LA CORRUPTION POLITIQUE EN FRANCE
Sous Tancien régime, que de ministres ont été aussi condamnés pour péculat et concussions ! Que de chambres de justice ont été instituées, pour faire rendre gorge aux financiers qui pillaient le trésor, de complicité avec les surintendants des finances ! Enguerrand de Marigny, ministre de Philippe le Bel, fut accusé en 1315, sous le règne de Louis X, d'avoir dilapidé les finances, et pendu au gibet de Montfaucon, qu'il avait lui-même fait construire. — Girard de la Guette, qui avait été surintendant des finances sous le règne de Philippe le Long, fut recherché sous Philippe le Bel et arrêté pour ses déprédations ; < il fut appliqué à la question, qu'on lui donna si rude, qu'il mourut au milieu des tourments ; on ne laissa pas de traîner son corps par les rues et de le pendre au gibet de Paris *. — Le 25 avril 1328, Pierre Rémi, principal trésorier de Charles le Bel, fut pendu sous Philippe de
(1) Jousse. Traite de la justice criminelle, t. IV^ p. 34.
Valois pour malversations commises en Guyenne et c grandes voleries de deniers royaux » ; il avait amassé en peu d'années douze cent mille livres, qui représentent vingt millions de notre monnaie. Il fut pendu au gibet de Hontfaucon, qu'il avait fait reb&tir et le roi reprit par la confiscation ce qui avait été volé*. En 1409, Jean de Montaigu, qui s'était enrichi dans les finances, fut condamné à avoir la tète tranchée. — Sous le règne de Charles VII, Jean de Xaîntoings, receveur général des finances, fut arrêté, < pour avoir dissipé et mal employé les deniers du roi, qu'il fut convaincu d'avoir dérobé en sommes excessives >. Il fut aussi déclaré coupable de faux. Il ne fut cependant condamné qu'à quelques années d'emprisonnement avec confiscation de tous ses biens. Il sortit bientôt de prison, après avoir payé au roi soixante mille écus.
En 1453 eut lieu le procès de Jacques Cœur, qui fut victime de la jalousie des grands seigneurs, qui étaient ses débiteurs, e^ de l'ignorance et de Tenvie du peuple, qui ne croyait pas qu'on pût s'enrichir sans concussion et sans magie. Fils d'un marchand pelletier de Bourges, Jacques Cœur avait fait une fortune immense dans le commerce ; il avait établi des succursales de sa maison de commerce à Montpellier, à Marseille, à Lyon, à Tours, et des comptoirs en Afrique et en Asie. A plusieurs reprises, il prêta au roi des sommes considérables pour faire la guerre ; il entra au conseil du roi en qualité d'argentier, mais il se fit autoriser à continuer son commerce. Les
(I) Le péculat, dit Montesquieu, étant le crime ordinaire dans les États despotiques, les confiscations y sont utiles. • Par là on console le peuple ; l'argent qu'on en tire est un tribut considérable que le prince lèverait difficilement sur des sujets abîmés. » {Esprit des Lois^ 1. V, ch. XV.)
terres qu*il acquit, les châteaux et les hôtels qu*il lit construire excitèrent la jalousie des grands seigneurs et officiers de la maison du roi, qui déterminèrent Charles VII à le faire arrêter. On Taccusa d'abord injustement d'avoir empoisonné Agnès Sorel ; puis, quand cette accusation fut reconnue non fondée, on lui reprocha de prétendues exactions. Ses ennemis, chargés de le juger, le déclarèrent coupable de concussion et de transport d'argent hors du royaume. Aux termes de la sentence rendue par le roi en son lit de justice, il fut condamné à faire amende honorable et en une amende de cent mille écus. Ses biens furent confisqués, et une partie de ses terres furent distribuées à ses accusateurs.
Au XVI* siècle, on trouve sous François l^ le procès du surintendant des finances Samblançay, qui périt victime de la cupidité et de la perfidie de la reine mère, Louise de Savoie. Ayant été dénoncée au roi par Samblançay, comme ayant pris 400.000 écus d'or destinés à Lautrce, gouverneur du Milanais, la reine mère jura de se venger. En i^il, pendant l'absence de François F^ elle fit traduire le surintendant devant une commission de juges arbitrairement choisis par le chancelier Duprat, pour prétendues malversations. Samblançay, quoique innocent, fut condamné à mort et pendu. Son innocence fut plus tard reconnue : lorsque la reine mère mourut, on trouva dans ses coffres 1.500.000 écus d'or, comprenant les 400.000 écus destinés à Lautrec.
