‹ La crise agraire en Russie; quarante ans de propriété collective. Avec un préf. de M.J. FlachChapitre 3 sur 18 · PREFACE IX · texte numérisé non relu

PREFACE IX

ses serfs et leur permette de s'acquitter de leurs obligations. » Le seigneur n'avait donc, aux yeux des paysans, de droit sur la terre qu'ils cultivaient que comme sur un accessoire de leurs personnes, à raison du lien de dépendance qui les attachait à lui. Le lien rompu, la terre devait leur rester à eux seuls.

Il eût fallu, d'après cela, non seulement pour satisfaire le paysan, mais surtout aussi pour le mettre en état de vivre et de progresser, que toute l'étendue du sol jusque là occupé par lui lui demeurât acquise, sauf à lui faire payer des annuités d'amortissement évaluées d'après les redevances et les corvées qu'il fournissait précédemment. Seul un gouvernement très résolu, très éclairé, très habile, disposant de finances très solides et d'un crédit très vaste, aurait pu songer à une telle entreprise, et encore eût-elle été aléatoire, puisqu'il y avait grande chance qu'un paysan ignorant et pauvre ne réussit pas à se tirer d'affaire. Le gouvernement russe, en dehors de ce qui lui manquait, se heurta aux exigences de la noblesse propriétaire ou des bailleurs de fonds, engagistes de la moitié au moins des domaines, et à l'inertie têtue, irx'éflé-

chie, du paysan. En vain essayait-il de rassurer les uns en fixant un maximum variable de la terre à céder, et de stimuler les autres par un minimum obligatoire de la terre à prendre, il dut bon gré mal gré faire sienne l'entreprise. Il le fit à son corps défendant, au milieu des tiraillements en sens opposé des deux parties, et avec la préoccupation de n'aventurer que dans la moindre mesure les finances publiques.

De la sorte il arriva qu'une population immense, qui n'avait d'autres moyens de vivre que la culture, se trouva à la fois réduite à un lot de terre insuffisant en soi pour lui permettre de se sustenter et rivée à ce lot comme le galérien à sa chaîne, obligé solidairement avec ses compagnons de chiourme d'employer toutes ses forces et tout son travail à l'acquit des avances collectives que lEtat lui a faites et dont il entend être remboursé. Jadis tout serf était contraint de fournir la rente d'un capital personnel qu'il était censé représenter. Aujourd'hui c'est un capital réel que chaque paysan russe est censé représenter, et dont il doit la rente. Il est taxé proportionnellement au lot qui lui est imposé, si supérieure que la taxe puisse être au rendement

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