‹ La criminologieChapitre 41 sur 98 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Le passage à rînfluence que l'Etat peut avoir sur la marche de la criminalité est aisé. Mais le problème est très complexe, et il faut commencerpar distinguer Taction de celles parmi les lois dont le but direct est la prévention ou la répression du crime, de l'action indirecte que peuvent avoir d'autres lois sociales dont le but est différent.

Commençons par les dernières. L'Etat ne pourrail-il pas agir sur la criminalité, en faisant disparaître certains faits d'ordre social, certaines institutions, certaines conditions modifiables de la vie de tout un peuple ou d'une seule classe de la société, et qui sont reconnues comme les causes occasionnelles les plus fréquentes d'un grand nombre de délits ? — Car, si l'imperfection morale du criminel est toujours la condition nécessaire du crime, les circonstances extérieures sont très souvent les causes qui en déterminent la manifestation. Une partie de ces causes extérieures dépendent du milieu physique, qu'il n'est pas au pouvoir de l'homme de modifier. Tout le

monde comprend Timpuissance du législateur en présence de certaines conditions ciimatologiques et météorologiques. Mais il suffit au contraire qu'un fait ne soit pas d'ordre physique, et qu'il soit d'ordre social, pour qu'on s'imagine aussitôt que le législateur peut le supprimer s'il le veut. » Qu'on vienne à changer l'ordre établi, — disait Quételet, — et bientôt l'on verra changer aussi les faits qui s'étaient reproduits avec tant de constance... C'est ici que le législateur peut remplir une noble mission; c'est en modifiant le milieu dans lequel nous vivons, qu'il peut améliorer la condition de son semblable. Laissez-moi respirer un air plus pur^ modifiez le milieu dans lequel je suis forcé de vivre, et vous me donnerez une nouvelle existence. De même, ma constitution morale peut être forte, sans qu'il me soit cependant possible de résister aux causes délétères dont vous m'entourez,.. Vos institutions tolèrent ou même favorisent une foule de pièges et de dangers, et vous me frappez si je succombe imprudemment ? Ne vaudrait-il pas mieux chercher à combler les précipices sur les bords desquels je suis forcé de marcher, ou du moins ne faudrait-il pas lâcher d'éclairer ma route * ? »

M. Lacassagne a fait un appel à peu près semblable : « Au fatalisme immobilisant, qui découle inévitablement de la théorie anthropologique, s'oppose l'initiative sociale. Si le milieu social est tout, et s'il est assez défectueux pour favoriser l'essor des natures vicieuses ou criminelles, c'est sur ce milieu et ces conditions de fonctionnement que doivent se porter les réformes *. »

Tout cela est fort beau, sans doute, mais comme on

Page 1