A LORD II O W E
cç Je publierai sans crainte , au nom du ciel vengeur ^ » Tout ce que j ai souffert d’un barbare oppresseur ».
Churchill (i).
A F Iplladelpliie ^ le i?) janvier 1777.
L’empire d’un écrivain est univcESel ; les iîiJLcrets du genre liumain entier sont les siens ; et s il ne peut pas lui comn:^ander r obéissance, il sait du moins, lui prescrire ses devoirs. La république des lettres es^ J3lus ancienne que la monarchie politique,, et le î'ang que ses membres doivent avoir dans le monde est bien au-dessus de celui d un courtisan de la Grande-Bretagne^ Celui qui se révolte contre la raison est. un
(1) Wliat’s in tlie name of lôrd tliat J sîiould To bring my grievance to tlie public car.
GiiuncHu-t.
véritable rebelle ; mais celui qui , pour ser^. yir la raison , se soulève contre la tyrannie , mérite mieux que George III le titre de Défenseur 3)e ea Foi.
Vous êtes militaire , rnylord , et en cette qualité ^ vous pouyez tirer l’épée de la guerre , et l’appeller la dernière raison des rois ( 1 ), Nous en revanche, nous ferons briller à vos yeux l’épœ de la justice , et nous l’appellerons e’effroi be la tyrannie. Ij’épée de la guerre peut d’abord , je le sais , épouvanter le peuple qu’elle menace ; maïs la raison le rassure bientôt , et lui rend tout son courage.
Je viens d’apprendre , rnylord , que vous veniez de vous placer au rang des écri* vains en publiant une proclamation. Moi , j’ai déjà publié un numéro de la Crise américaine. Votre ouvrage et le mien sont diamétralement opposés ; ils ne peuvent ensemble avoir du succès. Si l’un réussit , il faut que l’autre tombe ; et telle est l’incertitude des choses humaines, rnylord , que yotre proclamation est déjà cruellement des-
r^tio reguny
eendue du haut point où elle ëtoit montée et ne s’apperçoit plus cj^u'au dernier degré de rhorison politique.
On ne peut s’empêcher d’être étonné quand on considère jusqu’où l’aveugle erreur et l’opiniâtreté peuvent entraîner les hommes ; et votre proclamation somnifère , mylord , en fournit une nouvelle preuve. Vous avez cru peut - être que l’Amérique dormoit déjà ; et tel que Satan, lorsqu’il voulut séduire Eve , vous avez cherché à faire entrer doucement l’erreur dans ses oreilles. Mais ce continent est trop vaste pour que ses habitans ^puissent s^éndormir tous à la fois ; et leur juste crainte fait que même en dormant , ils sont toujours prêts à se réveiller, si le pied d’un ennemi ose se promener autour d’eux. Vous pouvez retirer votre proclamation et vos complimens; oar nous avons appris à nous respecter nousmêmes, et à mépriser le tyran insolent poun lequel vous êtes armé.
L’Amérique vous auroit témoigné de la considération , en mémoire des sentimens que lui ayoit inspiré le frère que vous avez perdu ; et sa douleur est d’autant plus vive qu’elle voit s’tirmçr contr’elle le plus proche
^j^ren!; de celui qu’elle cliérissoit et à qu|
^lie a éiçvë un monument ; mais votre maîfcrq Ypus l’a commandé , et pour obéir vous dé^ daignez la nature. OIi ! sûrement la monarçliie^ a don dç dégrader étraugeinenS l’homme , puisqu’elle le rend ingrat , et Iq lait s*eBorgueillir de baiser la ppussjèra <que les^ rais foulent aux pieds. Si vous vi’^ encore quelques années ^ vous^ sere^, l^aryénu à çqt âge qu’on appelle la vieillesse 5 et dans cpielque heure de réflexion ^ Yous^ sentirez combien sont justes, ces paroles de Woolsey ; çç Si j’avais, servi Diçq aa avfC le même zèle <|ue j’ai eu en servant le roi 5 il ne m’auroit pas abandonné dana mes derniers. |onr§.
Vous yous montrez à nous , mylord.^ sous as|)eçt vraiinent ridicule. Vos amîS j^ le.^ lorys 5 aycient annoncé que yous yenie!^ ^yec des pouvoirs illimités : mais votre pro^ clamation dément ces bruits^, et prouve qu@ yo.na n’utca qu’un mandataire sans ant.orité* Toutefois ^ quand vos pouvoirs seroient tela <|u/oîi l’avait dit nous ne nous y soumettrions q-i’autant que nous Iq voudrions bien; |>arce que uqua avonsg conmie toutes le.$ ii|tres, natianq, le dreit de ne faire qne es
^ne nous çroyons le plus convenable. Le^î Etats-Unis de é’Amériqüe tiendront dans le monde et dans les fastes de l’histoire , une place aussi distinguée que le royaume la Grancie-Bretagne. Le portrait du général Washington remplira une page avec 0-utant d’éclat que celui de lord Howe ; e,t le congrès a non moins de droit d’ordon»* p.er au roi et au parlement de Londres de renoncer à dicter des loix, que vous, votre roi et votre parlement en avez de donner des ordres au congrès. Supposez^ un moment que nous nous arrogions ce droit de donner des ordres au roi et au parlement anglais; voyez combien cela vous paroîtroit ^bsurde et risible , et: vl)U3 pourrez précisément juger de l’effet que votr^ proclamation a eu parmi nous. Ainsi placé de ma^ siière à pouvoir bien voir toute l’étendue de votre folie ^ et la mépriser autant qu’elle le mérite , permettez que je cite un passage de votre singulière proclamation. — ce Nous , lord Howe et général Howe , comman- >3 dons , au nom de sa raajesté , à toutes >3 personnes qui forment les assemblées yi sous le nom de congrès général ou proyipcial , de comité , d.e convention , oî|
r'ird?" . de ,es^pa.