En 1527, Jean de Porcher, qui avait administré les finances du roi, fut accusé de péculat et condamné à être pendu. Même arrêt en 1536 contre René Gentil, président aux enquêtes. La même année, Tamiral Chabot fut pour-
Li CORRUPTION DES HOMMES POLITIQUES 193
suivi pour divertissement des deniers royaux, destitué de tous honneurs, condamné en l'amende et relégué. — Par arrêt du 23 avril 1S48, le chancelier Poyet fut condamné, pour crime de concussion et autres malversations, en une amende de cent mille livres, à la dégradation de sa charge et au bannissement pour cinq ans. — Le maréchal de Biez fut aussi accusé d*avoir diverti à son profit une partie des deniers destinés au payement de sa compagnie de gendarmes ; déclaré indigne de ses charges par arrêt du parlement de Toulouse, il fut condamné en des restitutions, suspendu de son office de maréchal de France pour cinq ans et banni de la cour. — En 1865, François AUamant, président de la chambre des comptes, fut déclaré coupable de péculat et condamné en soixante mille livres parisis d'amende. — Par arrêt du parlement de Paris du 29 mai 1583, Jean Poîsle, conseiller au parlement, fut condamné « pour concussion et corruption, fausseté, rapine et violence ».
C'est au zvi^ siècle que les commissions instituées pour juger les accusés de péculat prirent le nom de chambres de justice. Des ordonnances rigoureuses furent rendues en 1532, 1545, 1557, 1559, pour réprimer ce crime, qui était devenu fréquent. Des chambres de justice furent encore instituées en 1566, 1578, 1584, 1593, 1601, 1607, 1624, 1645, 1652.
Lorsque L'Hospital se rendit avec Charles IX à Bordeaux, il s'éleva, dans le lit de justice qui y fut tenu, contre la concussion de quelques magistrats et la vénalité des courtisans : < Messieurs, dit-il, je crains qu'il n y ait céans de l'avarice, car on m'a dit qu'il y en avait qui prenaient pour faire, bailler des audiences, et quaad on le. leur pROAL. — Critnin. pol. 13
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reprochait, ils répondaient : C'est bien pis à la cour, et c'est là que sont les grands larrons ; mais il n'est pas bien, ni là ni ici. »
Lorsque Sully deyint ministre, c le désordre et le brigandage étaient partout... Les amis du roi prenaient leur part dans le produit des fermes et dans les marchés passé» avec les fournisseurs. Le trésor étcdt administré par des concussionnaires; les comptables ne rendaient plus de comptes^ >. François d'O, surintendant des finances d'Henri III, était, dit H. Martin, le grand voleur, chef de tous les voleurs. Sully remit de Tordre dans les finances et fit cesser les exactions des gouverneurs militaires.
Sous Richelieu, le maréchal de Marillac, condamné à mort pour péculat, ne pouvait comprendre une telle rigueur : < Un homme de ma qualité condamné à mort pour péculat ! » s*écriait-il. Richelieu se montra impitoyable. Il considérait c Tart des finances comme une des principales parties de la politique ; il est d'autant plus nécessaire dans un Ëtat, ajoute-t-il, que l'argent est l'âme de toutes les affaires. Une république n'est puissante qu*à proportion de la richesse du trésor public. ' » — Mazarin fut beaucoup moins sévère pour les concussionnaires ; on sait que lui-même n'était pas à l'abri de tout reproche, et q^'il laissa en mourant une fortune de 80 millions, qui eh représenteraient 300 aujourd'hui.
f<) Les cham6ret de justice, par Petit-Jean, procureur général à la cour /les comptes.
(2) Testament politique de Richelieu, ch. x. « Le roi, dit-il, reçoit beà'ucoup d'argent des gabelles, mais le peuple en paye excessivement audedàr.dot ce qui en entre dans ses coffres. » Richelieu reproche aux gabelleurs de recevoir des présents, de dresser de faux procèsveïrbaux, de piller et de ruiner les pauvres particuliers
Le début du règne de Louis XIV fut marqué par la chambre de justice de 1661, qui jugea Fouquet et un grand nombre de financiers concussionnaires. Plus de cinq cents individus furent condamnés; d*après M. le procureur général Petit^Jean, le total des amendes et des confiscations atteignit cent dix millions.
M. Cousin a écrit que la fortune de Golbert n'était pas mieux acquise que celle de Fouquet, car apparemment, dit-il, c il n'était pas parvenu à doter les trois duchesses, ses filles, et à bâtir sa magnifique maison de Sceaux avec les économies faites sur ses appointements^ ». Mais M. Ck)U3in oublie que, dans les anciennes monarchies, les rois faisaient des libéralités à leurs ministres, c Gomme ceux qui demeurent quelque temps au soleil sont échauffés par la chaleur, disait G. Naudé, aussi faut-il que celuy qu'un prince ou souverain approche de sa personne ressente les effets de son pouvoir et de l'amitié qu'il luy porte pour la récompense due à leurs services*. » Les rois disaient à leurs ministres : « Faites mes affaires et je ferai les vôtres, > afin, dit encore Naudé c que n'ayant plus à la teste cet horrible monstre de pauvreté, ils apportent un esprit entièrement libre et dégagé de toutes passions au maniement des affaires. »
Toutefois, lès Mémoires de Louis XIV donnent Heu de penser que Fouquet ne fut pas le seul ministre qui refusa de se contenter des libéralités du roi. En effet, le roi dans les conseils qu'il donne à son fils, insiste longuement sur la nécessité de surveiller les ministres ; il lie faut pas»
(i) Cousin. Madame de Longueville pendant la Fronde, p. 216. (2) G. Naudé. Conêidérations politiques sur les coups d^État^ ch. ▼.
