INFLUENCE DE L HEREDITE
Cet enfant est peu affectueux avec sa mère.
II n'aime pas à l'embrasser ni qu'elle l'embrasse. Brutal et traître, il frappe sa sœur, une fîlle de 14 ans, très arriérée à tous les points de vue et aussi méchante que lui. Grossier avec sa mère et même avec les étrangers, il dit à tout propos des injures, entre dans de violentes colères, menaçant de tout casser. Pendant quelque temps il s'était mis à fumer, fumant même du jonc et du varech. Mais ça l'a rendu malade, et il ne fume plus, ostensiblement du moins.
Aucun moyen n'a de prise sur cet enfant :
ni la douceur, ni les menaces, ni les corrections.
. Voici un autre exemple.
Gladie a 13 ans. Son père est un nerveux, atteint avec cela d'une affection cardiaque, mais il est sobre. Sa mère est très nerveuse, sujette à des attaques (peut-être d'hystérie). Un frère mort du croup, un autre de méningite. Un frère de 11 ans raisonnable et intelligent. Une sœur de 8 ans raisonnable et intelligente.
Gladie a la taille ordinaire d'une enfant de son âge. Elle a le teint olivâtre, les yeux noirs, les cheveux châtain foncé, le front étroit,
fuyant, Toreille bien conformée, mais un peu forte. Elle sait un peu lire et écrire, mais n'a aucun goût pour l'étude. Elle n'aime guère non plus coudre. Elle est coquette, s'habille avec beaucoup de soin, se tient propre. Mais elle est entêtée et surtout écervelée ; elle bavarde constamment, parle comme une oiselle, lance des flots de paroles décousues et sans aucun sens ; elle n'a même pas conscience de ce qu'elle dit. Il y a un certain temps, elle se masturbait des heures entières en se frottant contre une chaise. Pourtant elle semble s'être débarrassée de cette habitude. Elle est très aff'ectueuse avec ses parents ; elle aime son frère et sa sœur, mais elle les frappe souvent.
Cette enfant n'est qu'une débile dégénérée.
L'éducation peut redresser son état mental et lui donner un équilibre sinon normal, au moins suffisant pour lui permettre de vivre dans la société.
Mercedes est une petite Marseillaise de 6 ans, avec une figure assez jolie, de grands yeux, sans stigmates de dégénérescence physique apparents. Son père est un homme à peu près normal ; sa mère est franchement hystérique.
Cette enfant est très affectueuse ; elle aime
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beaucoup la musique, elle chante admirablement pour une enfant de son âge ; mais elle ne sait pas parler et n'articule que des choses inintelligibles. Elle remue sans cesse, se masturbe à tout propos, urine et défèque dans son Ut la nuit.
Cette enfant, ainsi que la précédente, n'est pas irrémédiablement perdue. L'éducation peut l'amender et perfectionner son intellectualité comme sa moralité.
J'ai connu une autre enfant , qui a quinze ans maintenant , et qui resta absolument inintelligente jusqu'à quatorze ans. Issue d'une mère un peu détraquée, grossière, l'enfant avait reçu une éducation déplorable ; elle était de plus sujette à des vertiges épileptiques. L'école l'amenda, et maintenant son niveau intellectuel se rapproche de la moyenne.
Ces faits m'ont un peu écarté de mon sujet.
Mais cette influence de l'hérédité a, à mes yeux, une influence capitale. Elle montre jusqu'à l'évidence que crime, folie, alcoolisme, nervosisme sont les anneaux d'une même chaîne.
On peut rencontrer quelquefois, mais exceptionnellement, des individus issus de parents normalement équilibrés et d'une moralité suf-
fisante, des individus qui ont reçu une éducation convenable et qui évoluent en quelque sorte fatalement vers le vice et la névrose. Sontils le reflet de quelque influence alavistique ignorée? Ont-ils subi quelque arrêt dans leur évolution intra-utérine ou dans leur évolution postérieure ? Jusqu'ici le problème n'a pas reçu de solution satisfaisante. Mais, je le répète, ces faits sont exceptionnels. On peut, au contraire, et tout aussi exceptionnellement, voir des êtres normalement équilibrés au point de vue psychique comme au point de vue moral, descendre d'ancêtres lourdement tarés. Dans ces cas, on peut souvent faire intervenir l'influence heureuse de l'éducation, ou, plus rarement, l'influence de quelque réveil atavistique.
Généralement il n'en est pas ainsi. Presque toujours l'hérédité porte ses fruits, et, si l'éducation n'intervient pas d'une manière efficace et sévère, ces fruits sont déplorables. Aussi je reviens à mon sujet. On trouve presque toujours, dans les antécédents héréditaires des enfants vicieux ou criminels, une tare qui explique leur anomalie.
