F. TuraU, // DelUto e la QwttHont sociale. Milan
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LE CRIUmEL
prolétaires, est la caase principale, ou au moins une des causes les plus importantes de la criminalité ^
Le sens dans lequel j'emploie ùe mot k délit » est déjà connu du lecteur ; il reste à nous entendre sur la signification de l'autre mot « prolétariat » auquel on attribue, par une triste nécessité de sa condition, le plus grand nombre de crimes et de délits.
Le prolétaire est l'individu privé de biens immobiliers, lequel n'a d'autre moyen de subsistance que son travail manuel rétribué par un salairej ordinairement quotidien, dont la mesure est restreinte à la valeur des objets qui, dans une certaine société et dans un certain temps^ représentent le strict nécessaire. Tout capital produit par 1 épargne, fait passer le prolétaire, de cette condition à celle de propriétaire *.
Or, on ne saurait nier que le prolétaire, plus que tout autre individu, peut être exposé à la faim, si le salaire, qui est son unique moyen d'existence, vient à lui manquer, même pour un jour. Il peut se faire alors qu'il commelie un vol pour procurer du pain, soit à lui-même, soit à sa famille. C'est le cas de « Jean Valjean », dans les « Misérables ». Je ne dirai point, avec un écrivain français, que ce n'est point là une figure du monde réel, parce qu'il « n'existe pas en France une ville comme FaveroUes, où un brave ouvrier, connu par son activité, par son dévouement à une veuve et à des orphelins, n'aurait pas trouvé quelque secours en cas de besoin
1. Un premier démenti à celte idée nous vient de FAngleteire, pays où les inégalités économiques sont extrêmes et où cependant la criminalité décroit constamment et rapidement. Cela prouve que la criminalité d'un peuple dépend de bien d'autres causes que de la distribution de la richesse publique entre les citoyens.
2. Telle est la définition donnée par Block, Diclionnait^ de la politique.
urgeat* ». Je crois, au contraire, que ce cas peut se présenter, mais, sass doute, il est fort rare. Le anabe Tolstoï, ayant visité U maison Rschanow, un des plus grands logeo^ents pour les pauvres A Moscou, n'y trouva qu'une seule femme malade qui disait n'avoir pas mangé depuis deux jours. U s'aperçut qu'il n'y avait presque personne exigeant des secours immédiats. « Ainsi que parmi nous^ — dît-il —-> il y avait là des gens plus ou moins bons, plus ou moins mauvais, plus ou moins heureux, plus ou moins malheureux. C'étaient des individus tels que leur malheur ne dépendait pas des circonstances extérieures, parce qt^il était en eux-mêmes, de telle sorte qu'on ne pourrait y porter secours par le don d'un papier quelconque '. »
Dans l'état de civilisation où nous sommes, i part les moments de crises, presque tous les hommes de bonne volonté finissent par trouver du travail, et s'ils ont le malheur de n'en pas trouver, presque toujours, dans leur entourage immédiat, quelque main bienfaisante leur est tendue*
Sans doute il y a des cas de vraie indigence, mais comme la cause en est presque toujours le manque de courage et d'activité, elle est accompagnée d'une sorte d'apathie qui « ne demande autre chose que la conservation de l'existence animale ^ •. Ce qui en résulte, c'est, d'ordinaire, la mendicité^ non pas le crime, car ce dernier exige toujours un certain effort dont les gens épuisés par les souffrances sont tout à fait incapables*
L'immense majorité de la classe ouvrière n'est pas réduite à un dénuement pareil ; ce n'est pas de raiguillon de
1. A. Franck, Philo$ophie du droit pénal, p. 147. Paris, F. Alcan, 18S0.