‹ La criminologieChapitre 58 sur 98 · A. Espinas, Les Sociétés animales. Conclusion · texte numérisé non relu

A. Espinas, Les Sociétés animales. Conclusion

droit non plus de dire que M. Fouillée se trompe lorsqu'il répond à Darwin : « Mettez des enfants Irlandais dans les berceaux de nourrissons Écossais, sans que les parents puissent s'apercevoir de la substitution : faites-les élever comme des Écossais, et peut-être, à votre grand étonnement, le résultat sera le même *• » Seulement, cette seconde expérience n'a pas encore été faite, et il est même probable que Ton n'en fera jamais de ce genre. Il y a sans doute des milliers d'enfants qui ne sont point élevés par leurs parents, mais généralement ces derniers sont inconnus. Enfin, il faut toujours faire la part des phénomènes d'atavisme, qui restent encore dans l'obscurité et que Ton ne saurait déterminer; de sorte que tout conspire pour que le problème soit insoluble.

Il arrive assez souvent que les instincts paternels sont étouffés ou atténués par les exemples maternels ; d'autres fois c'est le contraire qui a lieu. Mais cela ne prouve rien en faveur de l'efficacité éducative, car on peut soutenir, avec une apparence égale de vérité, que l'efiTet est dû simplement à la supériorité finale d'une des deux hérédités.

Ce que l'on peut bien affirmer, c'est que lorsque Tinfluence hérédilaire n'est pas trop forte, celle de l'éducation a un effet très probable sur l'enfance et la première jeunesse, si par éducation on entend surtout les exemples de la famille et de l'entourage immédiat. Mais elle devient de plus en plus faible, à mesure qu'on avance en âge, et on ne peut lui attribuer qu'une atténuation, mais non pas une extirpation des instincts pervers qui resteraient toujours latents dans l'organisme psychique. C'est

1. Fouillée, La philanthropie scientifique au point de vtie du Darwi' nisme. {Revue des Deux-Mondes, 15 septembre 1882.)

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ce qui explique comment la perversité, peut-être ataviste, montrée par quelques enfants en bas-âge, n'a jamais pu être corrigée de toute leur vie, malgré la conduite la plus exemplaire de leurs parents et des personnes qui les approchaient, et en dépit des soins les plus assidus et des meilleurs enseignements *. Au contraire, il semble assuré que rinfluence délétère d'une mauvaise éducation, ou d'un milieu social dépravé, peut étouffer entièrement le sens moral transmis et y substituer les plus mauvais instincts. De sorte que la création artificielle d'un bon caractère serait toujours peu stable, tandis que celle d*un mauvais caractère serait complète. Cela s'explique aisément d'après la théorie évolutionniste ; en effet, les germes mauvais, ou instincts anti-sociaux, qui corres-

1. M. Bernard Ferez qui, en général, ne se montre pas trop pessimiste, confirme avec sa grande compétence le fait qu'il y a des natures d'enfants rebellas à toute sorte d'éducation. « La bonne volonté et la vertu même des parents ne garantissent pas toujours une éducation heureuse. Des parents sains de corps et d'esprit, d'âge bien assorti, vivant dans de i>onnes conditions hygiéniques, n'ont pas toujours des enfants moraux. U y a, pour eux aussi, à compter avec les affligeants retours de V hérédité. Quant aux surmenés de toute sorte, aux excessifs, aux intempérants, aux vicieux, qu'ils le soient ou non de naissance, ils préparent infailli» blement une race vouée aux vices, à la folie, au crime. Sans doute des tendances violentes ou malsaines se montrent chez beaucoup de jeunes enfants, mais, elles sont souvent si accusées^ quoique parfois intermittentes, chez plusieurs, qu'il faut voir en eux de pauvres victimes des lois fatales de Vhérédité et de la dégénérescence,

(Bernard Ferez, U éducation morale dès le berceau^ pp. 109-110, Faris, Félix Alcan, éd., 1888.)

Pour M. Magnan (rapport au 2* Congrès d'anthropologie criminelle) il n'y a pas de prédisposition naturelle au crime chez Tindividu normal. Il admet pourtant la dégénérescence dérivée du fait de l'hérédité nerveuse ou vésaniquc ou de Talcoolisme des ascendants.

M. Taverni, dans son rapport au môme congrès, admet l'inaptitude à l'éducation par défaut naturel irrémédiable, quels que soient les procédés pédagogiques, et constituant la prédisposition naturelle au crime.

Voir sur la même question les intéressantes remarques de MM. Motet, «t Herbette dans le compte rendu des séances de ce congrès. M-« Figeon s'est écriée qu'il n'y a pas d'enfants réfractaires à l'éducation ; mais c'est là un mot de tendresse féminine plutôt qu'un résultat d'expérience.

fM Lk RÊPKfiSSlOM

pondent à Tàge primitif de rhumanité^ saat le plus &t,V profondément enracinés dan» l'organisme psychique,

^ ^ précisément parce qu'ils remontent à une date plus

^ reculée dans la race. Ils sont donc plus forts que ceux

%■ que révolution leur a substitués. C'est pourquoi les

t; instincts sauvages ne sont jamais entièrement étouffés ;

mais, de plus, à peine le milieu ambiant et les circonstances de la vie en favorisent-ils l'expansion, qu'ils ^/' éclatent avec violence, parce que, disait Carlyle, « la

^y. civilisation n'est qu'une enveloppe sous laquelle la

i; nature sauvage de l'homme peut toujours brûler d'un

3f feu infernal. »'

il: Maintenant, si l'influence de Tédocation sur le sens

r> moral ost douteuse même pendant Fenfance^ qu'en sera-

r t-il au sortir de cette période ?

