‹ La Crète ancienne [microform]Chapitre 52 sur 60 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

LES ORIGINES

Qu'étaient les anciens Cretois?

On s est fait une habitude en Europe d'opposer aux Sémites les Aryens, et surtout la branche européenne des Aryens. Aux Sémites on reconnaît un génie religieux puissant dont l'ascendant s'est étendu hors de Tnire qu'ils habitent. Mais les Aryens sont les créateurs de l'art, d'une poésie plus riche et plus variée, de la philosophie et de la science, en un mot de la civilisation a dont nous sommes fiers ». Et voilà que la Crète nous révèle une civilisation admirable, au moins pour le sentiment de l'art, antérieure à ce prodigieux essor de la race grecque, d'Homère à Aristote. Si ces anciens Cretois n'étaient point de race hellénique, ni même de race indo-européenne?

Cette interrogation est bien faite pour émouvoir la sensibilité des hellénistes et pour inquiéter le patriotisme aryen, quoique la solidarité aryenne ait beaucoup baissé depuis que les Aryens eux-mêmes ont été de plus en plus contestés par la science qui leur avait donné le jour. M. le professeur Angelo Mosso n'a point hésité à heurter cette susceptibilité particulière du sentiment de la race. Il s'est rendu en Crète, il a mesuré des squelettes. Voici sa conclusion : « De l'examen des crânes et des os il est résulté que pendant l'espace d'environ 2.000 ans, qui s'est écoulé entre les premiers crânes de Koumasa et les derniers de Phaestos, la structure du squelette n'a pas changé. C'était un peuple de petite taille, au crâne allongé, les cheveux noirs et la peau brune, comme nous les voyons représentés sur les fresques. Il manque les signes caractéristiques de la race hypothétique des Indo- Germains, et ce sont cependant les ancêtres de la souche qui a transfiguré le monde par l'intuition de la raison et le sens esthétique. Le nez subtil et droit nous assure que ce peuple n'appartient pas à la race sémitique; dans aucun dessin, dans aucune statue n'apparaît le nez aquilin et recourbé des Pharaons. Les beaux cheveux flottants, noirs et ondulés des femmes mycéniennes sont la prérogative de la race méditerranéenne (1). » Cf. fig. 82 s.

(1) Angelo Mosso, Escursioni nel Medilerraneo e gli scavi di Creta, p. ?75 s. ; Milano

LA CRKTE ANCIENNE. g

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M. iMosso a mesuré vingt-neuf crânes; M. Duckworth en a mesuré soixante-quatre d'hommes et vingt-trois de femmes (1); il a conclu,

LES ORIGINES

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Fifî. Si. — Crâno rrélois dolichocéphale clans une sépulture archaïque de Zakro. D'après hiîA, VII, pi. vi, page lîiO.

comme M. Mosso, que les Cretois étaient dolichocéphales. Mrs Harriet Boyd llawes, dont nous avons cité les fouilles à Gournia, est d'avis, elle aussi, que les anciens habitants de la Crrte et de la Grrce appartenaient à la race méditerranéenne deSergi \%\ peut-être originaire d'Afrique. Durant tout l'Age du bronze, cette race développa ses merveilleuses aptitudes pour l'art, avant l'arrivée des Achéens, Aryens ou Aryanisés. On ne peut

Kig. 83. — Crâne sémitique, dans une sépulture archaïque de Gë^er.

D'après une phot. du PEFund.

songer à révoquer en doute les conclusions positives de MM. Duckworth et Mosso sur les caractères physiques des anciens Cretois.

(1) Chiffres cités d'après BosvNoUKr, USA, IX, 9Jb. On trouvera un des mémoires détaillés de M. Duckworlh dans «si, IX, p. .34ï.j:,5. Voir aussi, concluant dans le même sens, l'élude anlhro|)ologique de M. Dawm.ns, /iSA, VII, p. 150-155.

i'I) Minoans and Mi/cenaeans, .1 Worhing llypothesis for Ihe Solution of Certain Pro-

Ils appartenaient donc à cette race méditerranéenne que M. Deniker (1) nomme Ibéro-Insulaire, répaniue en Espagne et dans les lies de la Méditerranée. Mais peut-on l'opposer à une race indo-européenne? Ceux mêmes qui maintiennent très fermement le concept somatique de races ne sont guère disposés à l'appliquer aux Aryens, en d'autres termes, aux Indo-Européens.

M. Mosso parle des caractères hypothétiques de cette race, et rattache même les Germains à la race méditerranéenne. M. Deniker ne veut pas entendre parler (< d'une race latine » ou « germaine » ou « aryenne », mais seulement « des peuples parlant les idiomes de la famille latine du grand mouvement linguistique aryen » (2).

