CHAPITRE IX
Reviviscence de l'instinct de destruction chez les enfants. — Comment il se manifeste. — La colère et rimpulsivité chez l'enfant. — Les violents d'instinct et les incoercibles.
Chez les enfants l'instinct de destruction est très accusé. Refréné par l'éducation , il finit par s'éteindre et Tenfant animal devient un être humain chez qui les' impulsivités ne sont plus maîtresses. Mais, chez certains enfants, cet instinct n'est pas éteint, il n'est que comprimé et se fait jour à la première occasion.
Un jour, pendant la recréation, X... pénètre dans le préau couvert, monte sur une table de cantine et la brise à coups de pied. Un autre jour, après s'être échappé de l'école par une fenêtre, il franchit une clôture et pénètre dans un terrain voisin; de là, il lance des pierres
dans les fenêtres de Técole des filles et brise plusieurs carreaux. Ces actes n'avaient aucun motif. En les accomplissant, cet enfant ne faisait que satisfaire un besoin de destruction mal contenu.
Chez d'autres enfants, à Tinstinct de destruction s'ajoute le besoin de nuire et de molester les autres. Ils éprouvent un plaisir malsain à combiner des farces mauvaises, à insulter et à maltraiter les gens sur lesquels ils oflt jeté leur dévolu.
L'enfant B... allaitjournellement insulter une fruitière établie dans le voisinage de l'école, faire du tapage devant sa porte, et ce, sans aucun motif. Un jour, il ramasse des ordures dans le ruisseau et les jette dans la boutique de cette femme qu'il atteint au visage» La fruitière dut se résoudre à fermer sa porte aux heures où les enfants sortent de l'école. B... s'en prit alors aux vitres et réussit à en casser une d'une valeur de cinq francs.
Ces enfants font le mal, frappeiit et détruisent sans raison comme sans but. Quand on les interroge sur le mobile de leurs actes, ils ne savent invoquer de motifs ou d'excuses, ils se taisent ou bien répondent : « Je ne sais pas. » Ils ont l'air
étonnés et surpris de ce qu'ils ont fâit^ étonnés surtout qu'on leur demande des explications.
Voici une enfant de 9 ans, bien conformée physiquement, d'une intelligence au-dessous de là moyiènne, sachant juste lire et écrite. Elle est méchante sans raison lot nécessité une surveillance constante à l'école. Quand on ne la voit pas, elle frappé violemment ses petites ca^ maradcs et cherche à les renverser dans les escaliers.
Angélina a également 9 ans. Elle est blonde^ dolichocéphale, avec des yeux bleus> des arcades orbitaires saillantes, un nez aplati qui lui donne un faciès mongolique. Elle a eu une coxalgie et marche avec Utie béquille. De plus, elle est fille d^alcoolique ; grossière en paroles, cynique el ordurière, elle aune malice de singe et une méchanceté qui met ses maîtresses au désespoir. Coléreuse, nullement accessible aux bonnes paroles, elle frappe ses compagnes sans raison, s'amuse à leur passer sa béquille etitre les jambes pour les faire tomber.
Maurice a 12 ans. Il a le front étroit, fuyant, des cheveux très abondants et plantés bas, des arcades orbitaires saillantes, de larges oreilles en anse. Il n'est pas dépourvu d'intel-
ligence, mais il refuse absolument de travailler. A son entrée à Técole, il se montra grossier avec ses maîtres. Il est connu dans tous les environs de Técole : il insulte les passants, jette des ordures dans les boutiques. Il ne redoute absolument que les gifles. Sa mère, une misérable femme chétive, sans caractère comme sans intelligence, se plaint qu'il la bat, qu'il lui donne des giffles, qu'il la met sous clef. « Il va courir avec des mauvais sujets, dit elle en pleurant, et il vole aux étalages. »
Chez d'autres enfants, les impulsivités se font jour sous rinfluence d'une contrariété légère, d'une querelle avec un camarade. Les facultés d'arrêt leur font défaut et alors ils réagissent avec une violence disproportionnée.
