‹ La criminalité infantileChapitre 19 sur 31 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Les enfants voleurs proprement dits.

L'apprentissage du vol. — L'âge des jeunes voleurs. — Faiblesse des parents et manque de répression en temps opportun. — Influence des mauvais exemples. — Encouragement des parents. — Les voleurs incorrigibles et irréductibles.

L'enfant qui vole ses parents ne tarde pas à voler à Técole. Si aucune influence ne vient contrebalancer ses mauvais instincts, il ne tarde pas à voler au dehors, partout où il peut et chaque fois que l'occasion s'en présente. Le dernier sujet que nous avons cité dans le chapitre précédent en est un exemple. Claude avait d'abord volé à l'école ; il faisait en quel" que sorte son apprentissage. Un jour, avant l'heure de l'école, il va rendre visite aune dame qu'il connaît. En causant, il examine les meu-

bles; une petite boîte placée sur Tétagère du buffet attire son attention et elle ne tarde pas à passer dans sa poche. Elle contenait une bague en or avec des brillants de grande valeur. Il commit l'imprudence de la montrer à ses camarades qui le dénoncèrent au maître et la bague fut restituée.

Chez certains enfants, la propension au mal se manifeste de très bonne heure et elle évolue d'autant plus vite que le sujet est plus jeune.

J... n'avait pas encore 8 ans quand il commit son premier vol à Técote. Au cours d'une récréation, il réussit è pénétrer dans sa classe où il fit main basse sur les plumes de ses camarades. Immédiatement soupçonné, on eut beaucoup de peine à lui faire avouer son méfait. Paresseux, menteur, dissimulateur, on ne' peut obtenir de lui aucun travail à l'école, A 9 ans, il déroba chez un voisin où il était reçu une pièce d'or de vingt francs qu'il cacha sous une marche de l'escalier. Au bout de dix jours, jugeant l'affaire oubliée, il sortit l'argent de sa cachette. Ses largesses et ses dépenses attirèrent Tattention des autres enfants qui en informèrent le maître. Le vaurien avait encore sur lui onze francs ; on retrouva trois francs

cachés SOUS des pierres dans un terrain vague du voisinage. Il prétendit que cet argent venait de sa tire-lire, puis qu'il l'avait trouvé dans le ruisseau, mais il fut absolument impossible de lui faire avouer où il l'avait pris. Ses parents appelés purent indiquer Torigine de cet argent. Mais, en présence de cet acte si grave commis par leur enfant, ils n'eurent pas un geste d'indignation et parurent conserver la plus complète indifférence. Ils ne songèrent même pas à le châtier et à prendre les mesures énergiques nécessaires pour l'amender.

D'autres parents font mieux ou plutôt pis.

Voleurs eux-mêmes, ils ne peuvent que prêcher d*exemple et encourager leurs enfants dans la voie du vol. Tels sont ces deux frères de 10 et 12 ans dont les parents ont tâté de la prison. Les deux enfants avaient un goût prononcé pour le jambon et toutes leurs occupations consistaient à en dérober aux étalages.

J'ai connu un enfant de 10 ans qui commença par voler chez ses parents, comme presque toujours, pour débuter. Puis il se mit à voler des couteaux aux étalages ; un jour enfin, il vola vingt francs sur le comptoir d'un fruitier. Les parents de cet enfant étaient des commerçants établis ;

les larcins de leur enfant leur furent signalés. Je ne crains pas de dire qu'ils ne firent rien pour Tamender et leur faiblesse en fît un criminel précoce que la prison attend un jour ou l'autre. A l'école, l'appui de la famille manquant, on ne peut rien en faire.

Ces parents sont coupables, presque aussi coupables que ces parents qui encouragent leurs enfants dans le vol, car si ceux-ci les y encouragent ouvertement, ceux-là les y encouragent tacitement, ce qui est à peu près la même chose.

Un jour on demande à une femme pourquoi son enfant n'est pas venu à l'école. Elle répond le plus naturellement du monde : « Je l'ignore ; il a découché cette nuit et nous ne savons pas à quelle heure il rentrera ». L'enfant avait alors 12 ans. Un jour qu'on reprochait à la même femme les vols à l'étalage commis par son enfant, elle répondit sans s'émouvoir : « Il est juste qu'il en prenne à ceux qui en ont de trop. »

Pourtant, on rencontre parfois de jeunes gredins absolument irréductibles et qu'aucun moyen ne peut amender.

B..., dit « la Terreur de la rue Lepic », âgé

de 12 ans, a déjà passé plusieurs nuits au poste de police pour vols aux étalages, insultes et coups aux agents. Ni les corrections paternelles, ni les admonestations du commissaire de police n'ont pu le faire changer de conduite.

Dernièrement, il a été arrêté et conduit au dépôt ; il s'était fait prendre en flagrant délit de vol à l'étalage en compagnie de deux amis, « Pied de grue » et « Pied d'ours », ce dernier âgé de 19 ans et comptant déjà seize condamnations.

B..., interné quelque temps aux jeunes détenus, a pu en sortir grâce aux démarches de son pore. Ramené à l'école, il s'est empressé, à la première observation, d'insulter son maître et de le menacer de lui faire « casser la bobine par son ami Pied d'ours ».

Je ne puis que répéter à propos de ces voleurs incorrigibles et irréductibles, ce que j'ai déjà dit à propos des autres enfants vicieux ou criminels. Ces cas sont isolés et peu fréquents. Dans la grande majorité des cas, les enfants peuvent être amendés et leurs mauvais instincts refoulés.

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