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CHAPITRE III

La réaction contre le libre-échange

Les initiateurs du mouvement libre-échangiste, les apôtres de la croisade engagée entre 1835 et 1850 contre les lois céréales et pour le triomphe définitif de la réforme commerciale dont Huskisson avait posé les bases en 1825, les Gobden, les Bright, les Villiers, avaient promis à l'Angleterre, si elle s'engageait résolument dans la voie qu'ils lui indiquaient, une prospérité merveilleuse. Jamais peut-être, pro phétie n'a été à ce point réalisée. Pendant plus d'un demi-siècle, aucun obstacle, aucune concurrence n'ont entravé l'essor de l'Angleterre, et, à la faveur du régime qu'elle avait adopté, elle réussit à acquérir une suprématie économique incontestée. L'agriculture, l'industrie, le

commerce, la navigation maritime allèrent jusqu'en 1875, en prospérant du même pas. Toutes les classes de la nation: propriétaires, fermiers, chefs d'entreprises, salariés, profitaient de cet extraordinaire élan. Quoi d'étonnant que la population tout entière ait donné sans réserve son adhésion à la politique nouvelle. Le libre-échange, après un pareil succès, devenait une croyance nationale. Il s'imposait à tous les partis politiques : c'était un véritable dogme que personne ne contestait plus. Sans doute, les hommes d'Etat anglais essayaient d'influencer les autres nations, de les amener à imiter l'exemple de l'Angleterre, à abandonner pour une politique plus libérale, la politique protectionniste à laquelle elles demeuraient obstinément attachées. Dans l'espoir de les entraîner, Cobden lui même acceptait de négocier un traité de commerce avec la France. Mais la populatiou anglaise n'appréhendait alors aucun inconvénient du fait d'être seule à . pratiquer le free-trade. Elle croyait fermement que le libre-échange est un bien en lui-même, qu'une nation qui abolit les droits de douane se fait du bien à elle-même, en se donnant le moyen d'acheter au meilleur compte ce dont

elle a besoin, en facilitant aux autres nations leurs échanges avec elle, et que ce serait folie de se priver de ces avantages pour vouloir attendre que les autres consentissent également à en profiter.

Les vingt-cinq dernières années ont paru, cependant, donner un démenti aux enseignements des free-traders. L'agriculture a été cruellement atteinte. L'industrie même, dont le développement a compensé pendant de nombreuses années les déboires éprouvés par l'agriculture, a passé à son tour par des phases pénibles. Les industriels anglais se voient obligés de lutter aujourd'hui contre des concurrents qui ont édifié leur grandeur à l'abri de ces barrières de douanes, qu'ils avaient appris à considérer comme une entrave au progrès. De pareils faits ont naturellement atteint la foi de la population anglaise dans le libre-échange. Des doutes ont été émis sur les avantages de la politique suivie aveuglément depuis un demisiècle. Ses vertus n'ont plus paru aussi assurées qu'autrefois. On s'est demandé si, après avoir si bien profité à l'Angleterre d'hier, elle ne serait pas au contraire nuisible à celle d'aujourd'hui, et si, par suite du changement des

conditions économiques, une modification de la politique commerciale ne s'imposait pas. Le peuple anglais n'a plus dans le domaine économique, de même que dans le domaine politique, la superbe assurance dans l'avenir dont il faisait preuve autrefois. Ici encore, il sent sa suprématie menacée. Pour la retenir, de nouveaux réformateurs lui proposent d'abandonner le libre-échange et de chercher dans une union douanière avec les colonies, les garanties contre les dangers économiques auxquels la politique actuelle expose l'Angleterre.

Le mouvement de réaction contre le freetrade n'a pris, à vrai dire, de consistance que dans les dernières années. Déjà, cependant, il a laissé sa marque dans la législation.