196 LA CRIMINALITÉ POUTIQUE
dit-il, c se contenter d*exaininer les hommes avant que de les mettre dans remploi, parce que la plupart se déguisent aisément pour un temps dans la passion de parvenir àTautorité qu*ils se proposent. > Mais, ajoute-t-il, il faut c les observer encore plus soigneusement lorsqu'ils sont actuellement dans le maniement des affaires, parce qu'alors étant en possession de ce qu'ils désirent, ils suivent sou- . vent, avec plus de liberté, leurs mauvaises inclinations' ». Il semble que, lorsqu'un ministre est convaincu d'indélicatesse, le seul parti à prendre est de le chasser et de le punir. Louis XIV est moins sévère ; il engage son (Ils à corriger par ses bons avis le ministre infidèle, à le garder, s'il a des qualités qui méritent qu'on le supporte, en se garantissant du préjudice que sa cupidité pourrait causer aux affaires, et ne l'éloigner que s'il est incorrigible*.
On voit aussi par le journal et les mémoires de Louis XIV qu' c en plusieurs provinces le peuple était tourmenté par certains gens qui abusaient du nom des gouverneurs pour faire des exactions injustes. J'établis de toutes parts, dit Louis XIV, des hommes exprès pour être plus sûrement informé de ces concussions afin de les faire punir ensuite comme elles méritaient.
Les Grands Jours qui furent tenus en Auvergne en I660 prononcèrent un grand nombre de condamnations pour concussion '. c Dans l'empressement où était la cour, écrit Fléchier, elle examinait les crimes et n'avait presque loisir de songer à la qualité des personnes, ce qui fit que ce dernier (M. de la Tour) fut d'abord condamné à être
(1) Mémoires de Louh XIV, t. I, p. 165.
(2) Ibid,, p. 166.
(3) Flécliier. Les grands joUf*s d'Auvergne.
pendu ; mais lorsqu'on eut appris qu'il était de la première qualité, on lui rendit Thonneur qu'il méritait,, et on le condamna à avoir noblement la tète coupée. » Un neveu de Turenne, le marquis de Malause, fut condamné à une amende fort ample et à une restitution de 18.000 francs. Bourdaloue disait un peu plus tard : « Un homme parfaitement irréprochable dans le maniement des deniers publics et qui sort les mains pleinement nettes de certains emplois est presque maintenant un prodige. » {Sermon sur la religion et la probité.)
Dans le préambule de l'édit* qui annonçait l'institution de la chambre de justice de 1661, le roi disait : c Un petit nombre de personnes, dans les derniers temps, avaient employé des voies illégitimes, pour élever des fortunes subites et prodigieuses. Leurs acquisitions immenses, leur faste insolent, leur opulence^ sans bornes offraient un exemple capable de corrompre toutes les maximes de l'honnêteté publique. » Les personnes visées par ce préambule de l'édit étaient les financiers, qui tenaient une place considérable dans la société du xvn* siècle. La Bruyère nous les montre achetant des titres de noblesse, faisant de leurs fils de grands seigneurs, mariant leurs filles à des courtisans, c Si le financier manque son coup, les courtisans disent de lui : C'est un bourgeois, un homme de rien, un malotru ; s'il réussit, ils lui demandent sa fille... Un homme fort riche peut... mettre un duc dans sa famille et faire de son fils un grand seigneur... Sylvain, de ses deniers a acquis de la naissance et un autre nom. Il est seigneur de la paroisse, où ses aïeux payaient la dlme ;
Ce préambule avait été écrit par Golbert.