- faits déioyee.„ ''="‘‘“'"P"«^«
dan^ v(sf par rappclier
dr.'/ nÎ: '-05 déclarations
jui et et du 19 septembre. Vous ou-
donc que dans k dernière de ces déarations vous vous êtes abaissé d'une ma-
sou!T P°ar ne pas être
accuser injustement, je «pponerat toutes les circonstances, le né- “f Sfll.van , alors prisonnier sur sa pa-
crèî votre part a« con-
jres le desir que vous aviez de conférer, d’une
ineT^ quelques-uns de ses
mbres. Il etoit sans doute au-dessous de a ignite du congrès d’avoir égard à une re qui^ quoique polfé en apparence, étoit pourtant une insulte , parce qu’elle laissoit appercevoir assez claiieinent qu’on youloit traiter ministériellement avec des particu- Irers, et les amener à des arrangemens, qui auroient vraisemblablement eu lieu, si les personnes employées dans cette négociation avoient eu la facilité qui distingue si bien •les courtisans anglais.
Cependant la conférence fut acceptée^
parce que des hommes honnêtes sont tour jours plus jaloux de paroître bons et polis, q^e fins politiques : mais tout se passa comme on Tavoit prévu ; car vous, niylord, vous savez tput aussi bien que Tauteur de la Crise, qu’il est impossible que le roi d’Angleterre promette de révoquer, et même de revoir aucun acte du parlement. Vous n’aviez donc rien à demander , si ce n’eat la soumission des Etats-Unis ; dans ce cas vous pouviez promettre à leurs habitans que vous leur feriez grâce de la vie. C’ptoit là le but de la conférence. Vous dites aux membres du congrès que vous aviez employé deux mois à obtenir vos pouvoirs : mais nous vous demandons quels sont ces pouvoirs ? car comme commissaire vous n’en avez aucun. Si vous parlez du pouvoir de pardonner ^ ce pouvoir est une preuve que votre maître étoit résolu de nous sacrifier tous , et que vous avez été deux mois à le détourner de cette horrible résolution. Autre preuve encore de son opiniâtreté barbare ! Nous pouvons tirer deux conséquences du langage que vous avez tenu en eette occasion : la première , c’est que vous êtes l’agent d’un monstre ; et k seconde , c’est
' faS)
jamais aucun agent ne fut chargé d’une çiission plus insensée.
Ce kngage simple ef rude peut blesser,, peut-etre des oreilles açcoutujnées à la duplicité polie des cours : mais les mots sonS faits pour être employés; tant pis pour qui înente des mots durs, et pour qui les emjploie nial-à-“propp^.
Quelque tems après votre retour à Neiv-î o^ck, vous publiâtes contre le congrès un pamphlet écrit à la main , plein d’injustice mal-honnetete ; car il étoit certainement au-dessous de l’honnêteté la plus commune, de commencer par solliciter une en, trevue particulière des membres du congrès pour cacher votre orgueil national , et dq finir par entreprendre de tromper la multitude, en publiant un écrit à la main contre çe^ corps respectable. Vous avez voulu le seduire sous un nom , et vous l’outragez; sous un autre. Mais le roi que vous serve, et la cause que vous osez défendre , vous permettent si peu d’agir avec nobles-e , que le congrès eut pitié de vous , et ne fît pa% la moindre attention à vos offenses.
Vous dites dans cet écrit : « Que le con, gris a refusé tout moyen de conciliatioî^,
h coïîtïaîre à ses extravagantes et înadiliîï^
sibles prétentions d’indépendance w. — Et 4pour Dieu , qu’y a-t-il entre vous et notre indépendance ? Nous ne demandons pas votre consentement pour la déclarer ; nous îi’avons pas besoin de votre argent pour la soutenir. L’Amérique sera plus heureuse , sans vos flottes et vos armées , que quand vous les employiez pour elle ; et vous aurez bientôt assez à faire en vous protégeant vous seuls , sans que voii^s songiez encore à nous. Nous ne demandons qu’à vivre en paix avec vous^ à acheter vos marchandises, à vous vendre les nôtres , et à pouvoir , comme des jeunes gens qui s’établissent, vivre de notre propre industrie. Pourquoi voulez-vous donc dépenser pour nous de l’argent que vous feriez mieux d’épargner? Nous sommes loin de desirer que vous contractiez des dettes par rapport à nous.
Je veux, mylord^ que vous appercevîez votre folie sous tous les points de vue où je puis la placer ; aussi vous dis-je quelque-^ fois gaiement les choses , que je souhaite vous voir considérer avec attention. Mais pour être plus sérieux avec vous , je vous demanderois pourquoi , en parlant du cou-
grès, vous dites son indépendance? Vi faut s’exprimer avec justesse : cette indépendance est à nous, non à lui. Le congrès est Chargé par les divers États du continent américain , de la déclarer à la fkce du monde entier. En la déclarant il n’en doit donc pas ■être regardé comme l’inVenteur, mais simplement comme le hérault qui la proclame^ ou plutôt comme le corps par lequel la souveraineté dii peuple reçt>it une forme léga|e ; et ses membres ont peut-être fait plus qu’ils ne dévoient en traitant âvec vous comme ils l’ont fait : mais nous connoissonS bien les hommes en qui nous avons mis
notre confiance. L’Angleterre peut-elle eit dire autant de ceux qui composent son parïement ?
