'^. l'x - Ucveloppcinenl <lu dvcor do ran»(.lioie de Pilanè. D'apns I»ei;i;ot, Ilishnrc..., VI,

l'argile plastique, serait pris comme le synd)olc de la matière qui, sous l'action de cette eau salée où pullule la vie, se changerait en toutes sortes d'animaux... Des animaux qui s'agitent entre ces bras, les uns, surtout à gauche, emportés par le courant (|ue déterminent les contractions rythmées de l'appareil resi)iratoire, iraient achever de se définir en passant par ce que Ton pourrait appeler le foyer central, si ce travail ne s'opérait pas au sein de la masse li^juide. D'autres, oies ou flamants, déjà complets, s'envoleraient vers Tair libre, vei-s l'espace où ils ouvriront les ailes. Quelques types auraient été particulièrement choisis pour rendre sensible la pensée de l'artiste. A gauche, on voit une aclifiir ou ortie de mer; c'est le polype qui se serait changé en insecte. Voici à droite le hérisson ; il n'est que le développement de l'oursin; en recevant des pattes, il est devenu apte à marcher sur la terre. Près de lui, un cheval, mais auquel manquent les membres postérieurs : c'est l'hippocampe Jiipporam/jits ant'ujHo-

(1) Les théories (le la Genèse à Mycènes et le sens zoologitjue de certains syinttoles du culfe d'Aphrodite; Paris, 1895: extrail de la He vue archéologique: la deuxième partie de la brochure contient des vues beaucoup plus contestables.

mm , petit poisson très abondant sur les rivages de la Méditerranée, qui est entrain de se métamorphoser en quadrupède » (1).

On dira que cette interprétation est bien subtile, et on verrait volontiers dans les flots qui entourent le poulpe l'Océan homérique qui cercle le monde; les animaux, les poissons, les oiseaux représenteraient les habitants de la terre, de la mer et de l'air. Mais pourquoi le poulpe remplit-il tout cet espace, si la scène n'est pas dans la mer, à l'origine du moins, sauf aux êtres, désormais organisés ou en train de l'être, à gagner le cadre (jui leur convient?

D'ailleurs l'ossuain» crétois (lig. 80) est encore plus clair dans le sens d'une génération marine et spontanée. Un arbre à larges feuilles croît dans la mer, au milieu des poissons. De ses feuilles se détachent des canards; il est inq)ossible de méconnaître (jue les plumes des canards sont disposées de façon à ressembler le plus possible aux feuilles de l'arbre.

Or, M. Iloussay a rappelé la fable de l'oie beniache, ([ui sort d'un arbre marin, et il a rapproché ces canards du coquillage cirripède nommé vulgairement anatifr, le lepas anatifera ou porte-canards.

De pareilles coïncidences ne peuvent i)araitre fortuites, à qui a reconnu une fois les sources profondes des légendes et des superstitions populaires.

Les deux sujets convergent donc vers le même sens, et on n'objectera plus l'incapacité de ces peuples anciens de s'élever à une conception sui* l'origine des choses. Ce n'étaient ni des sauvages, ni même des barbares.

D'ailleurs ni M. Iloussay, ni M. Perrot ne se sont demandé pourquoi un pareil sujet sur un coffret funéraire? Sans doute on mettait dans les londics bien des articles appartenant au défunt et destinés d'abord à un usage profane; mais ce ne peut guère être le cas pour les grands vases de terre cuite, — ni surtout pour les sarcophages, fabriqués tout exprès.

(1) Perkot, 1. 1., p. y 26-930.

Kig. 80. — D'après Pkiiuot, Histoire...j VI, fig. '«îK).

Rien de plus naturel d'ailleurs que de rap[)eler la mystérieuse genèse des êtres et leurs Iransformations, des formes moins parfaites aux plus parfaites, au moment où l'on mettait dans la tombe une personne chérie, dont on était assuré qu'elle allait commencer une nouvelle existence. Sans doute, chez beaucoup de peuples, cette existence n'est que la continuation de la vie présente; mais on ne pouvait la croire tout à fait semblable, et ne pouvait-on l'imagineret la souhaiter meilleure? Il serait bien étonnant (|ue des peuples, en relations suivies avec l'Egypte depuis des siècles, n'aient jamais aborde ce problème. Comme la mer donnait naissance à fous les êtres, ainsi le défunt entrait dans un océan nouveau, pour s'y transformer encore, dans l'océan céleste...

Tout cela paraîtrait peut-être un peu forcé, sans la confirmation

qu'apportent les deux vases de Phaestos, d'après l'interprétalion qu'en donne M. Savignoni.

Ici nous sommes bien d'accord avec lui que la génération spontanée n'est pas en cause.

