INFLUENCE DE L'ÉDUCATION
Non seulement la famille ne seconde pas rinstituteur; souvent, au contraire, elle défait chaque soir ce qu'il a fait le matin.
Dans le principe,, bien des enfants ne sont pas absolument mauvp-is ; ils feraient de bons élèves, si on les redressait h propos, chaque fois qu'ils fautent. C'est ce que fait le maître en infligeant des punitions. Mais ces enfants ont parfois le malheur d'appartenir à des parents faibles ou bien atteints d'une vanité exagérée, je dirais presque morbide. Les premiers sont toujours prêts à trouver le maître trop sévère, injuste même ; les seconds semblent éprouver une satisfaction de mauvais aloi à faire sentir au maître qu'ils sont quelqu'un, qu'ils ont l'appui du conseiller municipal, du maire ou du député, et ces démocrates, avides de réclame et d'autorité, n'admettent en aucun cas que leurs enfants soient soumis au droit commun. Ils ne veulent connaître du règlement des écoles publiques que ce qu'il renferme d'obligations pour le maître. Quand l'enfant est puni, le père ou la mère viennent généralement prier le directeur de lever la puniton. « Mon enfant est si jeune, disent-ils; et puis j'aime bien mieux le punir moi-même. » Le directeur, qui
sait par expérience ce qu'il y a derrière ce langage, cherche à faire valoir les avantages qu'il y aurait pour l'enfant dans l'application du règlement qui n'a d'ailleurs rien de bien dur.
Efforts inutiles. S'il insiste, on le menace, le plus souvent en présence de l'enfant.
Quelle autorité, après cela, l'instituteur aurat-il sur l'enfant confié à ses soins ! Enhardi par la jactance paternelle, l'écolier ne verra plus dans son maître qu'un ennemi, et, comme le fait s'est produit bien souvent, il ira jusqu'à l'insulter.
On croira peut-être que j'exagère; mais je pourrais citer des faits par centaines.
Un jour une femme vient se plaindre au directeur d'une école du mauvais vouloir et de l'inconduite de son enfant. Ce jeune drôle avait été signalé huit fois à la commission scolaire pour ses absences non justifiées. Comme il n'était pas d'un caractère des plus faciles, on dut lui infliger des punitions réitérées. Quelques semaines plus tard, la mère de cet enfant écrivait au directeur : « Je vous envoie les livres et les cahiers du petit R..., parce qu'il n'ira plus à l'école ; pour le mettre à la rete-