^ Je vais à présent faire quelques observations plus particulières sur votre proclamation du 3o novembre dernier. Si vous aviez battu toutes nos troupes et conquis l’Amérique entière, et qu’alors vous eussiez publie une proclamation pour nous offrir cè que vous appeliez grâce , votre conduite pouvoit paroître dictée par quelque sentiment d humanité. Mais entrer par surprise dans une province , et de là chercher à
épouvanter ou séduire une partie des Améi ricains pour les faire manquer à la foi qu’üs ■doivent aux autres , et employer pour réussir dans vos projets, des promesses que vous ne voulez ni ne pouvez tenir , voilà qui est à la fois cruel et bas. Cruel, parce qu’à moins que vous ne soyez sûr de conserver tout le pays oii vous avez mis le pied , comment pouvez-vous assurer à tous vos partisans la jouissance de leurs propriétés ? Que deviendront , ou vos nouveaux sujets , ou vos anciens amis , les torys de Burlington , de Bordentown, de Trenton , de Mentholly> où vous avez orgueilleusement dominé pendant quelques jours , pour vous enfuir en-' suite comme un voleur qu’on poursuit ; que deviendront , dis - je , ces malheureux - là ? Que deviendront également ceux qui ont eu l’imprudence de sortir de Philadelphie pour aller vous joindre ? Que pouvez-vous leur dire , sinon : tâchez de vous sauver ^ous-mênies? Ou bien que peuvent-ils espérer que de languir et d’errer dans un éternel exil ? Vous n’avez qu’à les prévenir de prendre aujourd’hui congé de l’Amérique , et de renoncer à tout ce qu’ils y possédoient. Donnez-leur en même teins la con-
feîation de les recommander â la cour dè votre maître ; ils pourront peut-être y trouver le moyen de vivre à la suite de quelque fastueux parasite J et d’augmenter la foule des méprisables valets des grands. Les traîtrès ne sont sur là terre que comme un vil fumier !
Si nous né pensions qu’en politiques nous devrions vous remercier d’avoir enriçlii le continent ; car nous serons bientôt eii «tat de faire face aux frais de la guerre par la^ mauvaise politique de lord Howe et là généreuse défection des torys. Si vous avie2s mis le pied dans Pliüadelphie , cela nous auroit valu beaucoup d’autres confiscations^ parce que nous aurions été forcés de reconnoître pour traîtres bien des gens que nous ne voulons pas même suspecter. Mais vous appeliez lès traîtres , vous , les très -Jîdèleà sujets de sa majestés Eh. bien ! que cet honneur soit leur seule fortune , et que sa majesté se charge d’eux. •
^ J’ai une juste horreur pour tous ces gensla ce sont des ingrats qui ne songent qu’à nuire. Il semble que Dieu les ait abandonnés à quelqu’esprit infernal , qui les expose sans
cessa
cesse à paroître coupables : mais c’en est assez pour leur apprendre à se mieux conduire. Toute ame honnête est indignée en voyant le sort pitoyable de quelques pauvres fous qu’on punit pu'jliquenient , et qui ne sont que les instruinens des grands scélérats qui les égarent par de faux discours ou par des promesses. Nous avons tort de nous occuper d’eux, au lieu d’attaquer leurs chefs. Notre devoir est de les dévoiler, et de les punir, comme ils le méritent , en les exilant pour jamais du continent. Leur nombre n’est pas aussi considérable qu’on l’imagine. L’influence de quelques-uns en a entrazne d’autres qui ne sont pas naturellement pervers. Des mensonges continuels , qu’on ne contredit presque point, finissent par passer pour des vérités ; et ce n’est point celui qui les croit qui est coupable , mais bien celui qui les invente.
Je ne prétends point déclarer la guerre à ceux qui ne sont pas aussi ardens que moi. La différence du tempérament, du caractère , des habitudes, et beaucoup d’autres choses , donne à d’auîres liabitans de ces Etats un extérieur différent ; mais la simple vertu n’en est pas moins au fond de leur
ame. Quelques-uns sont naturellement portés à la guerre , et bravent la mort avec gaieté : d’autres pensent autrement ; Tesclavage même ne leur répugne pas autant que la fatigue des axanes et la crainte de périr. Et que pouvons-nous dire à cela ? c’est que nous ne pouvons changer la nature , ni ne devons punir celui qui a le malheur d’être né timide. Cependant je crois qu’en général les hommes sont plus braves qu’ils ne pensent , et qu’un peu de hardiesse suffit pour les mettre bientôt à même d’affronter les plus grands dangers. J’ai cru pendant longtems que je ne pourrois jamais entendre, sans mourir de peur^ le sifflement d’un boulet de canon : mais à présent je l’entends avec autant de sang-froid, peut-être même avec une conscience plus tranquille , que YOus,mylord. Toutefois , j’avoue que mes premières craintes reviendroient , si j’étois à votre place ; car je pense fermement que la cause infernale que vous défendez ne doit pas laisser en repos l’homme qui pense.
