‹ La criminalité infantileChapitre 20 sur 31 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Les bandes et les associations.

Comment s*organiseût ees bandes et comment elles opèrent.— Les bandes éphémères et les bandes organisées. — Leur outillage. — Le vol avec effraction .

II y à sur ce sujet un chapitfe intéfessatit et nouveau à écrire. En effet, cette sorte d'organisation du vol semble invraisemblable chez Tenfatit. Cependant elle existe et elle est moins rare qu'on pourrait le croire. Si les petits malfaiteurs procèdent ordinairement isolément, ils savent aussi quelquefois s'organiser en bandes.

Généralement la bande ne s'organise pas d'un seul coup. Une circonstance, l'occasion d'un bon coup à faire a atnené une association momentanée d'enfants pour le vol.

Un jour, quatre enfants escaladent une clôture, pénètrent dans un terrain où se trouvait une

construction légère servant de bureau à Tarchitecte. Ils y dérobent des cahiei*ë, des plumes, des livres. Le coup fait, ils se partagent le butin et se séparent.

Un autre jour, quatre autres enfants avisent une voiture d*épicier arrêtée au coiii d'utié rue ; profitant de l'absence momentanée du conducteur, ils montent sur la voiture et la mettent au pillage ; puis ils se sauvent chacun de leur côté.

Mais la répétition d'actes délictueux commis ensemble amènent forcément des relations plus ou moins étroites entre les jeunes vauriens* €'est surtout pendant les écoles buissonnières que ces relations s'établissent, on cause, on joue ensemble, on vole ensemble aux étalages, on se partage le butin, on fait des projets pour les escapades suivantes ; on amène des amis.

Ainsi la bande ne tarde pas à s'organiser plus ou moins nombreuse. Elle ne comporte d'abord que deux membres, puis elle finit par en avoir quatre ou cinq.

Les frères X... font l'école buissonnière avec deux enfants d'une autre école. Chacun maraude de son côté et vole à l'étalage qui une orange, qui des huîtres, qui des raisins secs.

Ils reconnaissent que travailler isolément est un procédé mauvais et dangereux. Ils s'organisent et chacun a ses attributions spéciales. Le plus jeune (9 ans), le moins expérimenté par conséquent, fait le guet. Le deuxième compagnon (H ans), fait le flâneur, passe près des étalages, les mains dans ses poches, jette un coup d'œil furtif à droite et à gauche, fait le simulacre de se gratter Toreille et Tobjet convoité disparaît prestement dans sa poche. Le troisième (12 ans), et le quatrième compagnon (12 ans) opèrent de même.

Quand- chacun a pris sa part, la bande s'éloigne et va opérer plus loin. Pour prévenir ses compagnons de l'arrivée des sergents de ville ou des passants suspects, la bande a rejeté les termes d'argot employés par les enfants qui prévoient une surprise : « Paix ! Paix !

attention ! » Afin de ne pas éveiller les soupçons, elle a choisi un vocabulaire différent. Le passant curieux c'est un « rat blanc » ; le sergent de ville importun c'est un « radis noir ». Un de ces mots jeté par le guetteur suffit à faire fuir toute la bande.

Certains vols nécessitent un outillage et nos jeunes voleurs en sont pourvus. Chacun a dans

sa poche : un couteau destiné à éventrerles sacs de cassonade ou de raisins secs ; une règle terminée en pointe qu'on dissimule dans la manche de la blouse et qui permet avec un peu d'habitude de happer un objet quelconque au passage, tout en cour^tnt ; enfin une petite gamelle dont Tusage est curieux. En effet, la bande rend de fréquentes visites aux tonneaux de miel et aux boîtes à lait. Un des associés passe en courant et soulève le couvercle ; un autre le suit à peu de distance et plonge rapidement la gamelle qu'il ramène presque toujours pleine.

Tout cela a l'air d'un roman et cependant ces faits sont d'une exactitude absolue. Cela est démontré par les dépositions d'autres enfants. L'un a été témoin d'un vol de lait commis au préjudice d'une crémière ; un autre a été témoin d'un vol de sucre d'orge commis au préjudice d'une marchande ambulante ; un autre a été témoin d'un vol de miel commis au préjudice d'un épicier ; un autre a été témoin d'un vol d'oranges commis au préjudice d'un épicier, etc.

J'ai bien connu d'autres faits de ce genre, mais celui-là est particulièrement intéressant

en raison de la durée de l'association et de l'organisation — j'allais dire de la discipline — de la bande.

Voici un autre fait où n'entrent en scène que deux personnages, mais il est curieux néan-* moins et vaut la peine d'être relaté.

A... etB..., élèves du cours complémentaire, ont chacun ii ans. Un soir, ils rôdent autour de Técole jusqu'à sept heures, attendant que les gens de service soient partis et que rétablissement fut plongé dans l'obscurité. Quand tout fût éteint, B... sonna et demanda au concierge l'autorisation d'aller prendre dans sa classe un objet qu'il avait oublié. Le concierge, sans défiance, accorda l'autorisation demandée. Pendant cetemps, A... s'était furtivement glissé dans la maison. Les deux drôles avaient eu soin de se munir d'une bougie et d'un trousseau de fausses clefs. Ils brisèrent quatre carreaux, réussirent à ouvrir des meubles avec leurs clefs, lancèrent dans la rue par la fenêtre une quantité d'objets(cahiers, livres, plumes, images, etc.) A... avait réussi à s'évader, oh ne sut jamais comment. Quant à B... il fut trouvé le lendemain matin, à sept heures, par les gens de service. On trouva dans ses poches

quantité de menus objets dérobés, et particulièrement des canifs. Ces deux drôles avaient Thabitude de faire de mauvais coups ensemble. C'étaient des assidus des fêtes foraines où ils dépensaient Targent qu'ils avaient pu voler chez leurs parents ou ailleurs. C'étaient en somme des associés.

Page 1