LE PROGRÈS ET LE BIEN-ÊTRE
Nous venons de discuter la thèse des socialistes, et nos conclusions sont totalement opposées aux leurs : le manque de capital ou d'épargne, ou la condition économique du prolétariat, lorsqu'elle ne tombe pas à la détresse, nous a paru tout à fait sans influence sur la criminalité prise dans son ensemble ; elle n'est agissante que sur certaines formes spéciales, qui sont la criminalité spéciale des classes inférieures, de même que d'autres formes sont la criminalité spéciale des classes favorisées par la fortune.
Quant à l'extrême indigence, son effet est ordinairement la mendicité, quelquefois le vagabondage ; pour la \
criminalité, on ne peut lui attribuer plus spécialement que des formes légères de délits, tels que toIs simples de bois, de comestibles ou d'objets de peu de valeur.
On peut supposer cependant qu'il n'est pas ▼enu à l'esprit de nos lecteurs de vérifier si une thèse différente, et presque opposée, ne serait pas plus vraisemblable : à savoir, si l'augmentation du bien-être, du travail, des affaires, du mouvement d'une société civilisée, n'entraîne pas une augmentation proportionnelle des chiffres de la criminalité. C'est pourtant une théorie qui a des partisans, celle de la proportion entre V activité malfaisante (crime) et Vactivité honnête (commerce, industrie, affaires de tous genres).
Elle est fondée sur ce principe que, lorsque cette dernière s accroît, elle donne nécessairement une impulsion à l'autre, de sorte que l'augmentation de la criminalité ne serait qu'apparente, si elle était exactement proportionnelle au progrès de l'activité honnête.
En partant de ce principe, M. Poletti en était venu à déclarer, tout en chantant les louanges de la civilisation, que c'est bien à elle qu'est due l'augmentation de la criminalité constatée presque partout en Europe, en France depuis 1826, en Italie depuis 1865*. Cette singulière conclusion est pourtant logique. Du moment que, âelon lui, un nombre plus grand de crimes, s'il est proportionnel au plus grand nombre des affaires, n'a aucune importance, et signifie, en réalité que la criminalité est stationnaire, il s'ensuit que, si le chiffre des crimes a augmenté dans une proportion inférieure, il y a eu réellement diwiinution. On pourrait donc constater dans une période fe double des crimes de la période prcédente, tout en