Plein de l’idée que les intérêts de l’Amérique seroieiit lésés, si la moindre désunion éclatoit entre nous , j’ai dit dans le premier îiiiniéro de la Crise : « que si nos ennemis
>5 étoîent pï*omptement repousses, je SOHhaitois avec toute la charité d’un vrai >3 chrétien , que les noms de wîgh et d^ :>5 tory fussent à jamais oubliés >3. Mais il y a parmi nous une espèce d'hommes sî médians , qu’ils ne veulent pas voir accomplir des vœux utiles^ même en leur faveur. Au lieu de se réjouir de ce que le ciel a préservé la ville de Philadelphie du pillage et de la destruction, en faisant tomber un grand nombre d’ennemis entre nos mains , sans presqu^’aucune effusion de sang , ils ont opiniâtrement affecté de douter de notre victoire , jusqu’au moment où. les prisonniers ont paru. Les quakers ont publié une profession de foi politique (i), datée du 20 décembre , et signée Jean Vemberton (2) , pour montrer leur zèle pour le gouvernement
(1) The testimony*
(2) J’ai toujours été attentif à n’inculper aucune sorf» çiété 5 mais comme le pamjJilet dont il s’agit a été publié par quelques hommes inconnus , qui po'étendcnt avoir droit de représenter tous les quakers , et qu’aucun de cenx-ci n’a réclamé contre cette prétention , il est impossible que le public ne les croie pas tous d’accordq d’autant que la gazette royaliste de JMew-Yorck j
anglais. On les entend continuellement blâ« mer le grand péché que nous avons commis en prenant les armes : mais le roi de là Grande -Bretagne peut livrer le monde entier au carnage et à la famine ; nous autres , pauvres malheureux , nous n’aurons rien à dire.
Dans quelques-uns des numéros qui suivront celui-ci , je ferai connoîtreles différentes espèces de personnes à qui on a donné le nom de torys ; car je suis convaincu que tous ceux qu’on a appellés torys ne le sont pas ^ non plus que nous devrons croire whigs tous ceux que nous avions d’abord jugés l’être ; et comme je ne prétends point cacher le nom de nos amis toutes les fois que j’aurai occasion de parler d^eiix , je serai également soigneux de nommer nos ennemis ^ quelque puissent être leur religion ^ leur fortune ou leur rang:.
Quelques personnes ont pris beaucoup de peine pour faire croire à votre don-
en date du 3o décembre , dit : que les quahers commencent à parler ouvertement de leur attachement à la constitution britannique. Je suis pourtant certain ^jue nous avons plusieurs amis parmi les quakers.
cenr et à votre lionnêteté, mylord : maïs comme ces personnes ne vous connoissent pas, et que nous savons qu’ils n’ont aucun attacliement pour nous, nous ne sommes point fondés à les croire. On s’y étoit pris de ia même manière pour nous faire aimer George III : mais le tems nous a mis à même de lui rendre justice ; et peutêtre en sera -t- il de même à votre égard. Vos projets connus ici sont d’égorger, de conquérir, de piller, de pardonner, ou de réduire à Tesclavage ; et les ravages que votre armée a commis dans les Jerseys sont marqués par autant de barbarie que si vous vous étiez ouvertement déclaré chef de brigands : vos troupes, ni lorsqu’elles se sont avancées, ni lorsqu’elles ont fait retraite , ri’oîit donné la moindre preuve d’humanité. Il n’y a même jamais eu d’ordre^ suivant ce que j’ai appris , qui leur ait interdit le vol ; et le seul exemple de justice que vous ayez dorme , si l’on peut toutefois Tappeller justice^ c’est que vous avez laissé piller tous les liabitans de la môme manière. On a détruit tout ce qu’on n’a pu emporter ; les meubles d’acajOu servoieiit à chauffér vos soldats , qui aimoient mieux les brûler
que de prendre la peine de couper dti bois (i). Il fut un tems où les wliigs croyoient à votre vertu, et où les torys comptoient sur votre bienveillance : mais Texpérience les a également détrompés ; et chaque ville ^ chaque maison des Jerseys, où vos troupes ont mis le pied, rend témoignage contre vous. Peut-être que le mal que vous avez fait aux torys leur donne quelque droit à la pitié de leurs compatriotes, et qu’au bout du compte, ce sera la plus grande faveur que vous ayez pu leur accorder.
Dans un grand livre d’ordres, appartenant bataillon du colonel Rohl, livre pris à Trenton , et maintenant déposé aux archives du conseil de sûreté de la province de Pensylvanie , on trouve plusieurs fois ces paroles barbares : « Son Excellence, le com- 99 mandant en chef, ordonne que tous les habitans qui seront trouvés armés, et qui
(i) Comme quelques personnes pourroient douter dè la vérité de ce fait , je crois devoir dire que je l’ai appris d’un quaker , qui demeure à Trenton , et que j’a^ vu cKez M, Michel Hutchinson , autre quaker , qui demeure auprès du bac de Trenton ^ du côté de Ivi Peneyivanie^
» n’auront point (VofHcier avec eux, soient » pris et pendus sur le cliamp»r Nous ignorons combien d’innocens vous pouvez avoir ainsi fait sacrifier ; mais le compte en sera réglé au jour du jugement. L Europe ne peut pas fournir un exemple de la maniéré horrible dont vous traitiez les prisonniers , pour les forcer de s’engager à votre infernal service ; et cependant c’est ce lord Elowe, c’est son frère, que lestorys et leurs bons amis les quakers , ou du moins quelques - uns de ces derniers , nous ont cites comme des modèles de justice et de clémence.