198 ' LA CKlMUiALlTÉ POLITIQUE
il n'aurait pu autrefois entrer page chez Gléobule, et il est son gendre... Sosie de la livrée a passé par une petite recette à une sous-ferme ; et par les concussions, la violence et l'abus qu'il a fait de ses pouvoirs il s'est enfin, sur les ruines de plusieurs familles, élevé à quelque grade; devenu noble par une charge, il ne lui manquait que d'être homme de bien; une place de marguillier a fait ce prodige'. »
Ce n'est pas seulement de nos jours que l'on voit la noblesse rechercher les invitations des financiers. Chez Samuel Bernard, le célèbre traitant, qui eut un grand crédit sous Louis XIV, on voyait les plus grands noms de la noblesse ; ils y étaient attirés par les soupers, le jeu et les fêtes. Lorsque le président Hénault fait le tableau de la maison du traitant, il dit : < C'était une maison de jeu et de bonne chère et le rendez-vous de la meilleure compagnie... On y trouvait M. le cardinal de Rohan, à qui la nature avait donné tous les talents extérieurs ; le prince de Rohan son frère; M"^^ de Montbusson qu'ils se disputaient tous deux ; Dessorts, depuis contrôleur général; M™* Turgot, M. d'Aumont, M"** Martel..., le maréchal de Villeroi, attiré par M""* de Sagonne, fille de Bernard, et que l'on ménageait fort, pour qu'il fermât les yeux sur la banqueroute de 32 millions, que Bernard faisait sur la place de Lyon. >
En 1701, une nouvelle déclaration très sévère parut contre le péculat ; elle portait que les accusés reconnus coupables de ce crime seraient punis de mort. Néanmoins les déprédations des gens de finance continuèrent.
A la mort de Louis XIV, l'opinion publique réclama de
(1) La Bruyère. Det biens de la fortune.
Là corruption des hommes politiques 199
nouYeau larépressiondesabus des financiers. Une nouvelle chambre de justice fut instituée en mars 1716 ^ Elle donnait pouvoir aux juges, «qui devaient composer cette chambre, de prononcer les peines capitales, afUictives et pécuniaires qu'il appartiendrait contre toutes sortes de personnes, de quelque qualité et condition qu'elles fussent, qui se trouveraient coupables du péculat. Mais ces sentiments de sévérité ne durèrent pas et une déclaration du 18 septembre de la même année, 1716, permit de convertir les peines capitales et afflictives en peines pécuniaires. La chambre de justice se borna surtout à édicter des taxes. D'après M. le procureur général Petit^Jéan , sur 812 millions de biens déclarés elle en laissa aux intéressés 493 et s'en réserva 219 sous forme de taxes, qui ne furent jamais intégralement payées. D*Âguesseau qui venait de remplacer le chancelier Voisin, annonça le 22 mars 1717 la suppression de la chambre de justice; ce fut la dernière. Le nouveau chancelier fit alors sur le caractère du peuple français une observation, dont on a pu récemment apprécier la justesse, à l'occasion du Panama ; il passa de l'indignation la plus vive à l'indifTérence la plus complète et de la haine à la compassion ; le peuple, dit D'Àguesseau, toujours sujet à l'inconstance, « aime le spectacle d'un châtiment prompt et rigoureux, mais il ne peut en soutenir la durée et laissant bientôt affaiblir sa première indignation contre les coupables, il s'accoutume jusqu'à les
(1) Montesquieu en parle dans les Lettres Pereanes : « On vienl, dit-il, d'établir une chambre qu'on appelle de justice, parce qu'elle va leur ravir tout leur bien. Ils ne peuvent ni détourner ni cacher leurs e0ets, car on les oblige de les déclarer au juste, sous peine de la vie ; ainsi on les fait passer par un défilé bien étroit, je veux dire entré la vie et Tardent. » (Lettre XC F//, d^Usbeck à lôben.)
m LA CRIMINALITÉ POLITIQUE
croire innocents, lorsqu'il les voit longtemps malheureux ^ > .
Ici finit l'histoire des chambt'e$dejti8tice, mais l'histoire des crimes de concussion ne unit pas avec elle. La corruption continua et grandit sous le Régent avec Law% le cardinal Dubois et sous Louis XV. Le roi agiota luimême sur les blés et fut un des actionnaires de la fameuse compagnie dite le pacte de famine^ qui créa les famines artificielles de 1768 et 1769. Les désordres de cette époque sont si connus, que je crois inutile d'en recommencer le récit.
Il est plus facile à un peuple de faire une révolution poli* tique que de faire une révolution morale, plus facile de changer de régime que de conscience. Pendant la Révolution, les hommes politiques continuèrent à faire des affaires et les financiers ne cessèrent pas de rechercher les hommes politiques. Les plus fougueux démagogues mêlèrent les affaires à la politique. Hébert était très lié avec le banquier Koch, qui passait pour un agent de l'étranger. Parlant de Narbonne, de Ghoiseul et de l'abbé de Périgord, Morris, ministre des Etats-Unis à Paris en 1789, s'exprime ainsi qu'il suit : « Ce sont trois jeunes gens de famille, hommes d'esprit et de plaisir. Ils étaient intimes tous trois, et ont couru tous trois la carrière de l'ambition, pour rétablir leurs affaires. » Montmorin, avoua à Alexandre de Lameth I qu'il c avait en peu de temps employé sept millions à acheter des jacobins, à corrompre des écrivains, des orateurs * > .
(1) G*était aussi le caractère du peuple athénien : « Le peuple athénien, dit Plutarque, est aisé à mettre en cholère et prompt aussi à tourner en miséricorde... il est formidable jusques à ses magistrats mêmes et toutefois humain jusques à pardonner voire aux enoemis.» {Ifutrticlion» pour ceulx qui manient affaires d'Etal,)
(2) Michelet. Histoire de ta Révolution française, t. II, p. 338.
