Turatif ibid., p. 9(k
lectaelle de la dame, raison à laquelle il faut ajouter probablement le désir de s'emparer de son riche héritage et d'en disposer à leur gré. Quelques mois après, à Bari, un capitaine revenu de Chine est accusé d'avoir tué sa femme d'un coup de revolver, pendant son sommeil, et uniquement pour s'en défaire. A Milan c'est un industriel, un éleveur très connu, qui ayant invité chez lui un riche monsieur, pour lui montrer des tableaux, le fait ligoter, lui fait signer des lettres de change, et le confie aux soins d'un repris de justice pour que celui-ci l'étoufTe dans un bain chaud. Pendant trois ans, un ancien député de Pûlerme a été détenu sous l'accusation d'avoir fait assassiner en chemin de fer le directeur de la banque de Sicile. Un employé soupçonné d'avoir supprimé sa mère disparue sans laisser la moindre trace, n'est relâché qu'après plusieurs mois, faute de preuve de la mort de cette dernière. Un étudiant en droit de l'Université de Rome est envoyé en cour d'assises pour avoir égorgé pendant la nuit un de ses camarades, dans le but de le dévaliser. Un riche, appartenant à l'aristocratie française, comparaît également en cours d'assises pour avoir jeté à la mer du haut d'une falaise escarpée, dans un pays lointain, où il s'était rendu dans ce i»ut, un pauvre enfant, rejeton illégitime de sa femme. Un autre Français, un industriel cette fois, quelques années plus tard, fait le même voyage pour se défaire de la môme manière de sa jeune femme, après l'avoir préalablement assurée à une compagnie, afin d'empocher la prime d'assurance. Ces quelques cas ont été découverts par hasard ; combien d'autres ne sont-ils pas restés inconnus, surtout dans ces classes plus instruites et prévoyantes, et ayant les moyens de voyager et d'acheter les silences ? Quant aux classes inférieures, leur moralité n'est
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pas en général très/ délicate ; mais les sentiments les plus élémentaires et les moins développés suffisent pour les éloigner du crime. On y trouve des assassins exceptionnellement^ tout comme dans les classes supérieures.
Leur défaut d'éducation ne peut avoir en général d'autre effet que la radesse, c'est-à-dire une moindre sensibilité pour les douleurs morales d'autrui, une honnêteté un peu plus élastique. Voyez les pauvres de Tolstoï, les ouvriers et les paysans décrits par Zola. Il y a bien parmi eux des criminels^ mais dès leur première apparition, ces auteurs ont soin de nous dire leurs antécédents, qui en ont fait des natures exceptionnellement perverties ; ils nous en présentent également d'autres qui sont exceptionnellement vertueuses. Sans doute la grande majorité des personnages de V Assommoir et de la Terre sont des êtres peu sympathiques, dégoûtants même ; parfois ils sont peu fidèles, peu charitables, exdosivement préoccupés de leur intérêt personnel, sans la moindre idéalité, mais ils ne songent pas même au crime comme moyen d'assouvir leurs passions, ils reculent devant lui si Toccasion s'en présente.
Or, tant que la majorité de la population aura en partage une certaine somme de ces instincts ei de ces répugnances dont j'ai parié plus haut, il arrivera -que, par simple effet d'hérédité, ils seront transmis dans toutes les classes, pauvres ou riches, instruites ou ignorantes, et seront soutenus par la tradition. Les exemples et l'éducation familiale.
Il ne s'agit point ici de cette délicatesse qui est Tapanage moral d'un petit nombre, non plus qae de vertus et de sentiments nobles et généreux; il s'agit seulement
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d'une qualité négative, à savoîr la répugnance pour un nombre déterminé d'actions, dont Yimmoralité est uni-versetlement reconnae dans la haxde comme dans la basse classe de la population.
