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LA RELIGION

Sans doute les émotions religieuses ne sont pas sans effet, lorsqu'elles ont été excitées dès le premier âge. Elles laissent toujours des traces qui, quoique affaiblies, ne disparaissent jamais, même dans l'effondrement de la foi. L'impression des mystères religieux sur l'imagination est tellement vive que les règles de conduite imposées au nom de la divinité peuvent devenir instinctives ; et cela parce que, — comme le dit Darwin, — « une croyance inculquée constamment pendant les premières années de la vie, lorsque le cerveau est plus impressionnable, semble presque acquérir la nature d'un instinct ; et la vraie essence d'un instinct, c'est qu'on le suit indépen-

damment de la raison* ». L'influence d'un code de morale — ajoute Spencer, — dépend bien mieux des émotions provoquées par ses impératifs, que du sentiment de Futilité d'y obtempérer. Les sentiments inspirés à l'enfance par le speclacle dé la sanction sociale et religieuse des principes moraux, exercent sur la conduite une influence beaucoup plus grande encore que Tidée du bien-être que Ton obtient par l'obéissance aux principes de ce genre. Quand les sentiments que le spectacle de ces sanctions fait naître, viennent à manquer, la foi utilitaire ne suffit pas ordinairement pour amener l'obéissance « Même chez les races les mieux élevées, — ajoutet-il , — parmi les hommes supérieurs, chez lesquels les sympathies , devenues organiques , sont cause qu'ils se conforment spontanément aux préceptes altruistes, la sanction sociale, dérivée en partie de la sanction religieuse, acquiert une importance sur l'influence de ces préceptes ; puis, elle en a une très grande sur la conduite des personnes d'un esprit moins élevé ».

Le même auteur reconnaît une influence nuisible au préjugé irréligieux ou anti-théologique. — Il dit à ceux qui croient que la Société peut tout simplement se conformer aux principes de la morale : « Comment pourraiton évaluer la dose d'esprit de conduite nécessaire, sans des règles reçues héréditairement et qui font autorité, pour obliger les hommes à comprendre pourquoi, étant donnée la nature des choses, une certaine manière d'agir soit nuisible et une autre profitable ; pour les forcer à voir au-delà du résultat immédiat, et à discerner clairement les résultats indirects et éloignés, tels qu'ils se produisent sur eux-mêmes, sur les autres, et sur la société ? »

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