Une matïvaise cause ne peut être défendue que par de mauvais moyens et par des hommes pervers ; et quiconque veut examiner les choses avec attention , voit que le même esprit d’impiété et de discorde règne parmi tous ceux de votre parti , tant en. Amérique qu’en Europe. Il n’y a que peu de jours que je me trouvai dans une société où éroit un homme connu pour l’un de vos partisans ; et comme j’observois qu’il me sernbloit certain , d’après nos derniers succès, que le Tout-Puissant combattoit pour nous , il me répondit : « Eh bien ! si Diew
» vous aide , tant mieux pour vous : poiirvtr » que nous ayons le diable de notre côté,. » les choses iront bien De quelque manieie que cela ait été dit, n’importe; mais il est bien certain que c’est là l’esprit qui règle toute votre conduite, et cpi certainement finira par etre cause de votre perte.
Si jamais une nation fut égarée, folle, aveugle et courant vers sa ruine, c’est l’Angleterre. Il y a des péchés qu’on peut appelier nationaux ; et si la punition des péchés des individus est réservée pour un autie monde, celle des péchés des nations doit toujours avoir lieu dans celm-ci. L’Angleterre est a mes yeux le peuple- de la terre le plus ingrat et le plus coupable envers Dieu, favorisée du plus grand commerce qu’elle ait pu souhaiter , possédant de vastes domaines dans les deux Indes , avec les moyens dy donner la loi, elle ne s’est servie de tant d’avantages que pour s’enorgueillir , pour adorer son tonuerre ^ et pour an-aclier aux autres nations jusqu’à leurs entrailles. Elle a voulu imiter Alexandre ; elle s est fait un jeu de la guerre , et fait naître la misère par ses prodigalités. Le sang verse dans 1 Indostan n’est pas encore el-
face ; les malheurs de TAfrique ne sont pas oublies ; le massacre des Caraïbes de Saint- Vincent a encore dernièrement signalé la -cruauté anglaise, et augmenté la soiiime de SOS forfaits. Elle a enfin répondu avec le glaive à la prière pour la paix ^ la liberté et la sûreté. Voilà ce qu’il faut considérer serieusement ; et quoiqu’en disent un tyran insensé , une cour perverse ^ un parlement vendu et un peuple aveugle , tôt ou tard Dieu leur fera sentir sa juste colère. Il n’est noint de pays qui n’ait été l’objet des vengeances eelestes. Quand la balance a été remplie , les plus puissans empires ont été renverses. Que la Grande- Bretagne se prépare doué a attendre le jour de la douleur ; plutôt il viendra, mieux il vaudra pour elle. Je voudrois qu’il fût déjà venu; je voudrois qu’il fût passe ; mais je voudrois aussi que le châtiment fût le plus léger possible. •
Peut - être , mylord , n’aimez - vous pas à penser aux choses sérieuses ; et je le crois volontiers , d apres les liaisons que vous avez en Angleterre. Je vais donc quitter ce sujet , et vous parler un langage que vous entendrez mieux. Puis-je vous demander d’abord par quels moyens vous espérez conquérir
l’Amérique ? Si vous n’avez pas réussi l’ete dernier, où notre armée étoit plus foible que la vôtre, nil’hiver, où nous n’avions aucune espèce d’armée , comment réussirezvous à présent ? Vous avez manqué nonseulement des talens d’un général , mais de la fermeté que tout liomme doit avoir. Vos premiers succès ont tourné à votre désavantage , et nous ont fait voir que nous pouvions vous ruiner en vous donnant. De même que si nous jouions une partis de dames , nous n’avons qu’à vous ^fùir un coup pour vous engager à vous avancer, et vous enlever deux ou trois pions en vous en donnant un ; et comme nous sommes sûrs de conserver une garde des deux cotés , nous ne courrons jamais le risque d une défaite totale. Vous ne pouvez certainement pas être assez aveugle pour ne pas voir que nous avons sur vous un double avantage , parce que nous gagnons à mesure que vous
perdez. Burgoyne auroit dû , mylord , vous apprendre cela. Cet officier a assez longtems étudié la doctrine des liasards.
La seule idée que j’ai des moyens de conquérir un pays , c’est de vaincre les arguées qui le défendent. Avez - vous vaincu
les nôtres, myIord?ponvez-vous les vaincre ? non , sans doute ; ainsi vous ferlez bien de mettre de côté vos proclamations : autrement vous perdrez plus de torys par vos faveurs promises que vous ne dompterez de wliigs par vos armes.
Si vous vous empariez de Philadelphie , vous ne sauriez en tirer d’autre avantage que de la piller. Si vous vouliez îa garder comme vous gardez New-Yorck, ce ne seroit pour vous qu’un embarras de plus ; et si vous prétendez à une conquête générale de PAmérique , vous ferez mieux de laisser Philadelphie tranquille que de vous en charger. Quand vous aurez défait toutes nos armees , les villes vous ouvriront d’ellesmernes leurs portes : mais les surprendre à présent, comme vous avez surpris Princetowii , Trenton , etc. c’est ravager un verger la nuit avant que le fruit soit mûr, et s’enfuir a la pointe du jour. Ce que vous avez éprouvé dans les Jerseys doit vous apprendre que vous ne devez pas vous borner à entrer dans nos maisons ; et vos nouveaux prosélytes, ces gens a qui vous avez promis toute sorte de protection , et que vous avez rendus criminels en leur pardonnant leui^
vertus premières ; vos prosélytes , dis - je doivent avoir une bien pauvre opinion et de votre puissixnce et de votre politique. Yotre autorité dans les Jerse-j'S ne s’étend pas maintenant au - delà du petit terrein. qu’occupe votre armée ; et il n’est guere d’endroit où l’on ait reçu votre proclamation sans s’en moquer. Les redoutables vainqueurs du continent américain se sont cadrés dans une coquille de noix ; ceux qui ne nous parloient que de leur orgueilleuse clémence ont fui devant les pécheurs a qui ils Youioient pardonner ; et cela , dans le tems même où ils expédioient vaisseau sur vaisseau pour porter en Angleterre les grandes nouvelles de leurs succès. En un mot , vous ayez si adroitement ménagé votre expédition dans les Jerseys, qu’il n’y reste d’antres conquéràns que ceux qui y sont morts, parce que personne ne vent leur disputer leur sépulture.
