Platon : Les Lois, chap. xii
PRÉFACE DE LA DEUXIÈME ÉDITION xiii
louché plusieurs centaines de talents). Hyperide fait un aveu extraordinaire. Il dit aux juges à peu près ceci : sans doute dans votre bienveillance vous autorisez les orateurs, les hommes d'Etat, les stratèges à tirer certains profits de leur éloquence, de leurs affaires, de leur armée ; mais ce qu'on ne peut pas admettre, c'est qu'un homme mette trois cents talents dans sa poche. ^ »
Aujourd'hui encore, malgré la liberté de la presse, qui permet de dénoncer et flétrir les actes de corruption, le jury est si peu indigné de la vénalité des politiciens, qu'il les acquitte habituellement ^ Pour motiver son refus de condamner un fonctionnaire de son parti convaincu de malversations importantes, un juré Géorgien disait : <c La corruption est un crime de la conscience, je suis •prêt à l'admettre, mais non pas selon les règles de la politique » ^ Malgré la preuve certaine de leur culpabilité, les électeurs réélisent députés ou sénateurs des hommes convaincus de concussions. La vénalité n'exclut pas la popularité. Il en était ainsi dans l'antiquité : à Sparte par exemple les Ephores étaient très populaires, malgré leur vénalité notoire. Cette indulgence attristante pour des faits si graves ne témoigne ni d'un sens moral délicat, ni d'une grande intelligence des intérêts généraux compromis ; elle prouve que beaucoup d'électeurs considèrent, comme beaucoup d'élus, la représentation élective comme un métier et non comme un mandat. Sous l'empire des habitudes commerciales, qui envahissent de plus en plus les professions libérales *, le sulBFrage universel peu éclairé