Sur l'un d'eux, le plus remarquable, l'océan céleste, figuré dans les monuments précédents

Fig. 81. — D'après Monumenti..., XIV, pi. 38, 2.

par le symbole de la mer, est représenté directement par les courbes qui entourent la scène (fig. 81). L'oiseau au milieu de la mer, porté par le poisson, est l'àme qui traverse cet océan pour alioutir au céleste séjour. Elle va bientôt toucher au pollen, nourriture des bienheureux ; dans un second panneau du niénir tabloau, deux antres fîmes sont déjà arrivées; elles s'en rassasient, pendant que le poisson, son rôle terminé, gobe un coquillage. M. Savignoni a pris soin de rappeler que le mort a souvent été représenté comme un oiseau (1). M. Maspero montre la boime vache Hathor emportant sur son dos le mort ligure au naturel et son Ame en forme d'oiseau (2), ailleurs

(1) S\vi«;nom, Jnhreahcfle îles oeshr. Arch. Inst., lOoi, |>. TU ss., cilant Welckek, Der Seelenvogelin fier alten Lilterotur und huntf.

(2) Histoire..., l. I, p. 187.

LA RELIGION

les cynocéphales tirant un filet oii les âmes sont prises pendant qu'elles traversent des flots (1). Le poisson est probablement un guide mystérieux, prototype du poisson ou dauphin sauveur qui porte sur sa croupe Mélicerte-Palaimon ou Arion. Il est probable que, d'après d'autres traditions, il fallait aussi traverser les airs. Ce sera donc le sens du sarcophage peint de Hagia Triada sur le côté qui représente deux personnes enlevées dans les airs par un char que traînent deux griffons. Le motif s'est perpétué, quoique rarement, dans l'art grec (2).

Nous avons rattaché à la même idée la colombe du chaton d'or de Phaestos (fig.70) : elle semble représenter l'âme qui sort du tombeau.

Si ces interprétations ne sont point trop hasardées, nous sommes loin du Chéol hébreu ou de VArallou babylonien. Mais en revanche nous sommes très près du paradis égyptien tel que le décrit M. Maspero, quand les Égyptiens l'eurent fixé au ciel, dans la voie lactée (3).

Assurément ces interprétations symboliques font une large part à la conjecture, et il est impossible de nier qu'elles dépendront souvent des idées personnelles de l'exégète archéologue. Cependant il nous est impossible de comprendre la portée des objections générales que leur oppose M. E. Pottier (i). Poussant à l'extrême le système qu'il combat, M. Pottier demande : « Les sujets peints sur les vases constituent-ils un langage, une écriture, que chaque céramiste emploierait en toute connaissance de cause, comme un scribe égyptien use d'hiéroglyphes? En les juxtaposant, se préoccupe-t-il de composer une « phrase », qui aurait pour lui, comme pour ses clients, un sens clair? » Et il est facile à l'éminent archéologue de conduire ces prémisses à une conclusion invraisemblable : « Ainsi, ce que l'écriture hiéroglyphique, maniée par des prêtres et des fonctionnaires, n'a pu faire, — garder son sens concret et primitif dans toute sa pureté, — la

(!) Eod. lac, p. 184.

(i) Cf. Sur une plaque estampée trouvée en Grèce, par G. Rayel [Bulletin de Correspondance hellénique, \U (1879), p. 32tl-:i;«, avec héliogr. pi. XIII). M. Rayel rappelle une aulrc plaque en terre culte décrile par Weicker, acquise à Égiiie ; on voyait sur le char une déesse entièrement nue et un jeune dieu nu et ailé. «Derrière cet attelage on aperçoit au second plan deux pilastres isolés, placés là sans doute pour indiquer l'entrée d'un sanctuaire, et qui introduisent dans la composition deux lignes verticales d'un effet assez malheureux M. La déesse est probablement l'âme, et le prétendu sanctuaire son tombeau. Le deuxième exemjde, celui que publie M. Rayet, a été trouvé à Atalante, au territoire des anciens Locriens, mais l'origine est incertaine. Ici, la femme monte sur le char; le dieu est déjà installé. Les griffons vont s'enlever dans l'air avec vigueur. Un sujet assez semblable au Musco nazionale dette Terme, à Roine, est qualilié « rapt d'Hélène par Paris »,

{;{) Histoire..., t. I. p. 181 s.

(4) Bulletin de Correspondance lictlénique, 1907, p. 131 s.

LA CRKTE ANCIENNE.

langue pictographique des industriels l'aurait réalisé sans difficulté pendant des siècles, et nous aurions le droit de lire sur un tesson de Susiane antérieur à 3500, comme sur un vase crétois de Tan 2000, ou sur une fibule géométrique de l'an 800, des rébus hiéro.ulyphiques dont les signes déterminatifs n'auraient pas changé. » Sans doute personne n'acceptera cette immobilité du symbolisme. Mais, en vérité, ce n'est pas ainsi que se pose la question. On ne prétend pas que les représentations figurées soient des écritures, et que le groupement des symboles constitue une phrase.

