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Darwin, L'Origine de l'homme^ ch. m

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Il n'est donc pas douteux, même pour les positivistes, que la religion ne soit une des plus actives parnû les forces de Téducation. Mais pour cela, deux conditions sont nécessaires, — la première, qu*il s'agisse d*un enfant, — la deuxième, que renseignement de la morale soit le vrai but de renseignement religieux, ce qui malheureusement n'arrive presque jamais dans plusieurs pays catholiques où un clergé ignorant, surtout dans les paroisses rurales, ne s'occupe généralement que d'imposer des pratiques tout à fait vides de aignificatioa pour la conduite morale, et dont le but n'est que d'as* surer la plus entière obéissance des fidèles qui, cependant, négligent les pages sublimes de TEvangile. II faut convenir que, dans les pays protestants, le clergé a bien mieux compris sa tâche. Le pasteur, dans les pays de race anglo-saxonne, a été surtout un propagandiste de principes moraux. C'est grâce à lui que certaines maximes suprêmes de la conduite sociale ont pénétré partout et ont rendu ces peuples en majorité honnêtes et ennemis de l'injustice et de la violence.

Il y a pourtant une chose à remarquer : c'est que le pouvoir de la religion sur la moralité individuelle paraît s'arrêter précisément dans les cas les plus graves, c'està-dire lorsqu'elle rencontre un caractère décidément criminel. Rien de plus naturel. En effet, si l'enseignement, pour devenir utile, doit être accompagné de Vémolion^ comment peut-on espérer que cette émotion soit excitée chez des hommes qui, par un défaut d'organisation psychique, ont une sensibilité morale bien moindre que la normale? Et comment peut-*oa penser alors qu'ils en arrivent jamais à la pure idéalité de la reUgion ?

On peut dire, en matière de conclusion, que l'efficacité de l'enseignement religieuxest linûtéef mais que les

limites de son action sont plus étendues que celles de Téducalion en général. Un gouvernement éclairé doit donc favoriser cette force moralisante ou, du moins, ne pas y mettre des entraves. Il suffit qu'il soit indifférent, mais toute œuvre destructive de sa part est nuisible, parce qu'il ne saurait remplacer en aucune manière ce frein plus ou moins fort, qui vaut toujours mieux que Tabsence complète de sanction morale.

INFLUENCES écaNOMIQVES. — LA THÈSE SOCIALISTE.

Nous passons à un ordre d'idées bien différent : la dépendance dans laquelle serait la criminalité des conditions économiques sociales, et surtout, de la distribution inégale de la richesse publique entre les individus.

Les socialistes prétendent que le régime collectiviste ferait tarir comme par enchantement les sources les plus abondantes de la criminalité. En établissant Téga* Kté la plus parfaite dans la rétribution du travail, en effaçant le contraste de la fortune et de la misère, le collectivisme supprimerait toute cupidité malsaine, toute activité anti-sociale.

Pour en arriver là, il leur faut soutenir que l'inégalité économique actuelle, ce qu'ils appellent le régime capitaliste produisant le prolétariat, est la cause principale -du phénomène de la criminalité.

Pour quelques-uns d'entre eux, le crime n'est autre «chose qu'une réaction contre l'injustice sociale. La répartition inégale des biens condamne une partie de la

population à la misère, et, en la privant d'éducation, la réduit à Fignorance. L'iniquité économique sanctionnée par les lois, est un véritable crime, qui provoque tous les autres, si même il ne les justifie pas *.

La Société est donc la première coupable : c'est elle qui rend possibles les malfaiteurs, en créant des malheureux qui n'ont pas trouvé place au banquet de la vie, et qui ont été repoussés des salles resplendissantes et des appartements dorés, pour être plongés dans la solitude morne, et dans les ténèbres des rues fangeuses.

11 est déplorable que presque tous les écrivains socialistes en arrivent à de pareilles conclusions. Us rejettent presque toujours le crime sur une organisation artificielle et vicieuse de la Société, organisation qui, une fois modifiée, ou pour mieux dire radicalement innovée, réduirait à une proportion minime le chiffre des délits, et, par l'œuvre lente de l'évolution, les ferait entièrement disparaître*.

1. Il y a des sectes qui poussent à la guerre contre toutes les institutions sociales. « La société est constituée d'une façon absurde et crimineUe , , , Toute propriété acquise par le travail des autres est iUégitime, Les riches doivent être mis au ban du droit des gens .. . Tous les moyens pour les combattre sont bons et nécessaires, sans exclure le fer^ le feu et môme la calomnie, » — Programme de la Main noire. — Laveleye, Le socialisme contemporain^ p. 275. Paris, F. Âlcan, 1883. Voir aussi le beau travail de A. Zorli, Emancipazione economica délie classi operaie. Bologne, 1881. Le prétendu socialisme scientiflque d'aujourd'hui met presque sur la même ligne l'exploitation des ouvriers et Tassassinat.

L'idée que dans le communisme il n'y aurait plus de crimes, est vieille de milliers d'années ; on la trouve dans les auteurs classiques, d'où elle a passé chez Fénelon et plus récemment chez Owen ; enfin chez Bebel et les nouveaux socialistes révolutionnaires. Chose étrange, Enrico Ferri, malgré son anthropologie, ne la repousse pas entièrement. Voir à ce sujet ma Superstition socialiste, p. 125-140, Paris, F.Alcan, éd., 18%.

2. Pour Owen, suivi par Bebel et d'autres, dans une société collectiviste, il n'y aurait plus de criminalité proprement dite ; les actions « en opposition avec le bonheur de la société » ne seraient que l'effet de maladies; les personnes qui agissent de la sorte devraient être placées dans une maison de refuge, etc.

En attendant, ils ne peuvent s'empêcher de voir, dans le délinquant, un membre d'une classe opprimée dont il affirme la révolte ; souvent même, ils n'épargnent pas la dérision la plus amère à ceux qui, dans cette classe, baissent la tête, et supportent leur destinée.

« Assurément, — dit-on dans une de ces brochures socialistes remplies de fiel et de paradoxes, — même dans les couches les plus abjectes il y a des martyrs, types de résignation chrétiennement idiote, incapables d'offense, bénissant la matraque qui les broie. Nous comprenons qu'ils soient l'idéal de la bourgeoisie, qui les exploite, mais leur exemple est loin de nous édifier. Ainsi en est-il de l'ouvrier qui, se vendant pour un salaire dérisoire, fait tomber le salaire de tous les autres ; il trahit sa classe et justifie la réaction qui le frappe. Quand le privilège domine, toute rébellion est un fait humain, qui doit être étudié avec des sentiments humains; et même lorsqu'elle prend la forme odieuse du crime, elle concourt, comme symptôme utile, à poser des questions radicales, etc. *. »

Je remarquerai en passant, qu'il ne doit pas être facile, pour celui qui présente la criminalité sous cet aspect, d'expliquer le fait par lequel l'ouvrier et le paysan sont exposés à des agressions criminelles de tout genre. Etrange révolte contre le privilège, laquelle s'en prend à la fois aux tyrans et aux victimes, et qui s*attaque aussi bien aux opulents odieux qu'aux compagnons de malheur !

Nous allons toutefois examiner la question suivante : si « l'iniquité économique », condition sociale par laquelle les citoyens sont divisés en propriétaires et en

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