Voici un enfant qui est resté à l'école de 7 ans à 13 ans. Il n'a pu, pendant cette période de six années, franchir les limites du cours élémentaire. Ses notes, à tous égards, conduite, assiduité, travail, étaient déplorables. Orphelin de père, il était à la charge d'un de ses oncles de qui il disait : « Il ne faut pas faire attention à ce que dit mon oncle, il est toujours saoul. » De son côté, Toncle recommandait le neveu en ces termes : « Gardez-le seul dans un coin,
puisqu'il ne peut pas jouer sans se battre ; cognez dessus, je vous en donne Tautorisation, et tapez ferme. » Pendant la classe, cet enfant n'hésitait pas à quitter sa place pour aller frapper un camarade à l'égard duquel il pouvait avoir quelque ressentiment. Un jour qu'il avait frappé un de ses camarades avec une règle, son maître voulut le changer de place. Il refusa d'abord de se lever ; puis, entrant en fureur, il sortit de son banc, parcourut la classe en frappant du pied, criant que « dans cette boîtelà on ne le laissait jamais tranquille. 1>
Si certains enfants sont coléreux, violents par impulsivité, ils ne sont pas toujours méchants d'instinct. Ils sont incapables de refréner leurs impulsivités et se laissent emporter par elles. D'autres, au contraire, méditent leurs mauvais coups. Impulsifs et violents comme les premiers, querelleurs et batailleurs, ils sont les plus rancuniers et font le mal avec intention et après réflexion.
L'enfant T... se prit de querelle pendant la classe avec un de ses camarades. Le maître intervint et l'affaire semblait terminée. Mais pendant la récréation qui suivit, E... s'empara d'une bouteille qu'il prit au préau dans un pa-
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nier et sournoisement en asséna un coup sur la nuque de son camarade, et ce avec une telle violence que la bouteille se brisa et provoqua une blessure des plus graves.
Pendant cinq années, l'enfant C... fut pour ses camarades, pour ses maîtres et pour lui-même un danger permanent. € Mal faire, semble chez lui l'exercice d'une fonction, » me disait un de ses maîtres. Un jour, il lance une pierre au visage d'un de ses camarades et le blesse grièvement. A tout instant, il s'échappe de la classe pendant les leçons. Bien des fois, il a fallu, pour lui faire réintégrer la classe, le poursuivre à travers escaliers et couloirs, l'extraire par un bras ou par une jambe de quelque réduit où il avait cherché refuge. Une autre fois, c'est par un geste obscène qu'il répond à une observation que lui fait l'instituteur militaire. Un soir, il rencontre l'agent de service de l'école dans la rue, il l'invective en termes orduriers. Un autre jour, il se tient en embuscade auprès d'une mare qui s'était formée à la suite de certains travaux, à peu de distance de l'école.
Chaque fois qu'un enfant se rendant à l'école apparaissait, il sautait dessus et le précipitait dans cette flaque. Ce manège finit par scanda-
liser les passants et C... fut ce jour-là ramené à l'école par un gardien de la paix. Un autre jour, il siffle et chante dans l'escalier ; son maître le réprimande ; il lui répond par un geste obscène. Un autre jour enfin, ri demande à sortir pendant la classe de l'après-midi, prétextant un besoin pressant. Son maître lui permet, non sans hésitation d'aller aux cabinets. Il profite de cette permission pour aller rôder dans la maison, et, ayant fait la rencontre d'un autre gredin de son acabit, ils se rendent dans la salle de dessin, passent par la fenêtre, et, à 8 m. 50 environ du sol de la cour, ils «e promènent sur le champ d'un bandeau placé à plus d'un mètre au-dessous du rebord de la fenêtre et n'ayant pas plus de 15 centimètres de large avec une déclivité prononcée. Après cet exploit, C... fut expulsé de l'école.
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