Les premiers symptômes de malaise de l'agriculture se manifestèrent vers 1873-75. On crut d'abord à une crise temporaire ; il n'en était rien . Pendant la décade suivante, le mal alla s'aggravant. La culture des céréales, du blé, notamment, fut fortement atteinte parla baisse des prix qui, après un léger et éphémère relèvement en 1877, reprit de nouveau pour aller encore en s'accentuant. Les plaintes de l'agriculture provoquèrent en 1879, la nomination

d'une Commission royale pour rechercher les causes de la dépression agricole. L'industrie ne tarda pas à se plaindre à son tour. Depuis 1850, elle avait joui d'une prospérité presque continue. La consommation du marché intérieur était allée se développant avec rapidité, sous la double influence de l'accroissement de la population et de l'amélioration du bien-être général. D'autre part, les industriels trouvaient à l'extérieur des débouchés de plus en plus considérables pour leurs produits. En vingtans, la valeur des exportations (1) augmentait de 155 0/0, et cela, d'une manière presque continue, passant de 74.6 millions de liv. st., moyenne annuelle pour 1850-52, à 189.7 pour 1868-70. Les années 1871 à 1873, témoignèrent une augmentation soudaine et considérable des exportations, due pour une grande part au conflit franco-allemand. On enregistra les chiffres de 223, 256 et 255 millions de liv. st., mais de 1875, à 1879, une baisse importante se produisit ; on retomba pour cette dernière année à 191 millions, et, après un relèvement de 1881 à 1884, les trois années suivantes virent

(1) Commerce spécial.

108 LA CRISE ANGLAISK

une nouvelle rechute. L'industrie joignit alors ses plaintes à celles de l'agriculture, et, en 1885, une Commission royale était nommée pour étudier la crise industrielle.

Les Commissions de 1879 et de L885 signalé rent comme une des causes les plus sérieuses des crises agricole et industrielle, et en particulier de la première, la baisse générale des prix survenue depuis 1873. Ni l'une ni l'autre, ne proposèrent un retour à la protection. In autre remède parut pendant un temps séduire les esprits. Suivant certains économistes el financiers la raison principale de la dépression des prix était la raréfaction de l'or. L'Allemagne, les Pays Scandinaves, les États-Unis, en adoptant l'étalon d'or, avaient dépossédé l'argent de la qualité de métal-étalon, dont il avait joui jusqu'alors, concurremment avec le métal jaune. Celui-ci, se trouvant chargé seul à présent des fonctions qu'avaient remplies les deux métaux autrefois, l'équilibre antérieur entre la monnaie et les marchandises était rompu. Cette opinion amena la création de ligues bimétallistes pour obtenir ce que l'on appelait la réhabilitation du métal blanc. Dans les milieux agricoles, dans les

milieux industriels même, particulièrement dans le Lancashire, plus directement affecté par la baisse de l'argent, par suite de ses relations avec l'Inde et l'Extrême-Orient, le relèvement du prix de ce métal parut pendant quelques années être le remède à la crise dont on souffrait. Mais les intérêts financiers, par tisans résolus du monométallisme-or, n'ont pas permis qu'on l'essayât, La campagne en faveur du bimétallisme n'a jamais soulevé de grand mouvement d'opinion. Elle s'est poursuivie cependant jusqu'en 1893, ranimée de temps à autre par le vain espoir d'arriver à une entente internationale pour essayer le relèvement du prix de l'argent. La fermeture à cette époque (1) des hôtels des monnaies de l'Inde à la frappe du métal-blanc lui a porté le coup de mort.

C'est vers 1880, sous l'influence de la dépression économique, que parurent les premiers symptômes de défiance envers le libre-échange. En 1881, la National fair-trade league était créée pour provoquer une agitation en vue d'obtenir une modification de la politique douanière. Ses

(1) Loi du 26 juin 1893.

fondateurs voulaient empêcher « les produits des Etats étrangers qui se refusent à traiter équitablement les produits du Royaume-Uni, de venir concurrencer indûment sur les marchés britanniques les produits du travail national, et provoquer, au moyen d'une union commerciale entre la mère-patrie et ses colonies et dépendances, une extension du commerce dans l'Em pire même ».

