CHAPITRE XVI
lbs irréductibles et les indisciplinés
L'indiscipline morbide et l'indiscipline naturelle ou pédagogique. — Caractère de Tindiscipline irréductible. — Les irritables. — Leur caractère et leur mentalité.
Il existe, dans toutes les écoles, un certain nombre d*enfants — généralement un très petit nombre, je m'empresse de le reconnaître, — que Ton pourrait appeler des irréductibles et des indisciplinés. Ils sont la plaie de Técole et font le désespoir des directeurs et des maîtres. La faiblesse des parents, quand ce n'est pas leur complicité, encourage souvent ces indisciplinés. Tous les moyens de coercition échouent contre eux : ils ne cèdent qu'à la violence et à la brutalité. Ils font Técole buissonnière ; ils commettent toutes sortes de larcins ; ils sont grossiers et insolents, prompts aux coups, mê-
lés à toutes les querelles. En classe, ils sont une cause perpétuelle de désordre et souvent même de scandale. Ils ne sont pas seulement paresseux ; ils refusent formellement de travailler.
Ce sont, en outre, des impulsifs, et leur irrascibilité est extrême. Ils n'admettent pas qu'on contrecarre aucune de leurs idées. Toute résistance, toute réprimande les met hors d'euxmêmes. Ils se lèvent sans raison, parlent à haute voix, apostrophent leurs camarades ou leurs maîtres.
Ces enfants sont manifestement des anormaux. Sont-ce des criminels? Sont-ce des aliénés, des malades? Ce qui est certain, c'est qu'ils auraient besoin d'une éducation spéciale et que leur isolement s'impose.
« 11 importe, en effet, disent J. Philippe et P. Boncour (1^, de séparer l'indiscipline morbide des écoliers mentalement anormaux, de l'indiscipline toute naturelle d'un écolier bien portant et vigoureux. La première est une expression de dégénérescence, une anomalie mentale ; la seconde n'est que la réaction fort
(1) Loc. cit.
naturelle d'un être actif et bien portant à qui pèse rimmobiiité d'une classe trop prolongée, l'ennui d'un enseignement mal conduit, les miasmes d'une salle trop étroite et mal aérée, etc. Pour échapper à ces inconvénients et pour n'en pas souffrir, instinctivement l'enfant s'agite et porte ailleurs son attention : il remue, se lève, parle, agit, et en un mot se dégourdit l'esprit et lesjambes. »
On pourrait classer à côté de ces indisciplinés irréductibles, dont ils ne sont du reste qu'une variété ou mieux une atténuation, ceux que J. Philippe et P. Boncour ont décrits sous le nom d'instables. Pour eux, l'écolier instable est un enfant mentalement anormal, qui ne peut fixer son attention soit pour écouter, soit pour comprendre. C'est en vain qu'on le ramène au sujet : perpétuellement et malgré lui son esprit se tourne ailleurs et il est à noter que l'instabilité physique n'est pas moins prononcée que l'instabilité mentale.
Les instables sont surtout incapables de maîtriser leurs réactions et chez eux certains sentiments prennent volontiers, et sans mobiles suffisants, une exagération morbide. Il en résulte que leurs actes sont régulièrement hors de
proportion avec les causes objectives qui les déterminent, ce qui tient précisément à ce que leur mentalité n'a pas de frein. Ce sont des écoliers à qui toute direction est insupportable, parce qu'ils ne peuvent la suivre, a Leur mobilité physique est exubérante, dit Bourneville ; ils ne restent en place nulle part, se lèvent de table à chaque instant sans motif. S'ils jouent, ils passent rapidement d'un jeu à un autre.
Leur mobilité intellectuelle n'est pas moindre : à peine ont-ils commencé à lire qu'ils veulent écrire et compter. »
En somme, concluent!. Philippe et P. Bon»
cour (1), (( ces écoliers montrent dans leurs aptitudes une déconcertante dysharmonie. Tantôt, c'est une suractivité inexplicable ; tantôt, au contraire, rien ne peut fixer leur mobilité. Au fond, il n'y a chez eux que des i?imulacres d'activité pratique : ils n'agissent que superficiellement et aucune règle ne préside aux variations de leur activité. Leurs sentiments affectifs ne sont d'ailleurs ni moins instables ni moins déséquilibrés que leurs fonctions intellectuelles ; tantôt égoïstes et haineux, tantôt dé-
(1) Loc. cit.
voués et débonnaires, ils ne savent jamais adopter une ligne de conduite raisonnée et définie : leur attitude est déconcertante. »
Demoor a appliqué à ce genre de mentalité l'épithète de chorée mentale.