S'il est vrai que ces instincts moraux ont été le résultat évolutif des innombrables expériences d'utîKté faites par les générations précédentes, de semblables expériences, quand il s'agit de meurtres, de vols et d'autres délits analogues, se sont accomplies aassi bien dans les classes tes plus élevées que dans les pi as humbles. L'instinct de la pitié, celui d'une probité, même très grossière, se produisent aassi dans la populace infime; on y trouvera, comme dans les couches sociales supérieures, la même répugnance pour le sang et pour les agressions violentes ou insidieuses. L'évolution qui s'est poursuivie à la surface, et qui a produit les sentiments les plus délicats, se trouve arrêtée vers le fond, ou bien elle y avance d'un mouvement beaucoup plire^ lent; la moralité se borne à quelques aversions, à un petit nombre de sentiments, mais ceux-cî s'y rencontrent dans une égale mesure, dans une égale proportion ; les individus privés de cette moralité rudîmenlaire y sont également rares et anormaux. Sans aucun doute, la misère est un obstacle à la bonne éducation, et le d^aut d'éducation empêche que la moralité se développe, mais la misère n'entraîne pas nécessairement avec elle l'absence complète de certains sentiments, tels que ceux de bienveilîaitce et de justice.
J'ai déjà donné des preuves de cette assertion, précisément sur le terrain où elle est le plus combattue, c'està-dire, pour ce qui a rapport à l'instinct de probité.
MâÂBiteBaiit }e crois que je p<^urraî donner la preuve que la criminalité en général n'est pas déterminée par
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la condition du prolétariat. En 1895, 8 0/0 de la totalité des condamnés pour crimes et délits en Italie était représenté par les groupes des propriétaires, intendants et fermiers, ceux des fonctionnaires publics et des employés privés, celui des professions libérales, des beauxarts, enfin celui des capitalistes et des rentiers ; proportion très peu flatteuse pour les classes moyennes, si Ton pense que parmi les délits, il y a une masse de vols champêtres, vols de fruits, de bois sec, etc., dont les auteurs ne peuvent être que des indigents qui ne devraient pas vraiment figurer dans la criminalité. Et pourtant, comme on le voit, la proportion des pauvres s'éloigne pou de celle des riches ou des aisés par rapport à la population entière.
En cour d'assises, le nombre proportionnel des prolétaires condamnés est supérieur, mais le nombre moins grand de gens ayant de la fortune, parmi les condamnés, a, selon ma manière de voir, une signification bien différente. 11 ne fait que confirmer de plus en plus la remarque déjà faite bien souvent, qu'un jury se laisse trop facilement séduire par l'éloquence d'un défenseur qu'un accusé riche peut choisir parmi les meilleurs avocats, — ou, ce qui est plus honteux, par l'appât de l'or de l'accusé*.
Malgré tout, la statistique des prisons pour 1900 nous fait connaître qu'il y a en Italie, dans les établissements pénitentiaires, 3,102 personnes, formant la dixième partie environ du total des détenus, qui n'appartiennent pas aux classes prolétariennes, puisque ce sont de^ rentiers, des négociants, des banquiers, des aubergistes,
1. Le métier de juré existe malheureusement, n y a des endroits où on Fexerce presque publiquement. Quelques jurés y ont même un tarif connu.
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des boursiers, des employés privés ou des fonctionnai resi publics, ou des gens adonnés aux professions libérales ou des membres du clergé. Dix pour cent, c'est-à-dire, presque la proportion des propriétaires sur toute la population en Italie*.
Si maintenant nous voulons évaluer les effets de la mauvaise éducation qui acconâpagne presque toujours la pauvreté, nous pourrons fournir d'innombrables preuves de l'indépendance du phénomène criminel par rapport à la condition sociale et à la culture individuelle. Nous choisirons quelques-unes de ces preuves.
En classant, d'après leurs professions, les condamnés pour crimes et délits en Italie, détenus en 1900 dans les établissements pénitentiaires*, nous trouverons que la catégorie la plus misérable et la plus ignorante, en Italie, celle des agriculteurs, représente 28,9 0/0, proportion bien inférieure à celle de cette classe sur la population dans son ensemble, puisque d'après le recensement de 1901, les personnes adonnées à l'agriculture sont au nombre de 16,836,557, sur une population totale de 32,475,253.
En Allemagne (1896) ceux qui exercent des professions libérales surpassent de beaucoup les agriculteurs dans les escroqueries et les abus de confiance ; la criminalité la plus forte, dans son ensemble, est celle des commerçants et des industriels. En France, les commerçants et ceux qui exercent une profession libérale dépassent de même la classe agricole et manufacturière dans les crimes les plus graves contre les personnes. En 1900, la classe agricole, qui représente « un peu moins de la moitié de la population active de la France, ne compte que pour un quart des accusés exerçant un travail
1, Statisiica délie carceriper gli anni 4899 e 1900. Roma, 1902,