‹ La criminologieChapitre 4 sur 98 · Schaeffle, Structure et vie du corps social, ch. ▼, II · texte numérisé non relu

Schaeffle, Structure et vie du corps social, ch. ▼, II

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le produit d'une éfeboration de tous les siècles qui nous précèdent et qui nous les transmettent par l'hérédité aidée de là tradition. C'est pourquoi, dans chaque époque, il y a eu une morale relative qui a consisté dans l'adaptation de Tindividu à la société. 11 y en a ^u une encore plus relative, dans chaque région, dans chaque classe sociale ; c'est ce qu'on appelle les mœurs. Du moment qu'un individu se sera conformé aux principes de la conduite généralement admise dans le peuple, dans la tribu, ou dans la caste à laquelle il appartient, on ne pourra jamais dire qu'il a agi immoralement, quoique la morale absolue puisse faire ses réserves. C'est ainsi, par exemple, que Tesclavage, mis en rapport avec l'idéal, est une institution immorale, parce qu'une société par^ faite ne peut pas permettre qu'un homme soit, contre sa volonté, l'instrument passif d'un autre. Mais faut-il conclure de là à Timmoralîté des propriétaires du monde ancien par le seul fait qu'ils possédaient des esclaves? La manière dont la morale de ce temps tendait à l'idéal,, se révèle dans les affranchissements par lesquels les propriétaires les plus humains donnaient la liberté à ceux parmi leurs esclaves qui s'étaient distingués par leur zèle et leur fidélité, ou à ceux qui par leur intelligence, leur instruction, ou leurs aptitudes spéciales, pouvaient se ftayer uiï chemin dans le monde, et s'élever ainsi au-dessus de leur humble position.

11 est inutile de montrer par des exemples les différence* énormes existant sur plusieurs points entre la morale de peuples différents on du même peuple à différentes époques. Si Ton voulait citer les tribus sauvages et les peuples barbares anciens et modernes, on trouverait des exemples d'usages qui nous paraîtraient d'une immoralité invraisemblable. Quoique la pudeur ait Taîr

d'un instinct absolument naturel, il y a des agrégations humaines où la nudité est complète et les premières amours des mariés sont publiques. Le capitaine Cook a fait la description d'une scène pareille à laquelle il assista aux îles Sandwich découvertes par lui ; ce qui d'ailleurs n'a pas étonné un juriste contemporain, du moment que le mariage — a-t-il remarqué — doit se faire par acle public! Xénophon nous parle encore du sans-gêne des Monysacciens en pareille matière*. On prétend que, à Sparte, les jeunes filles luttaient sans vêtement dans les gj^mnases; au Japon aujourd'hui encore, les dames n'ont garde de recevoir des visites pendant leur bain, et les femmes du peuple se plongent dans des tonneaux, au beau milieu des rues.

Dans le monde classique, qui est pourtant si voisin du nôtre par le genre et le degré de sa civilisation, certains usages étaient tout à fait impudiques. On se souvient de Tévidence avec laquelle on célébrait certains mystères de la nature : du culte du dieu Priape et des processions en son honneur; de la prostitution religieuse à Chypre et en Lydie ; de la cession de sa propre femme à un ami, dont on a vu des exemples à Rome ; de l'adultère admis par les usages de Sparte et encouragé par le mari lorsque on n'avait pas eu d'enfants ; d'autres amours étranges dont des écrivains grecs parlent comme d'une chose non seulement tolérée, mais plausible ^ ; du mariage entre frère et sœur dans les familles pharaoniennes, usage continué à l'époque des Ptolémées, qui pourtant étaient des Grecs.

Mais laissons là l'histoire ; plaçons-nous maintenant

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