La doctrine que le libre-échange est bon pour la nation qui l'adopte, quelle que soit la politique des autres nations, était combattue par celle suivant laquelle le free-trade n'est efficace qu'autant qu'il y a réciprocité. La ligue déclarait nettement l'échec du libre-échange, dans (( son dessein d'assurer des marchés libres pour les articles anglais dans les pays étrangers, en échange de la libre admission des leurs sur le marché anglais », et elle affirmait que les faits ont montré que cet insuccès a eu une répercussion défavorable sur la prospérité de la nation, et met en danger l'emploi régulier et le bien-être futur des classes ouvrières. Les fairtraders étaient en avance sur l'opinion publique: la politique de représailles, les idées d'union douanière avec les colonies ne rencon-

traient encore que fort peu de partisans. Ils essayèrent vainement, aux élections générales de 1885, de faire triompher leur programme : ils furent piteusement battus (1).

La dépression agricole n'a fait qu'aller en s'aggravant pendant les vingt dernières années. Les agriculteurs avaient trouvé d'abord quelque compensation aux déboires que leur faisait éprouver la culture du blé, dans l'élevage et l'augmentation des produits de la laiterie. Mais, à partir de 1884, le prix de la viande, qui

(1) La National fair trade league énumérait ainsi les différentes parties de son programme :

I. Tous les traités de commerce contenant des arrangements douaniers devront pouvoir être dénoncés par un avis donné un an à l'avance, et ils contiendront une clause spécifiant que la clause de a la nation la plus favorisée » accordée à un Etat étranger, ne s'appliquera pas à l'avenir aux arrangements préférentiels conclus entre le Royaume-Uni et ses colonies ou dépendances.

II. Les matières premières destinées à l'industrie nationale ne seront frappées d'aucun droit, de quelque pays qu'elles viennent, afin de faciliter la vente de nos articles manufacturés.

III. Des droits d'importation frapperont les produits des pays étrangers qui refusent de recevoir nos produits manufacturés,en franchise, ou à des conditions équitables [in free or fair exchange].

IV. Un droit modéré sera imposé sur les produits alimentaires venant des pays étrangers, tandis que les mêmes produits venant de toutes les parties de l'Empire seront admis en franchise.

s'était maintenu jusqu'alors, se mit à baisser à son tour, et, bientôt après, il en fut de même pour les produits de la laiterie (1). Malgré leurs efforts, les agriculteurs anglais n'ont pu lutter efficacement contre la concurrence étrangère amenée par l'accroissement continu des facilités de transport.

Suivant M. Turnbull, le revenu brut agricole du Royaume-Uni, provenant de l'élevage et de la culture (à l'exception des fruits, du houblon et des légumes autres que les pommes de terre) est tombé successivement: de 193.892.000 liv. st. pour les cinq années 1882-87, à 175.802.000 liv. st. pour les cinq années 1887-92,

(1) Étendue consacrée à la culture des céréales. Acres: (000 omis) ; moy. annuelle.

Fromenl 3.671 2.564 1.808

Autres céréales 7.724 7.101 6.760

Total des céréales 11.395 9.665 8.566

Prairies (artificiell'js et naturelles) . 23.605 26.877 28.346 D'après les Statistical abstracts.