r Jusqu’à présent toutes les fois que vous aviez fait la guerre, vous n aviez eu affaire qu’à des armées ; mais aujourd’hui vous avez à combattre non-seulement une armée , mais un pays entier. Alors les provinces suivoient le sort de la, capitale. La
'^Canada se rendit avec Quebec ; Minorrine avec le Port-Malion. Les conquérans de ces deux villes devinrent, en les soumettant, maîtres de la campagne. Ici , il en est autrement. Si vous vous emparez d’une ville, vous êtes contraint de vous y renfermer, et vous ne pouvez en tirer -d’autre parti que d’y dépenser votre argent. N’est - ce pas là tout l’avantage que vous avez remporté de New - Yorck ? Croyez -moi , vous en auriez encore moins à Pliiiadslpliie , parce qu’il faut plus 'de forces pour la garder, et qu’elle est plus éloignée de la mer. La jolie raine que vous auriez , vous et les torys^ avec une rivière gelée et une ville en feu ; car vous ne seriez pas plutôt ici qu’on vous y canoiineroit, et que les torys seroient obligés de |)ayer tous les dégâts ; ce qui tôt ou tard ■sans doute deviendra le sort de New-Yorck.
Je desire de toute mon ame que Pliiiadelphie soit sauvée, non pas tant pour l’honneur de nos armes , que par des motifs d’humanité. Cette ville est le refuge des femmes et des enfans, et lord ïlowe ne doit avoir affaire qu’à nos soldats.
Quand je considère , mylord , toutes les circonstances ou nous nous trouvons , je ne
puis m’empêcher de rire de votre projet de subjuguer l’Amérique. Parce que vous vivez dans un petit pays qu’une armée peut parcourir en peu de jours, et où une poignée de soldats suffit pour mettre la multitude à la raison , vous croyez qu’il en est ici de même. 11 paroît certain que vous avez porté en Amérique les notions bornées que vous avez reçues dès votre enfance ; et vous avez imaginé qu’une proclamation au nom du roi de la Grande-Bretagne devoit produire des miracles. Mais comme les Anglais voyagent toujours pour s’instruire, j’espère que vous retournerez dans votre pays > si vous vous en retournez jamais , plus sage que vous n’en êtes parti.
Nous pouvons éprouver des événemens auxquels nous ne nous attendons pas ; et dans ce moment vous trouverez peut-être le moyen d’obtenir quelqu’avantage passager. Nous l’avons déjà vu, il y a quelques jj,ix) es I mais la raison nous ramena bientôt ; nous rassemblâmes nos forces , et tandis que vous vous prépariez au triomphe , nous vous fîmes sentir le poids d’une défaite. Voilà ce qui est arrivé ; voilà ce qut arrivera cent fois , si vous avez aussi sou-
vent quelque avantage. Si vous prétendes mettre une garnison dans les places que vous aurez conquises , ce qui est le seul moyen de lès conserver , votre armée sera bientôt comme une rivière ^ qui se divise dans son cours et se réduit à rien. Pendant que vous marcheriez de New^Yorck en Virginie , vos forces se trouveroient totalement épuisées ; mais nous, semblables à un fleuve qui reflue vers sa source , nous acquêt rerions à proportion de vos pertes , et nous serions bientôt en état de vous accabler. Le pays en souffriroit , sans doute ; mais c’est un jour de malheur, et nous nous y attendons : ce qu’il nous procurera nous en dédommagera assez. Si nous avons seulement du pain à manger et quelques vêtemens grossiers pour nous couvrir , nous rendrons grâce au cieh Nous n’en avons pas dû espérer davantage ; et jusqu’à présent la Providence ne nous en a pas donné moins.
Celui qui peut vendre son droit d’amesse pour un peu de sel, est aussi coupable que celui qui le vend pour un plat de légumes sans sel ; et celui qui l’abandonneroit pour un bel habit doit être à jamais un esclave ,
<ji>elc[u’étoffe qui le couvre. Et qu’est-ce que du sel , du sucre , et tous les rafînemens du luxe^ auprès de cet inestimable bienfait du ciel , la Liberté? Qoe sont les peines de quelques mois en comparaison d’une éternité de misères et de servitude ? Le plus pauvre paysan de nos provinces , avec ces nobles sentimeos dans le cœur, est plus heureux que le plus riche tory de New-Yorck. Il peut manger son pain sans inquiétude , respirer ensuite un air pur , prendre son Éis par la main ec le bénir, sans éprouver les remords et la honte que doit sentir celui qui néglige les devoirs d’un père.
En écrivant ces observations , j’ai plusieurs objets en vue. Je veux d’abord vous faire sentir la folie que vous^avez eue d’accepter votre commission , la perversité de la cause que vous défendez, et enfin l’impossibilité absolue où vous êtes de subjuguer l’Amérique. Je veux ensuite exposer aux yeux du public quels sont ses vrais , ses meilleurs intérêts ; l’encourager à les suivre pour son propre bien ; dissiper les craintes que des ineclians ont seinees , et que des hommes foibles ont accueillies ; fortifier
l’esprit
I esprit d’union et de confiance qnl .nou^ est nécessaire.
. Je vais vous soumettre; encore une idé^ relativement à la conquête de l’Aniérique.
