‹ La criminologieChapitre 56 sur 98 · Venturi, discours cité · texte numérisé non relu

Venturi, discours cité

LA ÏM D*AIUPTATION 239

plëte de ces eiiKies sur le soI«inglatô. Malgré cela, VAmt gleterre ne remonce pas à la peine de mort, et elle fait bien ! Si les supplices de Henri VllI et d'Elisabeth onl réalisé une sélection considérable, la déportation au zvm* siècle et dans la première moitié du xix*, n'a pas interrompu cette œuvre. C'est qu'il s'agit de distinguer les criminels typiques insusceptibles de toute adaptation nouvelle, de ceux pour lesquels une adaptation nouvelle est possible, de sorte que, pour ces derniers, une élimination relative réalise de même la sélection par rapport au milieu d'où ils ont été arrachés.

tA THiORlE CORRSCTIONNAUSTG.

Nous avons vu que la réaction Boei«ile contre le crime devrait avoir trois formes, selon que l'anomalie psychique du criminel est plus ou moins grave et dangereuse, ou si on le veut bien, selon que la perversité de l'auteur du crime est plus ou moins enracinée dans son orga^ nisme et qu'on peut en attendre de nouvelles manifestations. Ces trois formes sont l'élimination complète, par laquelle on prive le délinquant de tout commerce social ; Télimination partielle qui l'éloigné de ce milieu spécial auquel il n'e^ pas adaptable ; «nfin la simple contrainte à la réparation du mal dont il a été la cause.

Mais notre système pourrait ^re ébranlé dans ses fondesfienls mêmes, s^il était prouvé que des enseignements et un régime spécial auraient raison des instincts les plus mauvais, et transformeraient un criminel en honnête hommie. Il y a des psychologues qui croietft à la possi*

bililé de modifier un caractère par TéducatioD bien entendue ; sauf quelques cas très rares de natures exceptionnellement réfractaires, ils soutiennent que les honuncs, même ceux qui paraissent les plus abrutis et les plus dénués de bons sentiments, sont toujours susceptibles d'une réforme normale. Alors ne faudrait-il pas faire tous les efforts possibles pour les sauver? Une école, appelée correctionnaliste , s'est élevée contre le système des peines afflictives et infamantes ; elle a eu une grande influence sur la doctrine et sur la législation, en assignant à la peine le but de Tamendement du coupable. En supposant qu'on accepte le postulat de la corrigibilité du criminel, cette théorie devait paraître fort plausible, même en vue de la défense sociale. En effet, quelle meilleure garantie contre le renouvellement du crime, que la suppression de la perversité du criminel ? Quel besoin alors de supprimer le criminel lui-même, ou de mettre des obstacles physiques à ses mouvements ?

On va pourtant à rencontre d'une première difficulté. La réforme morale du criminel doit-elle exclure la souffrance physique et la honte de la peine ? Mais est-il possible alors que la sanction pénale consiste non pas dans la menace d'un mal, mais dans la promesse d'un bien? Il est évident que les motifs de la conduite en seraient bouleversés, puisque la conduite la plus mauvaise serait récompensée par des soins particuliers de la part de l'État ; toute douleur écartée comme conséquence de son crime, le délinquant jouirait du privilège de l'instruction qui lui serait donnée gratuitement. Il y a d'ailleurs impossibilité pratique. Comment s'y prendrait-on pour plier le coupable à la discipline sans aucune contrainte physique ? Mais dès que la contrainte paratt, c'est la prison, c'est l'établissement pénitentiaire. La simple priva-

tion de la liberté, quelque doux que soit le régime de rétablissement, est déjà une peine, et tout ce que Técole correctionnelle a pu proposer, c'est de faire que Temprisonnement ne soit qu'un moyen de rendre possible la réforme morale.

Arrivés à ce point, la première chose que les correctionnalistes auraient dû se demander était, ce me semble, si les criminels en général, ou du moins quelques classes de criminels, étaient susceptibles d'amendement ; ensuite, par quels moyens cet amendement pouvait être réalisé. Au lieu de cela, ils ont établi la prison correctionnelle avec obligation du travail, et tout a été dit. Le problème n'a été étudié que pour les enfants et les adolescents, et si ces études ont donné quelques bons résultats, c'est que c'était le seul cas où le but pouvait être atteint.

En effet, il paraît démontré que l'éducation ne représente qu'une influence agissante sur l'enfance et la première jeunesse,, et, comme l'hérédité et la tradition, elle confribue à la formation du caractère. Celui-ci étant fixé, comme la physionomie physique, il reste ce qu'il est pendant toute la vie. Et même il est douteux qu'un instinct moral absent puisse être créé par l'éducation pendant la période de la première enfance. Encore le mot « éducation » ne doit-il pas être pris dans le sens pédagogique; il signifie plutôt toufun ensemble d'influences extérieures, toute une série de scènes que l'enfant voit se dérouler continuellement, et qui lui impriment des habitudes morales, en lui apprenant expérimentalement, et presque inconsciemment, quelle est la conduite à suivre dans les différents cas. Ce sont les exemples de la famille, bien plus que les enseignements, qui agissent sur son esprit et sur son cœur. Mais, tout en donnant

28i LA HâPRESSIOlf

au mot éductUhn une si^rfication si éte&d^K, ^n n'est pas sûr de sem effet, -au du moine, «et effet, ofi ne saurait aucunement le mesurer *.

Ofi peut remarquer que pne^qiïe tcwfô les enfants paraissent dénués de sens moral dans les premières années de leur vie ; le«r cruauté pour les animaux est connue ainsi que leur pendiairt à s'emparer de ce qui appartient aux autres; ils sont tout à faiit é^stes, et lorsqu'il s'agit, pour eux, de satisfaire leurs <lésirs, ils ne se préoccupent pas le moins du monde du mai qu'ils font endurer aux autres. Dans la plupart des cas, tout cela <;kange à l'appisoclie de l 'adolescence ; mais peut-on dire que cette transfonaaatiofi psychologique est l'effet de l'éducation, ou plutôt ne faut-il y voir qu'on simple phénomène d'évolution organique, semblable à l'évolution embryogénique, qui fait parcourir au fœtus les différenies formes de l'animalité, depuis les plus rudimenlaires jusqu'à celles de l'homme? On a dit que révolution de l'individu reproduit en raceourci celle de l'espèce*. Ainsi, dans l'organisme psychique, les instincts qui apparaissent les premiers, seraient ceux de la bote, ensuite les plus égoïstes, ceux de l'h^nme primitif, auxquels viendraient s'ajouter successivement les sentiments ego- altruistes, acquis par la race d'abord, par la famille ensuite, enfin par les parents de Tenfant. Ce seraient autant de juxtapositions d'instincts et de sentiments, qui pourtant ne seraient pas dues à l'éducation, ou à l'influence du nailieu ambiant, mais tout simple^

1. « Pour que Féducation ait toute son influence, il faut qu'aucun vrce de conformation, aucun état pathologique, aucune condition héréditaire ayaat duré pendant une longue série de géaérations n'aient rendu certains centres (nerveux) absolument inexcitables. » Rapport de M. Scianianna, dans les Jcées (ki i^ Congrès (VAntiwoj^logie crimùuik, p. 201. Rome, 1887.

Page 1