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Duc deNoailles : Cent ans de République, t. II, p

4. La noble profession médicale est envahie par les habitudes commerciales. Beaucoup de chirurgiens et de médecins de villes d'eau donnent une commission & leurs confrères (jui leur envoient des malades ; ce partage des honoraires a reçu le joli nom de dichotomie.

Le D' Férc écrit môme dans son livre sur la Pathologie des émo-

n'est pas indigné, comme il devrait Tétre, par Thabitude des politiciens de faire payer leur concours aux citoyens, qui ont besoin de leur influence, et aux compagnies financières, qui ont besoin de leur vote, comme un agent d'affaires demande une commission pour le concours qu'il prête dans une opération commerciale ^ Cette idée de commission a passé du monde des affaires dans le monde politique, comme il a envahi les professions libérales. Autrefois, la passion dominante était la foi religieuse, plus tard en 1789 c'était la liberté et la fraternité, en 1792,i:amour de la patrie ; sous Tempire, c'était Tamour de la gloire militaire ; aujourd'hui, c'est l'amour de la richesse ; tout le monde veut faire des affaires, gagner de l'argent ; les mœurs américaines se généralisent ; on recherche des mandats politiques pour s'enrichir. Dans le procès intenté au général Belknap, ministre de la guerre, M. Hoar, sénateur du Massachusetts fit la déclaration suivante : « J'ai entendu en haut lieu des hommes vieillis dans les affaires publiques professer les doctrines les plus éhontées et soutenir que la vraie manière de gagner le pouvoir dans une république consistait à corrompre le paysan moyen des fonctions instituées pour le servir, comme la véritable fin du pouvoir une fois conquis était pour ses détenteurs d*assouvir leur ambition égoïste et de satisfaire leurs vengeances personnelles »*. Les politiciens veulent vivre de^ la politique, acquérir le pouvoir pour s'enrichir.

tions, que des directeurs de maison de santé donnent une commission proportionnée à la durée du séjour du malade. Pour faire cesser cet abus, il serait nécessaire de créer parmi les médecins, comme parmi les avocats, un conseil de discipline qui ferait respecter les règles de la délicatesse.

i. A l'instruction, Baîhaut a dit : « Dans un moment de folie, j'en suis arrivé à oublier que j'étais ministre, je me suis dédoublé ; je me suis figuré que je n'étais plus qu'un ingénieur indépendant, ayant parfaitement le droit de faire rétribuer son concours. »

â. Duc de Noailles : Cent ans de République aux Etats-Unis^ t. 1I> p. 286.

PRÉFACE DE LA DEUXIÈME ÉDITION xr

Bourdaloue disait qu'à l'origine des grandes fortunes faites par les courtisans et les grands seigneurs on trouvait des choses qui font trembler. On peut dire la même chose de l'origine des grandes fortunes faites par les courtisans du peuple, qui arrivent pauvres et endettés au parlement et qui deviennent subitement riches sans autre profession que la politique.

Ce n'est pas le chiffre élevé de l'indemnité parlementaire qui peut moraliser le parlement. £n Italie , en Angleterre, en Espagne et en Portugal, où les députés ne sont pas rétribués, en Allemagne et en Belgique où la rétribution est très modérée (3^750 par an en Allemagne sous déduction de 35 francs par séance manquée, 4,0(XK francs en Belgique), la corruption est moins grande qu'en Amériqueoùlesdéputéstouchent25,000francs^ La corruption inhérente à la nature humaine se développe suivant les mœurs du pays, la nature des institutions, l'organisation des pouvoirs publics, le mode du scrutin. Sous un gouvernement absolu, la corruption est resserrée dans un cercle étroit, formé par les ministres, les privilégiés, les -courtisans, les fonctionnaires. Avec le régime parlementaire et le suffrage universel, elle devient plus générale et peut se communiquer à la nation. Sur un corps social jeune et robuste, la corruption peut ne produire qu'une maladie de peau, qui ne vicie pas le sang, mais sur des constitutions vieillies et plus délicates elle détermine une plaie susceptible d'amener la décomposition du sang et la mort. Ainsi que le dit M. Boutmy, le phylloxéra ne tue pas la vigne américaine, mais il tue les vieilles vignes françaises.

Dangereuse pour la liberté et la moralité publique, l'omnipotence parlementaire peut en outre désorganiser les services publics. Lorsque les membres du parlement annihilent le pouvoir exécutif, (ce qui n'est pas la

i . Revue Politique et Parlementaire, 10 février 4907.

forme régulière du régime parlementaire, mais en est la falsification), Tadminislration cesse d'être laborieuse, intègre, impartiale, uniquement soucieuse de ses devoirs envers l'Ëtat ; les intérêts généraux sont sacrifiés aux intérêts électoraux, la faveur et l'arbitraire remplacent la justice et Tégalité devant la loi, la discipline s'en va, les fonctionnaires de TËtat cessent d'être les serviteurs du pays pour devenir des agents électoraux. Comme pendant de longs siècles, les peuples ont été gouvernés par des rois absolus ou par des aristocraties, les citoyens, pour conquérir la liberté, ont été obligés de lutter contre le pouvoir exécutif, et les Assemblées ont pris Thabitude de voir en lui un adversaire. Cependant, dans Tintérêt de la liberté, comme dans celui de Tordre, il est indispensable que le pouvoir exécutif conserve ses prérogatives. Son indépendance est nécessaire pour la protection des intérêts généraux et le bon fonctionnement des services publics. Là où le pouvoir central est sans force, il y a usurpation de Taulorité par les influences locales, inégalité des charges et des faveurs, oppression de la minorité par la coterie triomphante, anarchie^ En introduisant dans l'administration le favoritisme, l'arbitraire et l'anarchie, l'omnipotence parlementaire fausse le jeu de toutes les institutions, paralyse celles qui sont chargées de percevoir l'impôt, de réprimer les fraudes et entrave même Taction de l'admirable institution du Ministère Public, que les Républiques anciennes ne connaissaient pas. Lorsque

1 . Examinant ces signes d*anai*cliic résultant de la faiblesse du pouvoir ccniral, un homme d'Etut éniinent, M. R. Poincaré est frappé de Tanalogie qu'ils présentent avec ceux que Tainc a décrits à la veille de la Révolution. (Questions et Figures Politiques^ p. 500.) — «Jamais, disait-il encore dernièrement, il n'a été plus nécessaire pour tous l<*s républicains de travailler au rét^iblissemcnt dé Tautorité gouvenu*mentale, sous peine de voir se dissoudre peu à peu une nation qui eomme tout organisme ne peut vivre et prospérer sans la coordination rationnelle des divers éléments dont elle se compose. » Journal des Débals, 29 juin 1907.

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