^ On a représenté le caractère moral comme étant formé

I de couches superposées, qui peuvent couvrir et cacher

entièrement le caractère congénital; le milieu social,

^ Téducation expérimentale, les enseignements mêmes

pourraient produire une nouvelle couche, non seulement

[ pendant l'enfance, mais pendant toute la vie de l'homme *.

r Cette hypothèse n'est admissible, à mon avis, que si l'on

t suppose que les couches les plus récentes n'altèrent

jamais le type déjà formé du caractère. Nul doute que

l'organisme psychique n'ait sa période de formation et

f. de développement, tout autant que l'organisme physique.

Le caractère, comme la physionomie, se déclare dès l'âge

le plus tendre. Il peut devenir plus souple ou plus raide,

émousser ses pointes ou les aiguiser, se dissimuler dans

la vie ordinaire; mais, comment pourrait-il perdre son

type ? Or, un type particulier de caractère, c'est celui de

1. G. Sergi, La stratificazione del caraUere € la delinquenza, Milano,

LA Lei D'ADAPTATION m

rhoDu&e* dépourvu des sentmieiiis moraux les phis élémentaires ; c'est un défaut 0€g»Dkpie dérivant de l'hérédité, de l'atavisme ou d'un état pratdtologique. Commeat pourrait -en: supposer que des mfluences extérieures réparent ce défaut congénital? Ce serait une création ex nihilo, la pnMluetion artificielle du sens moral appartenant à la rmce, mais dont Vindioida se trottre être exceplionneUemetd dépourvu l

Voilà qui est difficile à eoacevoir, qui parait même «impossible^ lorsqu'il ne s'agit plus d'un enfant Ce n'est pas nier la puissance de l'éducation. Qui peut douter des prodiges qu'elle accomplit lorsqu'il s'agit de perfectionner un caractère, de rendre phis délicats les sentiments déjà existants, de travailler Tétoffe en im mot? Ce qu'on ne hii reconnaît pas c'est le pouvoir de tirer quelque ebose du néant.

C'est sur ce point qu'un illustre psychologoev le D' Despine, s'est contredit^ à ce qu'il me semble, de la manière la plus étonnante. C'est bien de lui que nous tenons une foule d'observations confirmant Tanomalie des criminels ; c'est même lui qui a formulé une théorie très rapprochée de la nôtre, sur l'absence du sens moral, non seulement chez les assassins de sang-froid, mais même chez les grands criminels violents*. C'est encore lui qui a affirmé que « l'éducation la mieux entendue ne peut pas créer des facultés ; elle ne peut que cultiver celles qui existent, au moins en germe » ; que « les facultés intellectuelles seules ne procurent point les connaissances instinctives données par les facultés nw>rales, car elles n'en ont point le pouvoir » ; que « il est facile de reconnaître, dans les facultés morales, l'origine des

1. Despine, De la folie au point de vue philosophique, etc,^ V* partie, p. 39. Paris, 1875.

motifs d*action qui doivent se présenter à l'esprit de rhomme dans les diverses circonstances où celui-ci peut se trouver* », et, enfin, que « tous les raisonnements, tous les actes intellectuels, ne prouveront pas plus le sentiment du devoir, qu'ils ne prouveront les afifections, la crainte, l'espérance, le sentiment du beau * ».

Et pourtant, c'est bien le même auteur qui a proposé un traitement moral palliatif et curatif pour les criminels, traitement qu'il a résumé de la manières suivante : Empêcher toute communication entre les individus moralement imparfaits. — Ne pas les laisser dans la solitude, car ils ne possèdent, dans leur conscience, aucun moyen d'amendement. — Les faire rester continuellement en contact avec des personnes morales, capables de les surveiller, d'étudier leur nature instinctive, d'imprimer à celle-ci, et de donner à leurs pensées une bonne direction, en leur inspirant des idées d'ordre, et en faisant naître en eux le goût et l'habitude du travail.

C'est l'État qui devrait prendre à sa charge ces soins assidus, constants, des détenus; surveiller leurs progrès, comme dans un collège de jeunes garçons ; tenter, par les exemples, par l'expérience, par l'instruction, d'adoucir leur caractère, de les rendre affectueuXi honnêtes, pleins de charité et de zèle. îl est facile de voir, d'abord, que l'idée de l'application d'une semblable thérapie morale à plusieurs milliers de criminels est, pratiquement, une utopie. Ne faudrait-il pas mettre à côté de chaque détenu, pour ainsi dire, un ange consolateur? Les personnes appelées à un pareil emploi devraient être douées des qualités les plus nobles, les plus rarea

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