Et en effet, le temps est déjà loin où Pictet croyait pouvoir retracer l'existence des Aryens et leurs migrations d'après les mots communs aux principales branches des langues indo-européennes. On a reconnu que des peuples de race différente peuvent parler la même langue, comme des peuples de même race des langues différentes, et, de plus, que ni les peuples, ni les langues ne se formaient à la manière d'un arbre généalogique qui se partage en deux, puis en quatre, puis en huit. L'arbre généalogique a sa raison d'être, puisque certains peuples se sont différenciés en se séparant et en s éloignant; mais il faut aussi tenir compte des influences pénétrant de proche en proche (3), et de l'action exercée par le commerce ou la conquête.

Le critérium de la langue ne suftisant pas à constituer la race aryenne, on a eu recours, sans plus de succès, aux mensurations crâniennes.

A plus forte raison fallait-il renoncer à préciser le berceau de la race, que le plus grand nombre des anthropoiogistes place aujourd'hui non plus en Asie, mais en Europe.

On nous permettra d'attendre de l'anthropologie plus de lumière. Dans l'état actuel des recherches, il parait difficile de prononcer d'après cette science que les anciens Cretois appartiennent ou n'appartiennent pas aux races néolithiques de l'Europe que certains savants regardent comme les ancêtres des Germains, des Italiotes et des Grecs.

L'archéologie peut-elle résoudre la question?

On a essayé de comparer la poterie néolithique trouvée au sud de

blems of earty Medilerranean Race and Culture; conférence donnée le 3 janvier 1907, d'après American Journal of Archaeology, 1907, p. 570.

(1) Revue des Idées, 1905, p. 916.

(2) Loc. laud.y p. 909.

(3) Théorie des ondes ^ Uebergangstheorie.

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LES OUIGINES.

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Ils appartenaient donc à cette race méditerranéenne que M. Deniker 1) nomme Ibéro-Insulaire, répan lue en Espagne et dans les des de la Méditerranée. Mais peut-on l'opposer à une race indo-européenne? CeuY mêmes (pii maintiennent très fermement le concept somatitpic de races ne sont guère disposés à l'appliquer aux Aryens, en d'autres termes, aux Imlo-Européens.

M. Mosso parle des caractères hypothétiques de eett(» race, et rattache même les Germains à la race méditerranéeiine. M. Deniker ne veut pas entendre parler « d'une race latine » ou « germaine » on « aryenne », mais seulement <( des peuples parlant h^s idiomes de la famille latine du grand mouvement linguisti(|ue aryen » r2).

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Le critérium de la langue ne suftisant pas à constituer la race aryenne, on a eu recours, sans plus de succès, aux mensurations crâniennes.

A plus forte raison fallait-il renoncer à préciser le berc(\au de la race, que le plus grand nombre des anthropologistes place aujourd'hui non plus en Asie, mais en Europe.

On nous permettra d'attendre de l'anthropologie plus de lumière. Dans l'état actuel des recherches, il parait diflicile de prononcer d'après cette science cpie les anciens Cretois appartiennent ou n'appartiennent pas aux races néolithiques de l'Europe que certahis savants regardent comme les ancêtres des (iermains, des Italiotes et des Crées.

L'archéologie peut-elle résoudre la question?

On a essayé de comparer la poterie néolithique trouvée au sud de

hU'ins of vnrl'j .Ih'diterrnnean Itacr and Culture: conférence donnée le ;{ janvier VMl, d'après American Jonrn'il of Arvhavoloijij, 1007. p. r»70.

(1) Hvrnc (les Idées. r.»05, p. \Hi).

(2) i.ttc. (and., p. 9(>y.

(3) Théorie des ondes, UeherfjnntjslJicorie.

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LES ORIGINES

la Russie et dans l'Europe centrale à la poterie Cretoise néolithique ; mais cette comparaison est encore impossible à conduire avec précision, parce que les échantillons de la poterie européenne sont dispersés dans les musées et n'ont point encore été publiés avec le soin nécessaire (1).

On a rapproché aussi les taureaux crétois dos représentations « de bovidés qui subsistent dans fart primitif européen, depuis les admirables gravures sur roches ou sur os de l'âge des cavernes, jusqu'aux petites statuettes d'argile ou de métal qui sont des ex-voto trouvés dans les régions les plus diverses » (2).

iM. Pottier, qui se pose cette question, estime à bon droit qu'il est difficile de faire intervenir là une filiation artistique précise; du moins n'en reconnaît-on guère la possibilité en plaçant en regard des représentations variées des taureaux crétois les images européennes néolithiques citées par M. Pottier; pour la plupart en effet elles figurent non le taureau, mais le bison. Si cependant c'était le cas, si l'on trouvait assez nombreuses les analogies entre la Crète et l'Europe centrale, on aurait le droit de dire avec M. Mosso que la culture européenne est remontée de la iMéditerranée vers le nord (3), et que c'est aux Crétois qu'il faut faire honneur du progrès de l'industrie déjà si sensible à l'époque européenne du bronze. Cette marche de l'industrie n'implique naturellement pas une communauté d'origine.

Cette préhistoire recevra peut-être quelque lumière de l'examen de temps moins reculés : les temps qui mettent en présence d'une part les anciens Crétois et de l'autre les tribus helléniques, les Égyptiens et la Bible.

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