CHAPITRE VI Fatalité de la récidive
Ces malheureux sont complètement incorrigibles ; les punitions n’ont sur eux aucune action. Enfants, ce sont les clients des maisons dites de correction ; adultes, ils deviennent les habitués de la police correctionnelle, les pensionnaires des prisons ; la cour d'assises les guette et les attire, puis la relégation et les travaux forcés. La prison est loin de les effrayer ; ils y rentrent avec bonheur comme dans leur propre demeure et leurs compagnons, heureux de les revoir, les saluent du nom de voyageurs, de bons camarades. M. Bréton (prison et emprisonnement 1875) cite un pauvre diable qui, tous les ans, se rendait coupable de légers vols pour se faire réintégrer en prison. A la cinquantième fois, au lieu de la maison d'arrêt, il rencontra la prison cellulaire. « La justice m'a fraudé, disait-il, en se plaignant ; on ne m'y reprendra plus dans ce pays. » Mais il ne promettait pas de ne pas recommencer ailleurs.
Tous ceux que nous avons examinés à la prison Saint-Paul et à qui nous demandions ce qu'ils avaient
l'intention de faire à leur sortie, ne manquaient pas de dire qu'ils se remettraient à travailler ; mais si on les pressait un peu on se rendait vite compte qu'ils n’en avaient pas une intention bien ferme. Ils n’avaient d’ailleurs généralement pas de métier, et avouaient que s'ils ne trouvaient pas de travail, ils se remettraient à voler.
Sortis de prison, ils cherchent en effet parfois à travailler mais en souhaitant le plus souvent de ne pas trouver d'emploi. Ce sont en effet des enfants au point de vue psychique et lorsqu'à Fissue de leur peine ils se trouvent avec quelque argent en poche — leur masse — ils commencent par boire pour fêter leur libération: ils s'enivrent et sous l'influence de l'alcool, oubliant les bonnes résolutions qu'ils ont pu prendre, ils se rendent coupables de quelque nouveau délit qui les fera arrêter. « La prison, dit M. Reinach, est le dépôt du régiment ; et un libéré n'est autre chose qu'un soldat qui rejoint son corps. »
Un grand nombre même ne peuvent pas attendre d'être sortis de prison pour récidiver et il n'est pas rare de voir des malheureux incarcérés pour vol se rendre coupables dans la prison même d'un délit du même genre aux détriments d’un camarade de détention. Le vol ou le délit quelqu'il soit a pour eux une telle attraction et ils sont si peu capables de lutter contre cette tendance !
Non seulement la prison n'a pas sur eux d'effet correctif mais encore le plus souvent est-elle une véritable école. Les moins experts écoutent attenti-
vement les maîtres dans l'art et tirent profit à leur
sens de tous les forfaits qu’ils entendent raconter. Il s’y fait un choix d'amis et ainsi se constituent de nouvelles bandes qui, à leurlibération, seront encore plus dangereuses. Pendant la peine, en effet, le caractère s'est encore aigri, et la haine contre la société n'a fait que croître.
La prison nous parait donc inutile pour la correction de ces anti-sociaux. La relégation les fait peutêtre un peu plus réfléchir et lorsqu'on les en menace ils promettent de ne plus commettre aucun délit; mais cette promesse, ils savent bien qu'ils sont complètement incapables de la tenir.
OBSERVATION I
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P..., 20 ans, né à Lyon, vole constamment. Il avait dix-huit mois lorsque sa mère mourut probablement bacillaire. Le père remarié deux ans après ne s'est jamais occupé de lui. Elevé par sa grand’mère il n'a jamais été malade ; il porte cependant des cicatrices de scrofules. Sorti de pension à quinze ans et demi, il n'a appris aucun métier. Il a été placé chez un