Voici un enfant de 11 ans qui ne sait ni lire ni écrire. Il est grossier en paroles, vio-
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lent et impulsif. Il frappe son père, les autres enfants, leur crache à la figure, maltraite les animaux, aime à leur faire du mal. De temps en temps il fait des fugues. Il se masturbe.
Son visage est très mobile, perpétuellement animé de tics, avec des yeux clignotants, des zygômes énormes, des oreilles en anse. Pour trouver Torigine de cette dégénérescence, il suffit de remonter à l'hérédité : le père est un nerveux et un violent ; la mère est morte tuberculeuse.
On m'a souvent montré une femme qui tirait les cartes dans les* lavoirs où elle buvait beaucoup. J'ai retrouvé sa petite fille dans une école. Elle avait alors 11 ans, était arriérée au point de vue intellectuel, pas méchante, mais grossière et ordurière en paroles. Elle a maintenant 16 ans et elle est prostituée depuis un an. Double influence de l'hérédité et d'une éducation insuffisante.
Voici une autre enfant de 7 ans, au front étroit, aux bosses frontales exagérées, au nez prononcé, aux oreilles trop fortes, mal ourlées, avec lobule adhérent. Son père est un alcoolique, sa mère est d'une moralité détestable, sa sœur fait la noce. Ce sont des gens absolu-
ment dénués de sens moral ; pour eux, boire et manger est la seule fin de la vie. La petite est menteuse, rouée, paresseuse ; elle n'est pas absolument méchante ; mais elle se masturbe et elle déclare cyniquement : « Quand je serai grande, je gagnerai de belles robes, comme ma sœur, en rigolant. »
L'influence dystrophique de l'hérédité syphilitique est manifeste dans certains cas. Je l'ai constatée souvent. En voici un exemple choisi parmi beaucoup d'autres.
Amélie a 9 ans. Elle sait lire et écrire, mais elle est très paresseuse et surtout très méchante. Elle frappe à tout propos ses compagnes, sournoisement, en cherchant à leur faire du mal. Elle a la figure maigre, allongée, les traits taillés à coups de serpe, le front étroit, les arcades orbitaires saillantes, les oreilles en anse, la lèvre supérieure épaisse; ses dents portent de la façon la plus évidente des stigmates de syphilis héréditaire. Sa mère est une brave femme, très travailleuse, mais peu intelligente. Son père est mort.
En remontant à l'hérédité des enfants on trouve souvent la folie ou le crime, quelquefois tous les deux.
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Gustave a 11 ans. 11 est brachycéphale, avec le front plat, le nez aplati , les oreilles décollées, presque sans lobule. Très borné, sachant à peine lire et écrire, c'est un enfant violent, ordurier en paroles, très dangereux à Técole où il faut le surveiller de très près. Or son frère vient d'être interné à Sainte-Anne. Son père est un alcoolique qui a subi diverses condamnations pour violences.
Georges a 13 ans. Il a les cheveux épais, plantés bas sur un front étroit et ridé. Il a les oreilles bien ourlées, mais écartées, avec lobule adhérent. D'une intelligence moyenne, il frappe ses camarades, insulte les passants en termes orduriers, se saoule et fume, ramasse les « mégots ». On a dû à plusieurs reprises le renvoyer de l'école parce que ses vêtements étaient imprégnés d'une atroce odeur de tabac. Je n'ai pu avoir de renseignements sur son père et sa mère. Mais son frère, parricide, a fini au bagne où il a été fusillé pour voies de fait envers un garde. Son autre frère est souteneur. Sa sœur est partie avec un souteneur en emportant 1.800 francs. Jolie famille*
Je pourrais multiplier ces exemples et en remplir des pages et des pages. Ce serait inu-
tile et fastidieux. Je voulais simplement montrer qu'en cherchant dans les antécédents héréditaires des enfants vicieux ou dégénérés, on retrouve dans la grande majorité des cas l'origine et la filiation de leurs anomalies physiques, psychiques ou morales.
Cette influence de l'hérédité psychique ou morale pèse d'autant plus lourdement sur l'enfant que souvent il voit chez ses parents, comme dans un miroir, le reflet de ses propres vices. Aussi l'influence modificatrice de l'éducation ne peut dans ces cas agir efficacement sur cet enfant, contrariée qu'elle est par l'influence néfaste des parents et de l'entourage. C'est cette question que nous allons envisager dans le chapitre suivant.