Ribot, Ukérédilé psydialogiaue, Pans, F. Alcan, 1SS
physiologique sont démontrées d'une manière irrécusable; comme nous l'avons vu, les instincts criminels sont associés fréquemment à une structure différente, à une conformation anthropologique particulière, qui fait, des grands malfaiteurs des monstruosités quelquefois atypiques, souvent régressives.
L'antiquité punissait implacablement les (ils à cause des fautes de leurs pères. Notre époque plus civilisée devrait seulement empêcher la procréation d'individus qui, suivant toute probabilité, seront des êtres méchants et abrutis.
Notre époque ne doit pas punir les enfants des délinquants, mais elle devrait empêcher qu'ils naissent ; elle devrait produire par l'isolement perpétuel des délinquants, (j'entends des anormaux auteurs de vrais crimes), une sélection artificielle par laquelle la race serait moralement améliorée. Lombroso n'a pas craint d'attribuer la plus grande humanité de notre siècle, par rapport aux siècles passés, à l'épuration de la race par la peine de mort *. L'échafaud auquel on conduisait chaque année des milliers de malfaiteurs, a empêché que la criminalité ne soit, de nos jours, plus répandue dans notre population. Qui peut dire ce qu'il serait advenu d'elle, si cette sélection ne s'était pas opérée, si les délinquants avaient pu prolifier, si nous avions parmi nous la descendance innombrable de tous les voleurs, de tous les assassins des siècles passés?
Notre race est aujourd'hui plus douce, moins passionnée, elle résiste mieux aux instincts brutaux. Mais pourquoi ce progrès dont on est redevable en grande partie à la sélection, devrait-il être interrompu? Pourquoi
1. Lombroso, L'incremento del delilto in Ilalia. Turin, 1879, p. 80.
cette œuvre séculaire d'épuration ne se poursuivraitelle pas ?
Tout arrêt dans le progrès est un pas en arrière, et les générations futures pourront reprocher amèrement à la nôtre d'avoir laissé germer des semences infectes, qu'il aurait fallu extirper, et qui auront produit de nouvelles et plus nombreuses légions de délinquants.
Mais, est-ce que, dans un milieu civilisé, une sélection n'arriverait pas naturellement, môme si le pouvoir social ne jugeait pas à propos de s'en» mêler? « Le délinquant qui est tel par l'effet d'une constitution physique vicieuse, représente le plus souvent un produit de la dégénération, ou bien un dangereux commencement de la déviation humaine. Dans les deux cas, la nature, en agissant dans l'intérêt de la production de l'espèce, cherche à l'éliminer promptement, ou bien elle empêche qu'il ait une longue descendance *. »
Cela n'est vrai pourtant que pour quelques variétés de criminels : ceux chez qui il y a un caractère biopathologique marqué, les épileptiques, par exemple, les fous, les névropathes. Mais pn ne saurait douter qu'un nombre infiniment plus grand, tout en ayant des caractères de dégénérescence et d'infériorité morale, ne manquent pourtant d'aucune aptitude à la vie physique. Ce sont ceux qui n'ont au physique que des caractères régressifs qui les rapprochent des races inférieurs de l'humanité, ou encore ceux qui ont dès caractères atypiques mais non pathologiques. Ces gens-là peuvent être parfaitement sains, plus sains même que lés hommes civilisés, dont le développement moral a souvent lieu aux dépens du développement physique. Au point de vue de l'animalité c'est
1. Discours de M. Venturi sur la Peine de mort — Acles du Congrès d^ Anthropologie criminelle^ p. 312. Rome, 1887.
le sauvage qui est supérieur par la force des muscles cl des sens*. Les criminels non infirmes peuvent donc se reproduire à Tinfini tout comme les homme3 normaux, mieux que ces derniers même. Ceci est prouvé, d'ailleurs, par les généalogies de certains criminels qui, par leur prolification, ne craignent pas de rivalité.
Du reste, « la société condamnant à mort favorise, en Taccélérant, Vœuvre de la nature dans le but d^obtenir la réalisation de Tintérôt social. Les nécessités de la vie civile et Tinfluence du milieu social ont altéré les conditions naturelles de la lutte pour l'existence parmi les membres de la société ; aux forces de la nature ont élé substituées celles des conventions sociales. Il serait dangereux pour la société de ne pas se délivrer, du moins par approximation, des éléments qui l'infectent*. »
Il ne faiit pas croire, d'ailleurs, que la peine de mort soit, parmi les moyens d'élimination, le seul capable d'accélérer et de favoriser la sélection naturelle.
L'émigration forcée des vagabonds anglais aux colonies n'a pas été pour rien sans doute dans l'épuration de celle race, qui offre aujourd'hui, du moins dans la baute criminalité, des chiffres infiniment plus faibles que ceux de l'Europe centrale et méridionale. On l'a déjà vu, les chiffres des meurtres et assassinats ont tellement décru, et avec une régression si constante, dans le Royaume- Uni, surtout pendant la seconde moitié du xix* siècle, que Ton peut bien prophétiser la prochaine disparition com-
1. « Le développement intellectnel amène les névropaihies et comme leur conséquence, la dégénérescenoe at Texiioction de la race. » Jacoby, Éludes sur la sélection, préface. Paris, F. Alcan, 2* éd., 1904. Le D' Albrecbt a soutena que pour lanatomie oomparée, rhomme est morphologiquement inférieur au singe et que Thomme civilisé l'est à l'homme sauvage. Voir Actes du Congrès d'Anthropologie criminelU, p. 106, 111. Rome, 1887.