Supposons que nos armées contiit^nt^le^ se dispersent , que chaque soldat rptPnjrne chez lui ou aiUeurs y et que tous s’engagent pourtcint à se rassembler, de nouveijLU Jifjom: fixe : il est certain qÿalors vpu.s point ^d’armée à combattre ; et cependant VOUS ne seriez pas^mqins embarrits,sé qu’ÿ
présent. Vous craindriez denvoyer.yQadtQU^ pes en partis pour nous désarmer ^ pom: prévenir notre rassemblement, parçe^jque VOUS auriez peur qu’elies ne pussent pas s’en retourner ; et peiîdant que vous les tiendriez réunies , n’ayant point d’amiqe, ^ combattre, vous ne pourriez pas vous flatter de nous avoir subjugués. Vous serie^$ bien le maître défaire insérerquelques pages brillantes dans la gazette de New York, ou dans celle de Londres ; mais ie jour pu nous reprendrions les armes , vous ne seriezf pas plus avancé que vous ne l’êtes en ce moment.
L’Angleterre a la folie de se croire bien plus puissante cpa’eile ne l’est réellement ;
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èt à’apreé cèla , elle veut s’arrôgér entre lëi nations un rarig auquel elle -n’a nui droit j Car depuis plus d’un siècle, elle n’a pas pu entreprendre une seule guerre sans des se-^ cours étrangers. Pèiidant les campagnes de Marlborôugli , et jusqU’à présent, le nombre de soldats et d’officiers allemands qui ont combattu pour èlle est aussi considérable que celui de ses propres troupes. La gtierre dernière , on fut obligé en Angleterre de faire venir dix mille Hessois pour se mettre en garde contre l’invâsion des Français ; et Certes , les Anglais aufoient fait une bien maaivaise figure dans ' leurs expéditions des Antilles et du Canada , si les Américains iiè leur avoient pas fourni des hommes et de l’argent.
Je ne me rappelle qu’une occasion où lei Anglais aient combattu seuls ; c’est dans la ' i-évolte de l’Écosse en 1745 ou 1746 ; alors de trois batailles qu’ils donnèrent, ils eil perdirent deux ; et ayant vu diminuer lé «ombre de leurs troupes, comme les vôtres diminueront, ayant vu prendre un de leurs vaisseaux chargé d’habits, d’armes et d’ar-* gent , comme nous vous en avons pris plusieurs, ils furent dans l’impossibilité de ré-*
éttîire rèblelles. L’Ahgieterre ne s’est jamais signaléé par terre : ses officiers né passent pas pour braves ; ils ont plus l’ait de ibaîtres dé danse que de militaires ; et si nous pouvons en juger par ceux que nous avons fait prisonniers , nous devons préférer les nôtrés. Fière des forces qu’elle à déployées dernièrement > votre natioh est devenue tout - à - fait extravagante : rtlaiè comme ses financés et sbii crédit sont ttèS” baissés^ elle chabgera bientôt de ton. Elle ^
est, j ose le dire , la nation la plus pauvre de l’Europe ; car ses trois royaumes et tout ce qui en dépend né valent pas le iüontant de ses dettes. Cependant l’insensée préh'd ies armés contre nous > dans le dessein dé nous traiter en bêtes de somme ; dé houâ ' '
Faire payer ses prodigalités, et de nous Voir 'ensuite l’aider à faire le malheur des peuples qui se sont montrés nos meilleurs amis. (
Tant d’ingratitude pourroit convenir à iiri tory, ou à tin quakér superstitieux et dëgé- (
héré J mais UoU pas à nous.
Les Anglais ont le malheur d’aiiiler U guerre par caractère ; et qü’élle soit juste oii il
non , peu leur importe , pourvu qu’elle réusi '
#isse. Mais les ïeters les rebutent bientôt ^ |
et il y a grande apparence que l’été prûcîiain ils crieront autant pour avoir la paix, que le roi et ■’ses ministres crioient l’hiver dernier pour avoir la guerre. Dans cette .expectative , il faut convenir , mylord , que vous ne devez pas être à votre aise. Votre .j'éputation dépend entièrement des lauriers que vous cueillerez. Si ces lauriers sont flétris , votre gloire se flétrira avec eux. Si, au contraire , ils sont brillans, vous ne vivrez pas assez pour en jouir ; et de quelque manière que les choses tournent, vous ne pouvez long-tenrs éviter ce que je viens de vous prédire.
Ce que nous regardions dernièrement, comme un malheur, n’étoit pour nous qu’un bonheur caché ; et vos avantages prétendus ont tourné à notre profit. La perte même de Philadelphie, si elle avoit lieu, pourroit, autant que je ptuis le prévoir , nous devenir très-avantageuse. Plus vous étendrez votre armée , moins elle sera forte , et plutôt nous pourrons vous chasser. D.’aillenr.s notre consolation dans' nos désastres , c’est que les propriétés des torys nous répondront des dommages que nous essuyerôns. Enfin, il n’est point autour de nous de terrein
sut lequel nous ne soyons en surete , et nous en voyons de nouveaux nous oîfriis tin asyle. Nqus avons mis la main a la charrue, mylord, et nous maudirons celui qui nVclièvera pas de tracer son sillon.
