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Ferri, Ibidem

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crâne ', et les mandibules excessivement volumineuses^ Ce dernier caractère n'est contesté par aucun observateur ; c'est un signe non méconnaissable de brutalité et de violence. On ne discute que sur sa dérivation, les uns l'attribuant à la dégénération (Lauvergne), d'autres à l'atavisme (Ferri et Delaunay), d'autres enfin tout simplement au fait qu'il existe toujours des retardataires dans le mouvement d'évolution qui perfectionne une race ou un peuple (Manouvrier).

Quoi qu'il en soit, il est reconnu que « dans l'humanité tout entière, comme dans notre race, la petitesse du front et la grandeur relative de la mâchoire coïncident avec la disposition au meurtre » (Foley). M. Emile Gautier qui fut enfermé dans une prison pour des raisons politiques, déclare, après plusieurs années, qu'il a encore au fond de la rétine la photographie composite du type criminel, et se souvient surtout de la lourdeur des md^ choires *. Il suffit de jeter un coup d'œil sur des photographies de meurtriers pour s'apercevoir de la fréquence de cette particularité. On la remarque de même chez les auteurs de viol, ce qui s'explique facilement lorsqu'on pense que ce crime n'est qu'un effet des mêmes instincts violents qui poussent d'autres à attenter à la vie des personnes.

Les voleurs, au contraire, seraient caractérisés très souvent par des anomalies du crâne qu'on pourrait ap-; peler atypiques, telles que la submicrocéphalie, Voxici-^ phalie, la scaphocéphalie, la trococéphalie. Quant à leur

1. Quelquefois c'est le type opposé : la brachyprosopie ou petitesse excessive de la figure. Je Tai remarquée chez quelques assassins qui présentaient en môme temps un diamètre frontal très court par rapport au diamètre bizygomatique.

2. E. Gautier, Le monde des prisons, dans les archives de VAnlkropo* logie criminelle^ 15 décembre 1888, Lyon.

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L'ANOJIAUE DU CRIMINEL 75

physionomie, elle est recoimaissable à la mobilité du visage, à la petitesse et à la vivacité de l'œil, à l'épaisseur et au rapprochement des sourcils, au front petit et fuyant, au nez long, tordu ou écrasé, à la pâleur du visage qui est incapable de rougir (Lombroso).

Sans donner à ce signalement une importance exagérée, je dois reconnaître que mon observation directe Ta souvent confirmée. Je me suis rendu plus d'une fois dans des prisons et maisons de force, et, sans connaître à l'avance le genre de crimes commis par les sujets que j'observais, j'ai pu très souvent distinguer les condamnés pour meurtre des condamnés pour vol ou escroquerie. D'après mes notes, je ne me serais trompé que sept ou huit fois sur cent.

On est allé encore plus loin : M., Marro, dans l'ouvrage que j'ai cité, assigne des caractères particuliers rien moins qu'à onze classes de criminels ; mais il faut dire que les signes distinctifs les plus marqués ne sont pas tous physiques, et qu'ils sont même tirés pour la plupart de leurs penchants, de leurs usages, de leurs convoitises, du degré de leur intelligence et de leur instruction, etc.

Ce qui n*est pas douteux, c'est que les trois classes que je viens d'indiquer se distinguent surtout par une expression particulière de leur physionomie, de sorte que si nous rHavons pas le type anthropologique du criminel, on peut bien dire que nous avons des types physionomiques : I'assassin, le violent, le voleur.

On a affirmé que, en comparant les prisonniers avec la population libre, plusieurs de ces caractères que nous venons de noter sont reconnus plus fréquents chez les premiers que chez les derniers. Cependant, chez les prisonniers mêmes, la proportion des anomalies

ne serait que de 45 ou de 50 0/0, de sorte que le plus grand nombre des criminels n'aurait pas ^e ces anomalies. Voici le grand reproche qu'on a fait à l'anthropologie criminelle : « Comment peut-on parler de type criminel, lorsque 60 criminels sur 100 n'en présentent nullement les caractères ? » .

Mais pareille objection ne serait pas sérieuse s'il était vraiment démontré que la proportion des anomalies congénitales est plus forte dans un nombre donné de condamnés que dans un nombre égal de non-condamnés. Malheureusement, cette preuve n'a pas été faite. Si nous la possédions, je n'hésiterais pas à dire que l'anthropologie criminelle aurait eu gain de cause, quoique il n'y ait que 600/0 de condamnés ayant le signalement typique, et que le môme signalement se trouve aussi chez le 20 0/0 de non condamnés ; il est évident, en effet, que ceux-ci ne peuvent pas être tous considérés comme des honnêtes gens, et qu'il y a parmi eux beaucoup d'individus ayant des penchants criminels prêts à éclater. II est connu que la justice ne s'empare pas môme de la moitié des auteurs de délits avérés ; ces derniers ne représentent d'ailleurs qu'une petite partie des délits commis, dont la plupart ne sont pas découverts ou ne sont même pas déclarés à la police. Enfin, comme on l'a très bien dit, il y a des classes sociales où les instincts criminels se révèlent sous d'autres formes, en se garant du code pénal : « Au lieu de tuer par le poignard, on encouragera la victime à des aventures périlleuses; au lieu de voler sur la voie publique, on trichera au jeu; au lieu de violer, on séduira pour abandonner ensuite la jeune fille trahie*. »

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