Théodore de Lameth vit Danton pour essayer de sauver Louis XYI. Danton lui répondit : c Je consens à essayer de sauver le roi, mais il me faut un million pour gagner les voix nécessaires... Je vous préviens que, si je ne puis lui assurer la vie, je voterai sa mort. Je veux bien sauver sa tète, mais non perdre la mienne ^ » Voulant atténuer l'odieux de son marché avec la cour, Mirabeau disait qu*il était payé, non vendu. Fouché commença alors sa grosse fortune par des moyens peu délicats. D'autres députés, avec quelques poignées d'assignats, se firent adjuger de riches domaines. Quelques-uns, envoyés en mission, commirent des dilapidations. Ronsin et ses amis pillèrent la Vendée . Le député Perrin fut condamné aux fers pour vol ; Chabot, l'ancien moine, devint subitement riche et épousa la fille d un banquier. Dans le procès qui fut fait à Fabre d'Eglantine, pour faux en faveur de la compagnie des Indes, Chabot déclara « qu'on lui avait donné cent mille francs pour corrompre Fabre, mais il dit aussi qu'il n'osa lui en parler; il les garda discrètement* ».
Pache, pendant son passage aux affaires, livra le ministère de la guerre au pillage. Plusieurs membres du comité de sûreté générale se compromirent dans des affaires d'argent. Malgré les sommations qui lui furent faites à diverses reprises par Cambon, la Commune de Paris ne rendit jamais ses comptes. La Convention ne put jamais obtenir la production des comptes, et la punition des concussionnaires, qui trouvèrent dans l'Assemblée de puissants protecteurs.
Le 25 septembre 1793, Thuriot déplora à la Convention
(1) Taine, t. III, p. 177, note 3.
(t) Miehelet, t. VIII, p. 285.
202 Là GRIJUNALITÉ POLITMiUË
le sort de la Révolution tombée aux mains des demien des hommes : c N'avons-nous donc, dit-il, tant combatta que pour donner le pouvoir aux voleurs, aux hommes de sang? Nous détrônons le royalisme et nous intronisons le coquinisme^ » Un certain nombre de députés jacobins étaient des hommes indignes, débauché, joueurs, qui tripotèrent dans les assignats et les biens nationaax. U y avait parmi eux des hommes de sang et de plaisir, tek que Rossignol, Carrier, qui ordonnaient desmassacres^aans interrompre leurs orgies, Uenriot se fit adjuger 8.000 francs «pour défrayer la surveillance des massacreurs contrerévolutionnaires >, et ensuite 300.000 francs « pour déjouer les complots et assurer le triomphe de la liberté >. c Le triomphe de la liberté » coûta des sommes énormea. C'est encore Henriot qui invitait ses amis à la curée par Tordre du jour suivant : c Je suis bien aise d'avertir mes frères d'armes que toutes les places sont à la disposition du gouvernement. Le gouvernement actuel qui est révolutionnaire... va jusque dans les greniers chercher leshonmies vertueux... les pauvres et purs sans-cuiottes » Les pauvres et purs sans-culottes n'attendaient pas toujours qu'on allât les chercher dans leurs greniers, ils en sortaient avec empressement pour se jeter sur les places ; ils entraieni aussi dans les comités révolutionnaires qui commirent d'énormes dilapidations. < Les trois ou quatre cents miltton» d'or et d'argent extorqués avant la fin de 1T93, les centaines de milUoQS extorqués en 1793 et 1794, bref le produit presque entier de toutes les taxes extraordinaires a été mangé sur place par les sans-culottes. > (Taine. Op. cU,^ p. 346.)
(1) Michelet. Op. cU., t. VIII, p. H2.
On a écrit, pour les justifier, que beaucoup de ces démagogues sont morts pauvres ; mais cette pauvreté ne prouve pas leur moralité. Us sont morts pauvres, parce qu'ils ont dissipé les richesses mal acquises ; ils avaient les mains vides, mais non les mains nettes ; leurs poches se vidaient à mesure qu'eHes se remplissaient ^
Sous le Directoire, la corruption fit encore des progrès. Le type des hommes politiques de cette époque est Barras, débauché, avide, sans principes, donnant des gages à tous les partis, conspirant avec tout le monde. Bonaparte rappelait le chef des pourris. Lorsque, le lendemain du 18 Fructidor, les déportés furent emmenés dans des cages de fer au port où ils devaient être embarqués, le commandement de l'escorte fut donné au général Dutertre, qui avait été condamné deux ans auparavant aux travaux forcés pour pillage dans la Vendée. (De Barante. Hiêtoire du Directoire, t. II, p. 415.)