Dans le discours que votre roi adressa ûu parlement le printems dernier, il déclaré cc qu’il ne doute point que les grandes Dt> forces que ce parlement Ta mis à même ‘d’envoyer en Amérique ne suffisent pour soumettre les colonies rebelles:):». Cependant ces forces ne nous ont pas vaincus, ni ne peuvent nous vaincre : mais votre roi en a fait assez pour assurer les revers qu’il doit essuyer les années qui suivront cehecî. Vous savez que quand vous avez quitté TAngleterre les opinions y étoient déjà divisées, et que le commandement que vous avez obtenu vous a rendu le principcü espoir du parti de la cour. Sa fortune repose maintenant sur vous. Un simple exprès de votre part fixe le degré de joie ou de clia^ grin qu’il doit ressentir , et la confiance qu’il peut inspirer au public. Il est entièrement en vos mains, et vous possédez le secret des alliés. Dans cette situation , vous êtes devenu riastruaient involontaire et mf
iphanique de votre propre cliôte et de cell«, dq la CQur. te roi et ses ministres n’onjl pas douté de la conquête de rAm,érique ,( et il faut quils le prouvent pour ne pas perdre leur ci;édit. Pour les supporter, en attendant, vous avez eu besoin de faire tout Çp- ayez pu ; et nous pouvons ju-
ger <ie la gazette de Londres , d’après çelle q^ue Hugli Gaine impyime, à New-York. La liste de. vos victoires ne permet pas à la, Ration anglaise de croire que vous avez besoin de nouveaux secours. En les dema.nclant VOUS démentiriez vos trioniphes ^ et yous accuseriez le roi et ses inînistres de, iausseté et de trahison.
Si vous deniandez donc des sepours eri Angleterre , vous renversez votre parti. Si TOUS n en demandez point , vous vous per»^ dez voiis-meme. Les deroander il y a quel-» que texns ^ c’étoit trop tôt ; les demander à, présent , ç est trop tard ; et à moins qu’ils n’arrivassent très-promptement , ils ne se^ roîent d’aucune utilité.. Eu un mot , voua jouez, le plus mauvais rôle ; et je snis perma.de^ qu’il ne vous reste plus qu’à feire çe que vous pourrez de, mieux a.yec fes troupes que vous avez, Qu peut-être aye% g^tielque léger renlort,
Nous l'avons emporté sur vous par les talens de notre général et la bravoure de nos soldats ; mais nous n’avons pas encore, comme nation , entrepris tout ce que nous pouvons entreprendre. Moi, qui connois bien l’Angleterre , je sais qu’il nous est plus aisé d’y opérer une révolution qu’à vous de soumettre l’Amérique. Quelques milliers dihommes qui débarqueroient avec le dessein bien connu de déposer Géorgie III, de faire juger sçs ministres , et de mettre sur le trône le duc de Gloucester, réussiroient sûrement , tandis que vous resteriez ici à vous morfondre. J’ai fait passer tous mes écrits en Angleterre , et celui-ci y parviendra comme ie Sens cobæmcn. Il fera sans doute que votre parti se tiendra su? ses gardes: mais il apprendra aussi au paiti opposé et à la nation en général , l’intention où nous sommes de vous aider.
J’ai essayé , mylord , de vous donner une juste idée des affaires actuelles. Vous iiouvez en tirer la conclusion qu il vous plaira* Je desire autant que vous que l’Angleterre soit heureuse i mais je n’en croîs pas moins qu’elle ne peut pas être lésée par l’indépendance de l’Aniérique, qui est en mêmq
terhs ùn fîrôit naturel et un avantage réel pour celle-ci. Qu'un marcliand anglais re^ çoiveun ordre et soit pavé en conséquence,’ <:;ela né fait rien à celui qui gouverne lé foyaunie. *
Voilà , mylord , qUéllë est nia profession âe foi politique. Si je me suis exprimé en, quelques endroits a Véc trop de chaleur, c’esi: que j’ai iinê lié ine insurniontable pour ‘es hommes cruels et les moyens qü’ils emploient. Je liais aussi lit monarchie , parce qu’elle me semble contraire à la dignité de rhoiiïmé ; iuais je n’ai jamais importuné les autres dé ines opïniohs , jusqu’au moment àu j’ai eu besoin eFécrire pour mes* compatriotes. Je nàii même jamais imprimé un iîiot en Angleterre. Je suis en, écrivant l’impiilsioh de’ la nature. Ma plume n’est que i’iîitetprèté de mon aine. J’ai toujours abandonné mes ouvrages au libraire pour l’impression et le papier ; encore en ai-je été de tems en tems pour quelques frais. N’ambitioiinaiit point la renommée , méprisant lus richesses i je puis attester à cet égard Cétlx qrti connoissent ma manière de vivre* Ils diront que mon unique étude est d’êtr0 &tile ; et si le genre liumain vous etoit aussi
cîier qu’à tnoi ^ mylôrd , voyant que vous ne pouvez nous soumettre , vous nous tendriez les bras et nous offririez la paix.
Nous défendrons , grâce à Dieu , notre îN DÉ. PE N DAN CE coutrc Tunivcrs entier; mais comme nous voulons nous préserver’ du mal^ nous n’avons pas .plus envie d’en faire a personne. Je suis bien loin de chercher à pénétrer les secrets politiques; mais je pense que si vous négligez l’occasion, bientôt nous ne serons plus rnaîtres de nous séparer en paix de vous;, parce que si nous faisons des traités , si nous formons des alliances, nous y serons fidèles , et vous vous trouverez déçu. Une INDÉPENDANCE paisiWe et durable, est ' l’objet de tous mes vœux ; aussi je prie Dieu que les Américains ne puissent jamais être vaincus ; et j’espèrê que tandis qu’ils ont de bons officiers , et qu’ils sont bien commandés à leur choix., ils ne le seront jamais.