‹ La criminalité infantileChapitre 17 sur 31 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Les enfants qui volent leurs parents,

La notion de la propriété chez l'enfant. — Comtnent elle naît et comment ellle disparaît. ~ La propension au vol chez l'enfant» — Comment et pourquoi les enfants volent leurs parents. — Genèse du vol.

L'enfant n'a pas la notion de la propriété ; il ne l'acquiert que par l'éducation. Chez cercertains individus, la paresse, les vices, les passions annihilent cette notion qui disparaît de la conscience. Ils ne sont plus arrêtés sur le chemin du vol que par la crainte du châtiment et ils volent chaque fois qu'ils croient pouvoir le faire en sûreté.

La propension au vol se manifeste chez les enfants d'abord par des vols commis aux dépens de leurs parents : ils dérobent de menus objets, puis de l'argent. Généralement les parents ne prêtent qu'une médiocee attention

à ces larcins. « Ce sont des bêtises, disent-ils ; çà passera avec l'âge. » C'est, au contraire, très grave. L'enfant qui vole ses parents est un voleur en herbe : il ne tardera pas à voler autrui quand l'occasion s'en présentera et que l'habitude lui aura donné assez d'audace.

J'ai connu un enfant qui appartenait à une famille des plus misérables. Sa mère vivait maritalement avec un chiffonnier. Pendant tout le temps qu'il resta à l'école, D... fut un mauvais élève ; ses notes étaient déplorables. Il faisait des écoles buissonnières et il lui arrivait de ne rentrer chez lui qu'à 10 heures du soir. A cette époque, sa mère a été citée pour un fait que je ne connais pas devant la justice de paix de Pantin et condamnée à 16 francs d^amende comme civilement responsable des actes de son fils. Une autre fois, il fit Tine fugue de deux jours et on le retrouva au dépôt de la préfecture de police ; on l'avait arrêté sur les boulevards où il mendiait et ramassait des bouts de cigare. Un autre jour, pour se procurer quelques sous, il déroba à sa mère des couverts d'étain de mince valeur qu'il vendit à un brocanteur dont il fut impossible de lui faire dire le nom et l'adresse. Quelques

jours plus tard, il fait l'école buissonnière le matin, et, pour traîner dans les rues les mains libres, il va cacher ses livres et ses cahiers sous une pierre dans un terrain vague. A midi, sa mère veut le ramener à Técole ; mais dans la rue il la frappe et fait un tel scandale qu'il provoque un rassemblement. Il s'échappe et ne rentre qu'après minuit, non sans faire préalablement un affreux vacarme sous les fenêtres de ses parents qu'il traite « d'assassins ». Il avait passé la nuit dans un bouge du voisisinage. Ce drôle n'avait alors que 12 ans* Comme sa mère faisait mine de le corriger, il la menaça « de faire une plainte à la préfecture de police et de lui en faire attraper pour deux ans, parce que les parents n'ont pas le droit de frapper leurs enfants ». Quelques années plus tard, il était compromis dans une affaire de vol et s'échouait en prison. Il était resté six années à l'école et n'avait jamais pu franchir les limites du cours élémentaire.

Il eut fallu pour maintenir cet enfant une discipline de fer.

Voici un autre fait vraiment intéressant.

Un matin, une femme se présente à l'école demandant à voir son enfant pour une chose

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urgente. EHé s'est aperçue^ après le départ de son enfantj qu'il lui manquait 10 francs dans son porte-nionnaië. Avant d'âCCUser pet*sonntè^ elle voudrait avoir la certitude que ce tt'tôst pas lui qui les lui a pris.

On fait irtimédiatenieht appeler* Tiànfânt et on le met en sa présencêi

-^ Charles, dit-elle, tu ne m'as rien pris ce matin dans mon porté-monnaie !

— Non, maman.

— Bien sûr ?

— Oui, maman.

— C'est bien, tu peux retourner dans ta classe.

L'enfant avait déjà gagné la porte quand le directeur le rappela.

— A quelle heure êtes-vous arrivé à l'école ce matin ?

— A sept heures.

— Pourquoi de si bonne heure ?

— Parce que j'étais d'atelier *

A cette époque, les exercices de travail manuel avaient lieu en dehors des heures de classe, le matin, à partir de sept heures j le soir après quatre heures.

— Où avez-voiis travaillé ? au tour ou à rétabli ?

— Au tour.

— Avec qui avez-vous travaillé 1

— Je ne sais pas leur^ noms.

Les tours, à Tatelier de travail manuel, sont toujours occupés par trois élèves à la fois, et tes élèves appartiennent toujours à la même classe.

— Votre enfant, dît le directeur à la mère, connaît ceux avec qui il â travaillé ce matin ; s'il prétend ignorer leurs noms, c'est qu'il a à cela un intérêt que nôUs allons rechercher.

On pria alors le maître de faire venir lès compagnons d'atelier de cet élève. Le directeur> s'adressant aU premier :

— Voûlez-vous me remettre ce que R... vous a donné ce matiu.

L'enfant dépose immédiatement sur le bureau une bonbonnière ; même invitation au deuxième enfant et suivie du même résultat.

Pendant cet interrogatoire, rènfânt B... avait été éloigné. On le rappelle et, lui montrant une des bonbonnières :

— Qui vous a donné cela ?

— C'est un garçon qui me Ta donnée ce matin.

— Qui est-ce garçon ?

— Je ne le connais pas.

— Où va-t-il à Técole ?

— Il ne va plus à Técole ; il travaille.

— Ce garçon ne vous a-t-il donné que cela?

— Oui monsieur.

Alors, lui montrant la seconde bonbonnière :

— Qui vous a donné cela ?

L'enfant reste interdit. On fouille sa case et on trouve dissimulés sous un monceau de papier huit pièces de un franc et une de cinquante centimes.

En continuant les investigations, on s'aperçut que B... volait depuis quelque temps déjà de l'argent à ses parents, mais par petites sommes variant de dix centimes à un franc.

J'ai rapporté ce fait en détail pour montrer quels artifices il a fallu employer pour amener cet enfant à avouer son larcin.

Sa mère eut le tort de n'attacher aucune importance à ce fait, pourtant grave, et dénotant une perversité précoce.

Aussi B..., mal surveillé et insuffisamment

laintenu, ne s'en tint pas là. Un jour, à l'éole, il vola un marteau ; il commit des fîloueries nombreuses au préjudice de ses camarades ; un jeudi, il trouva le moyen de pénétrer dans Técole, de mettre un bureau au pillage, et de dérober cahiers, plumes et crayons.

Après sa scolarité, cet individu eut la mauvaise fortune d'entrer comme employé dans une distillerie,; c'est maintenant un fervent adorateur de Tabsinthe. Et il n'a pas encore dix-huit^ans !

Voilà le vol sous sa première manifestation.

Nous allons le voir évoluer vers une forme plus grave.

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