Sous TEmpire et la Restauration, les mœurs politiques devinrent meilleures ; la passion de la gloire militaire, le réveil du sentiment religieux et plus tard l'amour de la liberté politique relevèrent le niveau moral. L'amour du drapeau fit taire Tamour des richesses ; l'estime du courage, le sentiment de l'honneur animèrent les soldats de l'empire ; la considération et les honneurs furent donnés aux vertus militaires. Napoléon I*, ainsi que le dit M. Thiers, avaitlegoût des honnêtes gens*. Il lui arriva cependant plus d^une fois de vouloir corrompre les hommes ' et de prendre
(l)Tai]ie. Op. ct<., t. III, p. 2S0, ■ (S) Thien. Op. cit., 1. LXII.
(3) En voici un exemple dont M^ de StaSl a été témoin : voulant dépopulariser le duc de Melzi, ancien viee-préftident de la répoUi^iae
pour ministres des hommes peu délicats, tels que Fouché et Talleyrand. A la fln de son règne il le regretta et dit: c Je ne veux plus m'entourer que d'honnêtes gen8^ »
On savait depuis longtemps par le Mémorial de Gouverneur Morris, ministre des Etats-Unis à Paris en 1789 et par le comte de SenfTt, ministre de Saxe à Paris en 1806, que Talleyrand avait au plus haut degré la passion de Targent et qu*il cherchait toujours à accroître sa fortune par Tagiotage et les cadeaux qu'il recevait des puissances. Le ministre de Saxe fit connaître que, dans les négociations qui précédèrent le traité de Posen en 1806, un million fut donné à Talleyrand par le plénipotentiaire saxon, et que plusieurs princes allemands obtinrent leur admission à la Confédération du Rhin en faisant remettre de l'argent à Talleyrand par M. de Gagern, ministre du duc de Nassau. Les Mémoires de M. le chancelier Pasquier, qui viennent de paraître, sont venus confirmer la vénalité de l'ancien ministre des affaires étrangères. II en résulte que Talleyrand profitait des traités qu'il préparait pour s'enrichir.
cisalpine, Napoléon se rendit en 1805 au corps législatif de la Lombardie et annonça à rassemblée son intention de donner une terre considérable au duc de Meizi en reconnaissance de ses services. « Bfe trouvant alors à Milan, dit M"* de Staël, je vis le soir M. de Melzi, qui était vraiment au désespoir du tour perûde que Napoléon lui avait joué, sans Ten prévenir d'aucune manière ; et comme Bonaparte se serait irrité d'un refus, je conseillai à M. de Melzi de consacrer tout de suite à un établissement public les revenus dont on avait voulu Taccabler. Il adopta mon avis, et, dès le jour suivant, en se promenant avec l'empereur, il lui dit que telle était son intention. Bonaparte lui saisit le bras et s'écria : « C'est une idée de M"* de Staël, que vous me dites là, je le parie. Mais ne donnez pas, croyesmoi, dans cette philanthropie romanesque du xvm* siècle ; il n'y a qu'une seule chose à faire dans ce monde, c'est d'acquérir toujours plus d'argent et de pouvoir ; tout le reste est chimère. • {Contidérth' Uans tur la Révolution française^ 4* partie, ch. xvui.)
(1) Vie du comte d^Hauterive, p. 320.
c Celui de Luaéville, dans lequel il fut stipulé que TAutriche payerait les papiers, qu'elle avait émis dans la Belgique, lui donna le moyen de faire des bénéfices énormes en achetant ces papiers avant que personne eût connaissance de la stipulation. > Le cabinet de Vienne se montra particulièrement généreux envers Talleyrand, pour obtenir sa complaisance dans les traités qui furent négociés par lui. c La sécularisation en Allemagne et tous les arran^ gements, qui amenèrent dans ce pays les répartitions de territoire furent une nouvelle source de profits et ceux-là dépassèrent de beaucoup les premiers. Je les ai entendus évaluer par des gens bien instruits à dix millions au moins, écrit M. le chancelier Pasquier. Il faut rendre cette justice à M. de Talleyrand qu'il ne gardait pas pour lui seul les produits de sa vénalité. II sentait la nécessité de faire entrer dans le partage un assez bon nombre de ses collaborateurs. C'était un bon moyen de se créer des intruments utiles et dévoués ^ >
Napoléon n'ignora pas la vénalité de son ministre. Un jour, l'interpellant sur l'origine de sa fortune, il lui adressa brusquement cette question: « Monsieur de Talleyrand, comment avez-vous fait pour devenir si riche ? — Sire, répliqua habilement le ministre, le moyen a été bien simple: j'ai acheté desrentes la veille du 18 Brumaire et je les ai vendues le lendemain. > En 1807, lorsque Talleyrand
(1; Mémoires du ehancelitr Pasquier, t. I, p. 249, 339. En achetant la complaisance de Talleyrand, le cabinet de Vienne continuait les traditions de Tancienne diplomatie, qui s'efforçait toujours Je corrompre les ministres des gouvernements étrangers. Le cabinet de Versailles paya plusieurs fois des pensions à des ministres anglais, autrichiens, etc. « Thug^ut, qui fut en Autriche le successeur de Kaunits, le prédécesseur de Meiternich pendant la Révolution, touchait depuis 1768 une pension de la France. • Wallon. Journal des Savants^ décembre 1893, p. 742.