On compare seulement certaines peintures sur vases ou ossuaires aux sujets des cachets qui, eux, représentent certainement des scènes religieuses. Si les grands cotés du sarcophage de Ilagia Triada reproduisent certainement une scène de sacrifice en faveur d'un mort, pourquoi les petits côtés du même monument ne feraient-ils pas allusion aux destinées de ce mort ? Et si les Égyptiens ont peint l'àme allant dans l'autre monde sui* une vache, les Cretois n'ont-ils pas pu esquisser le même voyage en plaçant l'Ame sur le dos d'un poisson? Avec le temps, ces symboles ont dû être méconnus ; ils sont devenus de simples motifs d'ornementation qui ne comporlent pas d'exégèse religieuse. « Quel tailleur de pierres, ajoute iM. Pottier, sculptant un mascaron au-dessus (Fune porte, se souviendra qu'autrefois on faisait de ce masque une protection pour la maison .' » Soit, mais ce qui ne signifie plus rien a donc signifié quelque chose. C'est ce moment que doit apprécier l'exégèse symbolique.

Il semble bien que Ton a plutôt minimisé le sens religieux de Tart antique; c'est ainsi que M. Salomon Reinach a été le premier à le reconnaître dans la porte aux Lions de Mycènes.

Les caisses mortuaires ou les vases dont il s'agit viennent d'un pays où l'on prodiguait sur les cachets les scènes religieuses, et qui, placé sous l'intluence de l'Egypte, a dû connaître ses théories de l'au-deh'i et ses manières de les représenter.

Elles ne sont point toujours obvies. Le moment suprême des mystères d'Eleusis était Tostension d'uu épi (1 ). Des savants aussi exceptionnellement éminents que MM. Foucart et Kohde ont refusé de voir aucun lien entre cette manifestation sacrée et le thème de la vie

(1) 'AOrivaioi [xuoOvte; 'E>îu«TÎvia xai iTcioeixvCvtc; toî; inonzz'jouai tô |i£y« xat Oau(ia<jTc.v xai xeXsiOTatov iizoïzxixoy UeX jxyariQpiov èv ffiwTt^ xsOejiKUtévov czikyw Phifoscp/ioumcna. V, 115, dans Fol«:art, Recherches surl'originr vt la nature des mijslèn's d fUeusis.ûans les Mémoires de l Institut national de France (1896), p. 15 s. Lorsque M. Fourarl déclare (p. 40) que « dans la religion jîrecque il n'y avait pas de syniboles >», il l'entend des allégories dont l'origine esl évidemment philosophique.

LA RELIGION

future qui faisait le principal objet des mystères. Or, on vient d'installer au musée du Caire, avec l'admirable mobilier du beau-père et de la belle-mère d'Aménophis III, découvert par M. Davis, un sarcophage sur le couvercle duquel on avait semé du blé qui, en poussant, avait dessiné les lignes du corps du défunt en Osiris. N'est-ce point la preuve que le blé était un symbole de résurrection ou du moins de vie nouvelle après la mort ?

Cet exemple ne nous éloigne pas de notre sujet autant qu'il semble. M. Foucart a toujours exprimé la conviction que les mystères d'Eleusis étaient originaires d'Egypte. Avant les découvertes de Crète, il refusait créance à la tradition au sujet de l'empire de Minos : « L'établissement d'un empire maritime et la répression de la piraterie n'ont rien (jui réponde à l'état des tribus turbulentes et à demi barbares qui occupaient alors l'Hellade... » (1). Minos aurait été un vassal de l'Egypte... Aujourd'hui, sans renoncer aux infiuences égyptiennes, il admettrait vohmtiers que « la civilisation et la religion de l'Egypte passèrent par la Crète pour se i)ropager dans tout le bassin de la mer Egée » (2).

L'îVme en forme d'oiseau, le poisscm ou plutôt le dauphin sauveur, sont des thèmes bien connus de la mythologie grecque. Les initiés à Eleusis eux-mêmes savaient très bien qu'ils auraient à travei*ser un lac pour arriver aux lies Fortunées...

Il suffira d'avoir indiqué cette voie; si l'exégèse religieuse des anciennes peintures est légitime, il faut concéder de nouveau qu'elle est sujette à bien des fanlaisic^s, qu'on n'a pas toujours évitées.

Faut-il essayer d'esquisser les grandes lignes de la religion Cretoise, d'après les renseignements que nous ont transmis les fouilles? Il serait sans demie prématuré de le faire d'une façon positive; on peut toutefois essayer de se rendre compte de ses affinités avec les religions des peuples voisins et de déterminer, au moins dans une certaine mesure, les infiuences réciproques. On procédera ici avec «l'autanl plus de sûreté qu'on renoncera à pénétrer dans les concepts religieux eux-mêmes, qui nous échappent, pour s'attacher aux formes extérieures que nous ont révélées les récents travaux.

Il est tout d'abord un élément, et c'est sans doute le plus considé-

(1) Hecherches snr I oriyine cl ta nature des mystères d'Eleusis (ISOfi), p, 12. Ci) t.es Crands mystères d'Fhusis, éàns les Mémoires de l'Institut national de France 1904), p. I,i5.

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