‹ La criminalité juvénile et les récidivistesChapitre 17 sur 21 · CHAPITRE V Le type du Récidiviste · texte numérisé non relu

CHAPITRE V Le type du Récidiviste

Nous en arrivons ainsi à un type bien spécial, qui est le type du récidiviste. À tout prendre et à un examen superficiel, il ne se distingue pas beaucoup d'un sujet normal et ne peut être reconnu immédiatement. Quoi qu'en aient dit certains auteurs, les romanciers en particulier, qui décrivaient les criminels comme des hommes à l'aspect sauvage, il n’y a pas, à proprement parler, une physionomie criminelle se retrouvant chez tous les délinquants d’habitude et qui aurait pu être une base sérieuse pour les proverbes populaires de tous pays tels que : « Barbe rousse, noir de chevelure est réputé faux par nature.» — « Femme barbue de loin la salue. » — Visage farouche mœurs cruelles. » Etc.

Mais si on l’étudie de plus près et au point de vue médical, on trouvera : dans son hérédité, que c'est un fils d’alcoolique ou de syphilitique ou de tuberculeux. Il a souvent dans ses ascendants des antisociaux comme lui, ou des névrosés ou des aliénés. Lui-même est alcoolique et fréquemment tubercu-

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leux et syphilitique. Dans son enfance, il a eu des convulsions, de l’incontinence d’urine plus ou moins prolongée, dffiérentes infections et, en particulier, la fièvre typhoïde. Il racontera que c'est vers l’âge de quatorze ou quinze ans, c’est-à-dire au moment de la puberté qu'il a commencé à vagabonder et à voler. Il aura à cette époque été puni, puis on aura essayé de la douceur, mais en dépit des plus mémorables corrections, et des plus sages conseils qui lui auront été prodigués, il aura recommencé de voler ou de se battre à la première occasion. Il est très indiscipliné en mème temps que paresseux, menteur et vaniteux. Lui parle-t-on par exemple de son service militaire : 1l se fera une gloire d'y avoir subi un grand nombre de punitions, d’avoir été traduit devant un ou plusieurs conseils de guerre. « Ils ne faisaient pas de moi ce qu'ils voulaient », dira-t:l fièrement. Le plus souvent il emploiera dans son langage un grand nombre de termes d’argot et se répandra en invectives contre la société qu'il a en haine car elle l’entrave par ses lois, dans la réalisation de ses désirs, Ses patrons — quand il en a — sont toujours injustes à son égard ; on ne le paye pas selon ses mérites et on lui fait faire un travail indigne de lui. Aussi ne reste-t-il pas longtemps dans la mème place; il en change tous les deux ou trois mois. Aucun métier nest pour lui assez lucratif et tous sont trop pénibles; c'est pourquoi, après en avoir essayé deux ou trois, il préfère n'en exercer aucun. Presque jamais cependant il ne se dira sans profession; il prétendra toujours être ouvrier dans

telle ou telle partie; mais mettez-le à l'œuvre, il ne sait rien faire.

Au point de vue physique; on note chez lui une grande insensibilité et un plus ou moins grand nombre de signes de dégénérescence dont nous avons signalé les principaux au chapitre II.

#1 nous lui causons, il pourra parfaitement soutenir la conversation et raisonner avec beaucoup de justesse et de logique ; surtout comme nous l'avons déjà dit si cest un voleur. Il pourra avoir reçu un certain degré d'instruction et fera preuve d’une mémoire au moins normale, parfois même supérieure à la moyenne. Il racontera qu à l’école il apprenait facilement et aurait pu être un bon élève s’il avait eu une meilleure conduite.

Son affectivité pour la famille est nulle ou du

moins très diminuée. Jamais aucun de ceux que nous avons examinés n'a paru regretter ses méfaits lorsqu'on lui disait que ses parents devaient souffrir de le savoir en prison. L’un d'eux nous répondait en parlant de sa mère qu'il avait perdue depuis quelques mois : « Ma mère, elle n’a plus mal aux dents », et il se mettait à rire de notre étonnement à cette expression.

L’affectivité pour les semblables lui est encore plus étrangère si possible ; il n'aime rien, ni personne, si ce n'est soi-même. L'opinion publique lui est indifférente, si elle le désapprouve, mais il est très fier d'autre part qu'elle s'occupe de lui.

Il a une idée de la justice qui lui est particulière : n'est bien, n'est bon, n'est juste que ce qui lui pro-

fite. De même la propriété n'existe que pour lui; si on venait à lui prendre ce qu'il possède, il protesterait, mais il lui parait tout naturel de se procurer par un moyen quelconque l'argent dont il a besoin. Ce n’est d’ailleurs pas là ce qui le porte au vol; il vole le plus souvent par habitude.

En somme, le fait saillant de son psychisme est, d'une part la discordance dans le développement avec effacement, plus ou moins complet suivant le degré de vice, du sens moral, de l’altruisme, du sentiment de la propriété et de l'adaptation sociale ; d'autre part, l'exacerbation des instincts de cruauté, de vanité, de la fainéantise et du vice.

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