206 LA GRIMIIfALITÉ POLITIQUE
demanda comme récompense de ses services la dignké de vice-grand électeur qui devait entraîner Tabandon du ministère, l'empereur, très mécontent de cette résolution, lui dit : c Je ne comprends pas votre impatience à devenir grand dignitaire et à quitter un poste, où vous avez acquis votre importance et où je nignore pas que vous avez recueilli de grands avantages. > Le successeur de Talleyrand fut M. de Ghampagny, dont Napoléon vantait la probité en disant : c Celui-là, je ne le trouverai jamais dans des affaires d'argent >. > Enfin lorsque Tempereur, informé de la réconciliation de Fouché et de Talleyrand, et des intrigues qu^ils formaient contre lui, revint d'Espagne pour les déjouer, il apostropha Talleyrand en présence de plusieurs ministres, dans les termes les plus durs, le couvrit d'injures et le traita de voleur*.
Louis XYIII maintint au Sénat un grand nombre de courtisans de Napoléon, et accepta pour ministre Fouché; en voyant entrer dans le cabinet du roi Talleyrand, appuyé sur le bras de Fouché, Chateaubriand dit : c Voilà le vice appuyé sur le crime. » Mais sauf quelques rares exceptions, les ministres de la Restauration furent intégres; d'une manière générale, ils gouvernèrent par des moyens honnêtes.
Dans ses Mémoires qui viennent d'être publiés, le baron d'Haussez, ministre de la marine dans le cabinet Polignac prétend môme que le gouvernement de la Restauration fut trop honnête et ne tomba que parce qu'il ne voulut pas se faire une majorité par la corruption, en achetant un petit nombre de voix, qui demandaient à se vendre
(i) Vie du comte cPHauterive, p. 217.
(2) Mémoires du chancelier Pasquierf t. I, p. 358.
< Peu d'efforts cependant, dit-il, semblaient nécessaires pour détacher de Topposition le petit nombre de voix desquelles dépendait la majorité. Quelques places, quelque argent eussent suffl Nous avions le tarif des consciences ; il n'était pas élevé, chacune n'étant guère estimée que ce qu'elle valait. Sur les bancs de l'opposition, parmi ces hommes désintéressés qui, pour le seul avantage du peuple, se montraient si ardents contre la légitimité, il ne manquait pas de spéculateurs qui offraient de passer le marché. Si on les avait mis en présence, on aurait sans doute obtenu du rabais. Le Roi et M. le Dauphin n'atteik dirent pas l'opinion du conseil pour repousser la proposition. > Le baron d'Haussez leur proposa de prendre sur la liste civile l'argent nécessaire pour ramener les vingt voix dont on avait besoin; le Dauphin refusa : c La liste civile fut respectée, ajoute le ministre de la marine ; mais, deux mois après cette session, le roi était sur la route de Cherbourg*. »
(1) Mémoires du baron cT Haussez. ^ Si Charles X avait gouverné en respectant la Charte, il n*aurait pas été obligé de prendre la route de Cherbourg ; Tachai de quelques voix de Topposition n'aurait pas été nécessaire, pour lui permettre de conserver la majorité à la Chambre. Il a perdu la majorité et la couronne, parce qu'il a violé la Charte, sur les conseils du printx de Polignac, qui était un illuminé. Berryer racontait que de Polignac avait conseillé à Charles X le coup d'État qui le perdit, parce que la sainte Vierge lui avait apparu dans un songe et lui en avait donné la pensée ; il tenait ce récit du prince luimême. Quant à l'incapacité politique de Charles X, elle s'explique par la dissipation de sa jeunesse, dont le roi rejetait la responsabilité sur Maurepas. Charles X a raconté au comte d*Hauterive qu'ayant, à l'âge de dix-huit ans, fait exprimer au ministre le désir de s'instruire, celui-ci, très jaloux de sou autorité, répondit : « Que me ditesvous? que veut votre prince ? des plaisirs ? il en aura au delà de ses vœux, au delà de? moyens qu'il peut avoir d'en jouir ; des honneur?? on l'en accablera. Qu'il brille dans les bals, dans les fêtes ; qu'il se produise, avec toutes les grâces que la nature lui a données ; à merveille ! mais du crédit, du pouvoir, jamais ! » Charles X, en faisant ce récit au comte d'Hauterive, ajouta : « Je me le tins pour dit... et
208 Là CRIMINALITÉ POIJTIQUE
Le lendemaiii de la Révolution de 1830, Tavidité des vainqueurs de Juillet inspira à Barbier ses Ïambes célèbres sur la Curée et la Popularité. Quelques années après, G. Delavigne fil jouer au Théâtre-Français sa comédie intitulée : la Popularité, où il flétrit, dans de beaux vers, la corruption politique, qui faisait alors des progrès inquiétants, en mettant dans la bouche d*un des personnages de la comédie les vers suivants :
« Où la corruplion est-elle parvenue ?
