‹ La criminologieChapitre 38 sur 98 · Ferri, Op. cit., p. 39 et · texte numérisé non relu

Ferri, Op. cit., p. 39 et

INFLUENCES SOCULEg SUR LA CRIMINALITÉ 17»

tôt OU tard, aurait toujours fini par se révéler au dehors d'une façon criminelle. ^

Les variations du milieu social, et les fluctuations économiques, qui en dépendent souvent, produisent par rapport à la criminalité, un phénomène semblable à celui de la marée dans TOcéan. Celui-ci n'augmente ni ne diminue la quantité de ses eaux ; ce sont ces dernières qui s'avancent et se retirent alternativement. De même, on ne peut pas dire que, par Tefifet de ces fluctuations, surtout de celles qui se présentent h des époquM fixes comme les saisons, l'activité criminelle s'accroît ou diminue.

On a déjà remarqué depuis longtemps que le max/mum d'été et le minimum d'hiver des délits conhc les personnes, coïncident avec le minimum et avec le maxi* mum respectifs des délits contre la propriété (Quetelet), L'activité des délinquants excitée par des besoins présents s'attache de préférence â un seul objet et néglige les autres. C'est ainsi que Ton peut expliquer le rapport constant entre l'accroissement d'une certaine espèce de délits, et la décroissance d'une autre. En vérité, si bien souvent l'immoralité se borne à l'absenôe d'un seul des instincts moraux élémentaires, il n'est pas rare non plus que Ton trouve, chez un même individu, l' improbité réunie à Vinhumanilé. La statistique des récidives en fournit la meilleure preuve, puisqu'elle montre comment les formes les plus variées du crime reviennent alternativement, ea rendant vaines toutes les théories juridiques qui exigent que la loi pénale considère seulement la récidive spéciale^

La transformation d'une partie de la criminalité, d'une espèce à une autre, à cause du changement des saisons, de raboûdancc des récoltes ou de la disette, aussi bipn <jue de la mesure des prix qui en découlent, est un phé*-

nomëne, qui peut paraître étrange, mais qu'il faut bien reconnaître, tout comme Teffet semblable des variations thermométriques annuelles, et la persistance de l'augmentation et de la diminution des prix pendant une suite d'années.

C'est ainsi que Taccroissemenl des meurtres, des viols, et des blessures s'est prolongé en France pendant une période de cinq années consécutives où la prospérité, prouvée par les prix extrêmement bas de la viande, du blé cl du vin, fut générale *.

Tous les faits concourent donc à détruire l'idée des socialistes. De plus grandes facilités de vivre, une plus grande aisance des classes inférieures, ne font point diminuer la somme totale de la criminalité. — Bien au contraire, avec l'amélioration des salaires, avec la diffusion de l'instruction, s'est produite, dans la deuxième moitié du xix* siècle, une augmentation dans différents genres dfi délits fort graves.

« Il est curieux de voir ainsi — dit un écrivain français, — la cupidité grandir avec la richesse, et parallèlement, de voir, au fur et à mesure des progrès de la vie urbaine, des relations sexuelles plus libres et plus multipliées, les passions sexuelles redoubler, comme l'atteste la progression énorme des délits contre les mœurs. Rien de plus propre que ces constatations statistiques, entre autres, à illustrer cette vérité, qu'un besoin est surexcité par ses propres satisfactions^ ».

De ce que nous avons dit jusqu'ici, on peut tirer les deux conclusions suivantes :

1« L'ordre écononaique actuel, c'est-à-dire la manière

2, De 1848 à 1852. V. Ferri, Socialismo e eriminalUà, p. 77. 2. G. Tarde, La statistique criminelle du dernier demi^ siècle (Betme philosophique, janyier 1883).

INFLUEI^GES SOCIALES SUK LA CRIMINALITÉ 181

dont la richesse est répartie, n'est pas une des causes de la criminalité en général ;

2** Les fluctuations qui ont lieu habituellement dans Tordre économique peuvent amener Taugmentation d'une forme de criminalité, qui est compensée par la diminution d'une autre forme. Ce sont donc des causes possibles de criminalité spécifique.^

11 resterait à examiner les troubles anormaux produits par la famine, les inondations, les crises commerciales, les guerres et les révolutions. Ces événements) qui changent totalement les conditions habituelles de la vie, sembleraient être de véritables causes occasionnelles de la criminalité ; ils produisent la manifestation du phénomène criminel, qui autrement, dans des conditions normales, ne se serait peut-être pas présenté, car il n'y avait pas^ dans le milieu social, des impulsions suffisantes pour déterminer l'individu immoral à commettre une action anti-sociale.

De prime abord, l'expérience confirme cette idée, puisqu'elle nous met sous les yeux l'accroissement immédiat des vols à main armée, des meurtres, des fraudes, qui suivent presque toujours ces perturbations imprévues.

Et cependant, si l'on voulait étudier la chose de plus près, il est bien probable que l'on changerait d'avis. Les statistiques offrent dans ces cas, l'augmentation de la criminalité la plus grave, on n'en saurait douter. Mais, peut-être, ici-même, n'y a-t-il qu'inversion de forme.

Je pense que ni la famine, ni une inondation n'ont pour effet nécessaire de faire surgir les criminels, mais seulement que ces événements font du filou et du vagabond un voleur de grand chemin. C'est ainsi que peutêtre encore une révolution ou une guerre ne font quo transformer des voleurs en brigands.

i82 LE GRIMmEL

Il s'agirait alors uniquement de criminalité spécifique, — augmentation d*un côté, diminution de l'autre, — quoique la gravité des délits en augmentation rende la compensation peu sensible.

C'est là, du reste, une simple opinion que je n'ai pas les moyens de démontrer par la statistique.

Une crise sociale, politique ou économique peut sans doute être une cause occasionnelle de crime, parce que la lutte pour l'existence devient plus vive sous tous les aspects; pourtant il y a tout lieu de supposer que le défaut d'instincts moraux (condition sine qua non du crime), trouverait toujours, à un moment donné, dans les circonstances particulières de la vie, telle ou telle impulsion qui déterminerait la manifestation du phénomène criminel.

Page 1