‹ La Crète ancienne [microform]Chapitre 51 sur 60 · I.A CRÈTE ANCIENNE · texte numérisé non relu

I.A CRÈTE ANCIENNE

rable, qui ne peut servir de jalon utile aux comparaisons, parce qu on le retrouve partout.

Le culte de la divinité sous la forme humaine, mâle et féminine e culte des animaux ou du moins le mélange. ,la..s les idoles, de 1 homme et .le lanimal, le culte des arl.res, et, <lans une certaine mesure, des pierres, le sacritice, les autels, les lieux ,lu culte en pl.>in air, les cavernes sacrées, sont des piiénomènes qui se retrouvent à peu près dans toutes les religions anciennes.

Cet élément commun mis à part, y a-t-il <Ians le .létail des pratiques ou dans les procédés plastiques des points .h> repère avec les reLgions voisines?

Un juge aussi éclairé que M. H. R. Hall a proclamé que la religion creto.sc semblait cananéenne (1). 11 serait diflicile .l'as-seoir cette proposition sur des l)ases solides. Des deîix côtés, le culte ,1e la déesse parait l'emporter, au moins par le no.nhre des représentations figurées ; des ,leux côtés elle est surtout représentée nue. mais idns evclusivcnient en Canaan qu'en Crète ; ,les .leux côtés elle a pour associé un d.cu mâle qui parait être le <lieu de l'orage. Ce sont là, sans parler des .-h-meiits communs, - cavernes, cultes des arl)res, etc., - des ressemblances assez saisissantes. Mais aucune particularité très bien spécifiée ne donne à ces ressemblances le caractère d'une influence .art La «blesse nue na pas ,les deux parts la même attitude; la double hache ,lu «lieu mâle est inconnue en Canaan. Or c'est surtout a propos de ces .létails qu'on peut parler .l'influence. Comme l'a tirs .justement dit M. Poltier : „ Ceux .jui cr..ient aux influences venues de 1 ( rient ne préten.lent nullement que les Orientaux aient tout appris a des peupla.les entièrement sauvages .jui ne savaient rien,.. Ce que nous enten.b.ns par iofluences, c'est ce que le peuple le plus ancien ot le plus avancé en culture apporte à des races plus jeunes et n.oius dev.-lopp..es le moyen .l'exprimer ses pensées par des formes dart claires et belles (2) ., ou ,Iu nu.ins .l'exprimer ses i.lées religieuses par des symboles saisissants et .lune efficacité admise.

Cette influence d'un peuple plus ancien et plus développé, l'Égvpte 1 a exercée sur la Crète, dans le domaine de l'art et dans l'indu^irie, et aussi dans le domaine religieux. Qu'il suffise de rappeler l'usage des caisses funéraires, l'attitude du .léfunt sur le sarcophage ,1.> Hagia Iriada, et peut-être surtout la consécration du pilier ou de la colonne. C est une différence notable entre la religion crétoise et les religions

!'! In^lifl T"" ''""?""""."■ '■''"''"'■"■'• "''^ ■■ ^''^ '"■" '""yriMs. ,.. 337. W ttuUetin (le Corresponilance lielleiii<iur, 1907, p. 121 s.

LA RELIGION

sémitiques que ce pilier-support carré en contraste avec la pierre conique dégagée. Or le pilier au chapiteau en tête d'Hathor est bien en Egypte un pilier sacré, et on ne peut se défendre de comparer les piliers des palais crétois à ceux du temple du Sphinx, près des Pyramides de Gizeh, ou à la colonnade de Mentu-hetep, au temple de Deir el-Bahari (1).

Peut-être encore faut-il ajouter, pour une époque relativement basse, les derniers temps des grands palais, la pénétration des idées égyptiennes sur le séjour des bienheureux.

Il est à remarquer que ces influences sont surtout sensibles sur la cote méridionale de la Crète. Elles n'offrent donc aucun mystère. Elles résultent de l'ascendant d'une puissante civilisation comme celle de l'Egypte, à une époque qui, en Egypte du moins, est parfaitement liistorique.

Mais voici qui est beaucoup plus extraordinaire. Tandis que l'Assyrie ou Babylone, considérées comme représentants de la culture sémitique, ont encore eu moins d'action dans la Crète ancienne que la Phénicie ou le pays de Canaan en général, nous avons pu relever des points de contact frappants et nombreux entre la Crète et l'Élam : l'Élam, c'est-à-dire la Susiane, l'Élam point de jonction entre les Sémites et les peuples que la Hible rangeait parmi les fils de Japhet. Happe- Ions la croix, la double hache, le svastika, les trois troncs d'arbres liés ensemble dans le lieu de culte, le rôle proéminent du taureau et le mino taure lui-même.

Comment expliquer ces ressemblances à une pareille distance?

On ne peut songer à une infiltration lente par le commerce, car le commerce entre la Crète et Suse avait pour intermédiaires naturels les peuples sémitiques. L'hypothèse d'une conquête parait encore plus désespérée. Il y a cependant ([uelques raisons de l'envisager. Nous savons par les inscriptions cunéiformes que Sargon d'Agadé et Naram-Sin ont étendu leur empire jusqu'au <lelà do la mer occidentale. On n'en connaît pas les limites, mais il ne serait pas téméraire d'y comprendre l'ile de Chypre. iM. Winckler irait même beaucoup plus loin (-2). A cet empire succéda la domination Élamite que la Hible rattachait au nom de Chodorlaomor (3i. Elle fut renversée par llammourabi, qui s'intitula roi de l'Occident. L'empire élamite, intermédiaire entre les deux monarchies babyloniennes, fut peut-être aussi vaste. S'il a occupé la Crète, on s'expliquerait la présence du

(1) Rap|>roclu'moiit susg.'iv par M. H\ll, JHS, p. 320-337, The tivo Labyrinths.

(2) De r aie (tvinif, VI, l; VII, 2.

(3) Ce». XIV, I.

LA CUETE ANCIENNE.

taureau et de la double hache qui ne s'y rencontrent qu'au temps des seconds palais, tandis que le tnurejiu du moins remonte dans rÉlam à l'antiquité la plus reculée. Pourtant ne nous pressons pas d'accuser les bandes de l'Élam d'avoir ruiné les premiers palais de Cnossos et de Phaestos. Elles n'y seraient venues qu'A la suite des Sémites du sud de Iîi Chaldée, dont on ne peut constater l'action ni l'intluence.

Une solution plus obvie, c'est d'a<lmetlre un(»orii;ine commune. El sans doute elle serait exposée aux mêmes difficultés, si l'Asie Mineure n'offrait, entre la Crète et TÉlam, des cliaînons intermédiaires : la double hache chez les Hétéens et le Zeus Labrandeus de Carie.

Quoi qu'il en soit <les origines primitives les phis éloignées, les rapprochements religieux entre TÉlam et la Crète s'expliqueraient fort bien si des peuples déjà fondus dans la même civilisation avaient occupé, vers 2500 avant J.-C, l'imnimense espace ([ui s'étend entre ces deux ccmtrées, en passant par latirèce et l'Asie Mineure. Ce (pii se présente ici, c'est donc la difficile question des origines.

Page 1