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CHAPITRE XVIII

LES ANORMAUX ET LES ARRIÉRÉS

Degrés et variétés de l'insuffisance mentale. — Les diminués. — Les nerveux. — Les excentriques et les originaux. — Les paresseux. — Les abouliques et les asthéniques.

On rencontre dans les écoles un nombre plus ou moins considérable d'enfants arriérés qui sont incapables de suivre les exercices des autres enfants, en raison de leur insuffisance mentale.

Cette infériorité mentale peut être plus ou moins prononcée, et il est bien souvent difficile de dire quand commence Tanomalie. Tel enfant est moins intelligent que tel autre, cela ne veut pas dire forcément qu'il soit un anormal par rapport au second.

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L'intellectualitc varie avec les sujets: elle oscille de la médiocrité au génie. L'arriération intellectuelle présente de même des degrés et de grandes variétés.

Prenons d'abord les écoliers les moins atteints. Thulié les a fort heureusement appelés des (( diminués ».

« Dans la vie usuelle, dit-il (1\ les diminués peuvent donner l'illusion de Tintelligence, car ils étalent avec ostentation le peu qu'ils savent, étant assez ignorants pour n'être pas retenus par la crainte de se tromper. Mais, dans leurs études, dans leur vie professionnelle, dans leurs relations journalières, leur insuffisance éclate. Ils ont une mémoire rebelle, ce qui leur rend l'association des idées laborieuse et par conséquent les jugements diftîciles^ rares et le plus souvent erronés, puisque la mémoire ne leur en donne pas les éléments nécessaires. »

Le manque d'acuité de leurs sensations laisse leur cerveau dans une inertie qu'explique Tabsence de stimulants et que Ton traduit du nom de paresse. Il peut cependant arriver que ces diminués aient certaines facultés brillantes en

(1) Orthophrènopédie .

apparence : la mémoire des chiffres par exemple ; mais cette supériorité n'est qu'une illusion, car elle est absolument incapable de s'appliquer à un but utile sinon scientifique.

J'ai observé un grand nombre de ces entants et je les ai suivis un certain temps. Il est un fait qui m'a vivement frappé et que Thulié avait déjà noté : c'est leur entêtement presque invincible. Il est évidemment la conséquence de leur diminution mentale et ils le conservent toute leur vie. Prenez un homme intelligent, expliquez-lui que son opinion sur certaine chose est erronée : il se rendra facilement à vos raisons aussitôt qu'il aura compris. Adressez-vous au contraire à un individu à Tintelligence obtuse: il opposera à toutes vos raisons un entêtement de brute et vous ne le sortirez jamais de son évidente erreur, parce que son esprit n'est pas suffisamment ouvert pour saisir et comprendre des idées nouvelles : il s'en tient obstinément à celles qu'il a acquises.

Voici maintenant d'autres groupes d'enfants chez lesquels l'anomalie mentale est un peu plus marquée, sans cependant être prononcée.

D'abord ceux qu'on appelle communément

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des nerveux : ce sont des êtres à Tesprit léger, mobile, dont un rien trouble Tattention. lis ont peu de suite dans les idées, manquent de volonté, réussissent rarement dans la vie. Ce sont des médiocres, comme les précédents, et presque toujours appelés à végétq^.

D'autres enfants se font remarquer par leur bizarrerie de caractère. Ils ont des goûts, des habitudes, des sentiments tout- à fait étranges. Il ne font rien comme tout le monde, cherchant toutes les occasions d'attirer sur eux l'attention . Leurs camarades les appellent des toqués, des loufoques. Plus tard, ils deviendront des originaux, des excentriques.

Le groupe des infantiles comprend des enfants qui conservent la mentalité et souvent le physique d'enfants plus jeunes qu'eux.

J'ai observé tout récemment encore une fillette de 13 ans qui a conservé une âme d'enfant. Elle ne s'intéresse à rien ; on ne peut fixer son attention, car tout la distrait. Ses idées et son langage sont ceux d'une enfant de 6 ou 7 ans. Elle passe des heures entières à jouer avec de tout petits enfants. Au point de vue physique, pourtant, elle est normalement développée.

Il est d'autres sujets chez qui Tinfantilisme physique correspond à la puérilité inlellectuelle, et ils restent jusqu'à une période avancée de l'adolescence des infantiles : leur corps ne se virilise pas ; leur esprit ne mûrit jamais.

La paresse n'est le plus souvent qu'un vice, mais elle peut, dans certains cas, constituer une anomalie.

Voyez ces enfants indolents, a l'esprit lourd et paresseux. « Peu habitués à Teffort mental, l'étude ne leur plaît qu'à demi. Ils n'aiment pas à chercher, se souciant peu de trouver, et sont presque insensibles à rémulalion. Il leur faut des aliments préparés et comme digérés. Faire quelques problèmes faciles et sans effort de réflexion, copier des devoirs de grammaire en belle écriture, serait leur exercice favori. Tout ce qui flatte leur paresse d'esprit leur plaît, et ils se complaisent dans une sorte de torpeur intellectuelle, donnant volontiers toute leur application à la forme de l'écriture, pourvu qu'on n'exige rien d'eux, quant au fond » (1).

Cette apathie intellectuelle peut encore être plus accentuée. Nous arrivons alors à une caté-

(1) Raux. L'enfance coupable.

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gorie d'enfants sans volonté, sans énergie, toujours déprimés et que J. Philippe et P. Boncour (1) appellent des asthéniques. Ils sont le rebut des classes, et leurs maîtres découragés les abandonnent quand ils se sont convaincus qu'ils ne peuvent rien en tirer.

« Chez ces écoliers, disent J. Philippe et P. Boncour,cequi domine c'est l'inactivité profonde de toutes les fonctions psychiques :^ leur attention ne peut agir, ni se concentrer, ni surtout se maintenir concentrée. Non parce qu'elle se déplace constamment et change d'objet comme chez l'instable : mais elle est incapable de se maintenir longtemps fixe, toute fixation amenant immédiatement la fatigue par un épuisement rapide et durable ».

Ces enfants semblent rechercher perpétuellement rinaction et éprouver un continuel besoin de repos. Ils fuient même les jeux.

« En récréation, l'attitude générale reste la même ; ces écoliers s'occupent à des riens, s'absorbent en des puérilités bien au-dessous de leur âge ; leurs jeux mêmes sont inertes et sans rien des joyeux entraînements de la saine

(1) Loc, cit.

enfance qui aime se sentir vivre et agir. A voir la lenteur de leurs mouvements, Tindifférence aux punitions, aux reproches et aux encouragementSy on comprend quelle intensité de fatigue leur cause tout effort, même pour le plaisir ».

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