‹ La criminalité politiqueChapitre 3 sur 32 · Montesquieu : Esprit des Lois, XI · texte numérisé non relu

Montesquieu : Esprit des Lois, XI

D*est pas plus permis à une majorité qu'à un roi de faire des lois contraires aux droits naturels des citoyens. Si la loi ne respecte pas les libertés nécessaires, elle n'est plus que l'expression des haines, des caprices de la majorité. L'Etat a ses limites*. Il y a des droits qui ne lui appartiennent pas.

La tendance de tous les pouvoirs politiques ou religieux est de vouloir imposer leurs idées par la force ou par la loi. « Crois ce que je crois ou meurs, )> disaient les fanatiques religieux. Les religions sont intolérantes, les politiques le sont aussi. « La fraternité ou la mort », disaient de leur côté les fanatiques révolutionnaires. Il a fallu de longs siècles pour faire pénétrer dans l'esprit des hommes les idées de tolérance et d'égalité devant la loi. Il faut une grande culture d'esprit pour aimer les gens qui pensent autrement que nous. Le respect de la pensée des autres, la tolérance ne sont pas des sentiments instinctifs, mais des vertus difficiles à acquérir et faciles à perdre. Le besoin de haïr, de persécuter ceux qui pensent différemment est tellement ancré dans le cœur des hommes, que l'on voit renaître au moindre prétexte leurs rancunes et leurs querelles. Ces sentiments de haine ne sont pas seulement inspirés par la méchanceté, mais par un esprit de prosélytisme, qui nous porte à rendre les autres semblables à nous. Nous aimons à communiquer aux autres nos idées, nos goûts, nos sentiments. Ainsi que Pavait déjà observé Euripide, « c'est la communauté de leurs sentiments qui rapproche et dirige les hommes^ )> . C'est cette communauté d'idées et de goûts qui crée les sympathies; c'est leur divergence qui produit les antipathies. L'homme religieux, l'homme politique cher-

i. V. le livre de Laboulaye L'£<a/ et ses limites. — Môme sous Tancien régime en France, on disait : « Le roi est le maître ; cependant il ne peut pas tout. » (Henrion de Pansey : L^autorité Judiciaire en France, t. 1,94.)

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