Tbîstoî, Que fairel Paris
3. Eugène Béret, De la misère des drisses laborieuses. Braxelles, 1S€I.
la faim qu'elle souffre, mais plutôt de Fimpossibilité de se procurer tant de plaisirs dont elle voit jouir les favoris de la fortune ; dans les grandes villes surtout, c'est à un supplice de Tantale qu'elle est perpétuellement condamnée. Mais le prolétaire n'est pas seul à éprouver les peines de privations. Les besoins sont relatifs aux désirs, et ceux-ci sont relatifs à la condition spéciale de l'individu. Celui qui travaille pour un salaire, se sent pauvre par rapport à son patron; le petit propriétaire par rapport au grand propriétaire ; le simple employé par rapport à son chef de bureau. A mesure que l'on monte les degrés de l'échelle sociale, la splendeur de la richesse de celui qui se trouve occuper une place un peu supérieure à un autre, fait pâlir celle de ce dernier. Celui qui possède un million de capital porte envie à celui qui a un million de revenu ; il pourra éprouver une cupidité semblable à celle qui s empare du simple cultivateur par rapport au métayer. Or, de même que cette cupidité peut pousser le paysan à voler du bois, elle peut pousser le métayer à tromper son propriétaire, le comptable à falsifier ses registres, le riche commerçant à faire une banqueroute frauduleuse, et le propriétaire encore, à produire le faux testament d'un millionnaire. Le sentiment de la cupidité existe chez tous les hommes à un degré plus ou moina grand. Mais, pour que ce sentiment puisse entraîner au crime, il faut que l'individu se trouve non pas dans une condition économique spéciale, mais dans une condition psychique spéciale c'est-à-dire, absence complète de Tinstinct de probité et insouciance de la bonne réputation que les autres désirent garder intacte, soit par amourpropre, soit par intérêt, ce qui fait que plusieurs personnes, tout en n'ayant pas un instinct inné de probité, 6avent résister aux tentations criminelles.
Or, de pareilles conditions psychiques spéciales subsisteraient évidemment dans Findividu quand même la misère serait complètement supprimée ; le facteur social du crime reparaîtrait sous d'autres formes ; le voleur oisif d'aujourd'hui, deviendrait l'ouvrier désœuvré du lendemain. On pourrait seulement présumer la disparition des délits que la cupidité amène, quand le délinquant ne verrait plus aucun profit à les commettre. — Mais il est difficile d'imaginer la réalisation d'un pareil cas, parce que dans un système économique quelconque, par exemple une possession collective de la richesse publique, avec un droit égal de tous les travailleurs à la richesse créée par leurs mains, nous n'aurions aucune raison pour croire à l'impossibilité d'un profit illicite. Toute loi peut être éludée, et il faut être bien naïf pour croire qu'on ne trouverait plus moyen de se procurer un avantage quelconque au détriment d'autrui, et sous une forme différente que celle de l'argent, dans les phalanstères de Fourier, ou dans les établissements agricoles et industriels de Cabet. Je crois que la distribution égale des profits ne sera jamais praticable ; d'ailleurs une grande partie des socialistes admettent, malgré leur rêve collectiviste, la différence des profits selon la qualité de l'ouvrage ; ils remplacent ainsi le principe de Tabsolue égalité économique par celui de la juste rétribution du travail. Eh bien ! l'inégalité économique rendrait aussitôt possible l'activité malfaisante à côté de l'activité honnête; la soif du gain suffit pour que Texcitation au crime reste la même. Et lorsqu'on en viendra à substituer à l'argent les bons de travail, par lesquels tout ouvrier pourra, en payement de son œuvre, prendre dans les magasins publics ce qu'il aura gagné, est-ce que pour cela la race des fainéants et des désœu*!*
GARorALO. Criminologie, ijL
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rés aurait cessé d'exister ? Et ceux-ci se trouvant dans impossibilité de se procurer ces bous par eux-mêmes, e tenteront-ils pas de s'en emparer par supercherie u par violence ? En établissant le principe que chacun e peut coosommer qu'en raison de ce qu'il produit, le saura -t- on pas trouver mille moyens frauduleux our vivre aux dépens du travail d'autrui? N'y aura- -il pas toujours des mécontents et des déclassés ? ^ourra-t-on changer la nature humaine de sorte qu'il l'y ait plus de menteurs, d'arrogants, d'oppresseurs l'un côté, de paresseux, de faibles et de désœuvrés le Tautre côté; et vis-à-vis des tempéraments équili- >rés et calmes, d'autres tempéraments emportés et nérropathes ?
Le prolétariat est une condition sociale, tout comme es conditions qui lui sont supérieures. Le défaut absolu le capital, qui en est le caractère (sans tenir compte des ;as exceptionnels de défaut du nécessaire, c'est-à-dire ogement, alimentation approprié au climat, chauffage lans les pays froids), est une condition économique >ermanente, qui n'a rien d'anormal pour ceux qui y sont labitués. Elle constitue un état de gêne seulement pour ;eux qui ont des désirs ou des besoins qu'ils ne peuvent )as satisfaire par leur salaire journalier. Mais une gêne out à fait semblable peut exister, par une raison anaogue, même dans la classe des capitalistes ^ si l'on emplace le mot salaire par celui de revenu. Rien ne lous dit que cette disproportion entre les désirs et la K)ssibilité de les satisfaire, soit plus grande dans la :Iasse la dIus humble. Si les gens riches — dit Tolstoï — mangent et boivent bien, « cela ne les empêche pas l'être également des malheureux. Eux aussi sont méconenls de leur position, regrettent le passé et désirent ce
qu'ils n'ont pas. Celte position meilleure qu^iis ont en vue est la même que celle après laquelle soupirent les habitants de la maison IiiJanoff{le logement des mendiants), c'est-à-dire une situation dans laquelle ils pourraient moins travailler et profiter davantage du travail d'auirui»^ Il semble même qu'en franchissant l'abîme qui sépare les prolétaii*es des propriétaires, les désirs croissent chez ces derniers dans une plus grande proportion que celle de leur fortune, à cause des occasions plus fréquentes qu'ils ont de connaître et d'apprécier les raffinements du luxe et du confort, et de s'apercevoir de ce qui leur manque pour jouir de la vie autant qu'ils le voudraient.
Or, si la gêne économique, entendue ainsi dans un sens relatif, n'est pas proportionnellement plus grande dans la plus basse classe, il n'y a aucune raison pour croire que, chez cette dernière, la cupidité soit plus vive que dans les autres classes, et que par conséquent les impulsions criminelles n'agissent pas également sur toutes les couches sociales.
Il est bien vrai pourtant, que le vol, qui est la manière la plus grossière d'attenter à la propriété, est répandu bien plus largement parmi les classes inférieures de la société ; mais il est contre-balancé par les faux, par les banqueroutes, par les concussions des classes supérieures. Et ces méfaits ne sont qu'autant de variétés d'un même délit naturel ;ce ne sont que des formes diiférentes appropriées aux différentes conditions sociales, dans lesquelles la passion de la cupidité, poussée à un même degré, se manifeste également; ce ne sont que des effets du défaut d'une retenue morale de mêmç