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LA CRCTE ANCIENNE ET LES HELLÈNES

A plusieurs reprises nous avons insisté sur l'étonnante continuité de la civilisation Cretoise et sur les affinités nombreuses de l'art ancien avec le génie des Hellènes. Architecture, arts, religion, tout paraît présenter un développement suivi dans le même sens, et cette impression est encore plus forte lorsqu'on s'est aperçu qu'Homère forme comme un trait d'union entre les temps mycéniens et les temps grecs.

Pour l'architecture, par exemple, nous lisons dans M. Perrot : « ... On constate que la maison qui vient d'être exhumée à Troie, à Mycènes

(1) The IHscoveries in Crète..., par Ronald M. Blrrows, p. 184-202; London, 1907.

(2j Pottier, BCH, 1907, p. 125.

(H) Angelo Mosso, Escursioni nel Mediterraneo e gli Scaii di Creta, p. 270.

et surtout à Tirynthe répond bien, par l'ensemble de ses caractères, à l'idée que le poète donne des plus riches demeures qui se sont offertes à sa vue; de part et d'autre, on reconnaît l'expression des mêmes sentiments, l'influence du même milieu, l'empreinte des mêmes habitudes et des mêmes moeurs, la satisfaction donnée par l'architecte et par le décorateur aux mêmes goûts et aux mêmes besoins (1). »

C'est une comparaison que nous ne pouvons poursuivre.

Vn ou deux détails en diront assez. Le siège d'une ville dans Hésiode (2) semble l'explication en vers d'un fragment de vase d'argent trouvé à Mycènes (fig. 84.); la ceinture de métal, si caractéristique des Mycéniens et des Crétois,

est la {jLiTpy; d'Homère , et l'usage s'en perpétua jusqu'au vi*' siècle (3). Appuyé sur de nombreux cas semblables, M. Perrot pouvait donc conclure : « On reconnaît ainsi que l'épopée a conservé plus d'un vivant souvenir de l'âge mycénien, qui se continue sans interruption brusque et sans changement profond, par la période que domine le grand nom d'Homère (4). »

Fidèle expression des mœurs, l'épopée at-elle aussi conservé la mémoire des faits?

Fig. 84. — Mycèkes. Fragment de vase d'argent. D'après Pf.hkot, Histoire..., VI, fig. 3t».%. Pour les archers, comparez l'archer crétois, ûg. 85.

Fig. 85. — Cmussos. Prolil d'archer crétois. D'apn'S un moulage acquis au musée de Candie (gr. n.).

(1) Histoire de l'art.... VI, 705.

(2) Le Bouclier d'Hercule, v. 237-247.

(3) Voir, précisément, la ceinture de Thésée dans sa lutte avec le Minotaure sur une p^ tite plaque d'or corinthienne de style archaïque dans Roscher, Lex, myth., II, 2, 3007.

(4) Perkot, /. /., p. 706.

LA CRÈTE ANCIENNK.

la Fiussie et dans l'Europe centrale à la poterie Cretoise néolithique; mais celte comparaison est encore impossible à conduire avec précision, parce que les échantillons de la poterie européenne sont disperses dans les musées et n'ont point encore été publiés avec le soin nécessaire (1).

On a rapproché aussi les taureaux crétois des représentations « de bovidés qui subsistent dans l'art primitil européen, depuis les admirables iiravures sur roches ou sur os de l'à^e des caverni^s, jusqu'aux petites statuettes d'ar.i:ile ou de métal qui sont des ex-voto trouvés dans les régions les plus diverses » '2).

M. Pottier, (|ui se pose cette question, estime î\ bon droit qu'il est difficile de faire intervenir là une tiliation artistique précise; du moins n'en reconnaît-on i^uère la possibilité en pla(,'ant (mi rei;ard des représentations variées des taureaux crétois les images européennes néolithiques citées par M. Pottier; pour la plupart en elfet elles figurent non le taureau, mais le bison. Si cependant c'était le cas, si l'on trouvait assez nombreuses les analoi-ies entre la Crète et l'Kurope centrale, on aurait le droit de dire avec M. Mosso que la culture européenne est remontée de la Méditerranée vers le noid (:J;, et (juc c'est aux Crétois qu'il faut faire honneur du progrès de l'indnstri*» déjà si s<Misible à l'épocpie européenne du bronze. Cette marche de l'industrie n'impli(|ue naturellement pas une communauté d'ori.:;ine.

Cette préhistoire recevra peut-être ((uehpie lumière de l'examen de temps moins reculés : les temps qui mett(Mit en présence d'une part les anciens Crétois et de l'antre les tribus helléniques, les Égyptiens et la Bible.

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