« Tous mes actes sont purs et ma Tie est connue :
• Deux hommes ce matin viennent me visiter,
« L'un pour se vendre à moi, l'autre pour m'acheter...
« Tu veux fonder, dis-tu, des lois républicaines,
« Et sur quoi? Sur des mœurs : où sont nos mœurs romaines 7
• Tel qui fronde un abus, s*engraisse d*un plus grand ;
• Le suffrage avili s'achète à prix courant;
• En gloire l'infamie avec de Tor se change ;
• Qui bâtit là-dessus bAtit sur de la fange. •
(Acte IV.)
Dès 1838, M. de Tocqueville exprima le dégoût qu*il éprouvait en voyant les hommes publics trafiquer de leur influence '. Les sociétés financières commencèrent alors à faire figurer, dans leurs conseils de surveillance, des princes, des ducs, des marquis, des comtes et des hommes politiques '. Le procureur général Dupin flétrit Timmix-
c'est ainsi que je me suis préparé dans la dissipation d*une jeunesse iwHàt les regrets, que j'ai eu si longtemps à éprouver, et que je ramas encore aujourd'hui. » Vie et travaux politiques du comte d^Hauterive, p. 547.
(1) Tocqueville. Œuvres et correspondances inédites, t. II, p. 85.
(2) M. Heine, en voyant parmi les membres de ces comités de surveillance des sociétés financières tant d'offlciers de marine, se demande plaisamment si leur adjonction n'est pas une précaution de la part des compagnies, dans le cas où elles auraient un jour de fâcheux démêlés avec la justice, qui les condamnerait aux galères. {Lutêce, p. 209.)
lion des hommes publics dans les entreprises soumises au vote des chambres, et dit que les actions distribuées aux députés servaient de doublure à toutes les consciences» pour intercepter le droit, la vérité et la justice. Dans un discours du 17 mars 1846 et dans une lettre de Juillet de la même année adressée à ses électeurs, M. Thiers signala les progrès de la corruption ; il se plaignit de voir les influences électives trafiquer de leurs votes. Lorsque la maison Rothschild, déjà toute-puissante, soumissionna la concession du chemin de fer du Nord, des députés se précipitèrent dans ses bureaux pour demander au pair des promesses d'actions qui se cotaient déjà à plusieurs centaines de francs au-dessus du pair ; en les leur accordant, Rothschild leur fit un véritable cadeau. « Mais tout le monde mendie à présent chez lui, > écrivait alors H. Heine ^ L'abaissement moral du monde politique devint alors si marqué, que plusieurs années avant 1848, de Tocqueville, H. Heine et quelques autres esprits clairvoyants y virent le signe avantcoureur d*une nouvelle révolution *. En 1847, le général Despans-Gubières, pair de France, ancien ministre de la guerre, fut convaincu d'avoir, de concert avec le directeur des mines de Gouhenam, fait remettre 100.000 francs à Teste, ministre des travaux publics, pour obtenir une concession. Oes malversations furent constatées dans les arsenaux de
(ij H. Heine. Op. cit., p. 330.
(2) Tocqueville. Op. cit., t. H, p. 133. H. Heine, qui, comme tous les i^rands poètes, avait souvent plus de pénétration que les hommes d'ÉUt, avait annoncé dès 1841 la nouvelle rt^volution qui se préparait: « Le jour n'est pas éloigné, écrivait-il, où toute la comédie bourgeoise en France, avec ses héros et comparses de la vie parlementaire, prendra une Qn terrible, au milieu des sifflt^ments et des huées, et qu*on jouera ensuite un épilogue intitulé le Règne de$ Communistes. {Lutèce, p. 209.)
PROAL. — Crimin. pol. »•. i^
210 LA CRIMINALITÉ POLITIOUE
Toulon, de Rochefort, de Cherbourg. Ces désordres eonlrihuèrent à la chute de Louis-Philippe en déconsidérant le pouvoir ; la déconsidération, qui aurait dû s'arrêter sur la tète des coupables, remonta jusqu'au souverain honnête, qui avait eu le malheur d'avoir des agents infidèles et des ministres concussionnaires.
Afin de laisser à ce livre le caractère impartial d'une étude historique, je m'abstiendrai de faire le récit des progrès que la corruption politique a faits sous le second Empire et la troimème République, et je terminerai ce chapitre, un peu long déjà, par l'examen des causes ' principales de la corruption.