Mouvement des prix des produits agricoles

moy. annuelle; les prix en 1871 = 100 Viande Blé de bœuf de mouton lait œufs

D'après le Report on Wholesale andretail priées ; 321 ; 1903

et 161.622.000 liv. st. pour les cinq années 1892-97. Soit une diminution de 16.5 0/0 de la dernière période sur la première, et une perte déplus de 750 millions de francs (1). L'extension de l'élevage au détriment de la culture des céréales a eu naturellement pour résultat d'activer le dépeuplement des campagnes, commencé déjà par les tentations qu'olïrent les grandes villes aux travailleurs agricoles (2). Ceux qui sont restés, grâce à cette raréfaction de la main-d'œuvre, n'ont pas supporté le poids de la crise : leur salaire nominal a continué a s'élever en même temps qu'ils bénéficiaient de la baisse des prix. Le poids de la dépression agricole a porté tout entier sur les fermiers d'abord, puis il s'est étendu graduellement aux propriétaires fonciers, à mesure que les fermages ont dû s'ajuster aux conditions nouvelles :

(1) Cité par sir Vincent H. -P. Caillard : Impérial fiscal reforni, p. 117.

(2) Nombre d'individus occupés par l'agriculture en An-

gleterre et dans le pays de Galles (000 omis).

De moins 20 ans et Tntai

de 20 ans au-dessus

Fiscal Mue book ; 1903 ; Gd. 1761, p. 363.

La baisse de ceux-ci, variable naturellement suivant les régions, s'est élevée dans certaines, jusqu'à 50 0/0. En 1893, une nouvelle Commission royale était nommée pour étudier la situation de l'agriculture. L'enquête témoigna d'un changement considérable clans les esprits à l'égard du libre-échange. « Le remède suggéré par la majorité des témoins à l'état actuel des choses — dit le rapport, — est un retour aux mesures de protection, et il est impossible d'ignorer qu'un grand nombre d'agriculteurs partagent cette opinion (1) ». Malgré leur désir de voir abandonner le free-trade, la plupart des témoins reconnurent cependant qu'ils avaient peu de chance d'obtenir un semblable changement de politique. Quant à la Commission, la majorité de ses membres déclara dans le rapport final que les effets de la politique protectionniste en Allemagne et en France ne leur paraissaient pas encourageante, ces pays n'ayant, pas plus que l'Angleterre, réussi à éviter une « sévère dépression agricole » .

L'agriculture n'occupait plus une place assez importante dans la vie économique et politique

(I) Final report, 1897; C. 8540, p. 161, par. S.

de la Grande-Bretagne pour susciter en sa faveur un mouvement d'opinion, qui devrait avoir pour résultat un renchérissement du prix de la vie pour la masse de la population. Dans la Grande-Bretagne d'aujourd'hui, c'est l'industrie qui domine : c'est-elle et les masses ouvrières qu'elle occupe qui imposent leur volonté. La réaction contre le libre-échange ne pouvait devenir sérieuse que lorsqu'elle trou verait un appui dans la population industrielle. Le Gouvernement n'est cependant pas resté sourd aux plaintes des propriétaires et des agriculteurs. La taxation locale pèse lourdemen sur la propriété foncière : depuis 1888, le Gouvernement impérial est venu en aide aux budgets locaux, en leur octroyant des allocations de plus en plus importantes. Puis, en 1896, sur la recommandation de la Commission agricole, YAgricultural rates act a allégé de moitié la part contributive aux taxes locales des terres affectées à l'agriculture (1). Enfin, la loi de 1894 sur la police sanitaire — le diseases of aminals act — qui restreint considérablement la faculté d'importer des animaux vivants cache,

(1) Cette loi votée pour 5 ans a été renouvelée en 1901, pour une période de même durée.

sous son but avoué, un dessein de protection économique.

La Commission de 1885, sur l'état du commerce et de l'industrie, résumait ainsi son enquête : (( Nous avons montré que tandis que la production générale de la richesse dans le pays est allée croissante, sa distribution a subi de profonds changements ; que ces changements ont eu pour effet de donner une plus grande part qu'autrefois au consommateur et au travailleur, et de contribuer ainsi à une distribution plus égale ; que la condition de la classe qui dépend du produit du sol n'est pas satisfaisante, et que le nombre des sans-travail est un fait d'une sérieuse gravité; mais que la condition générale du pays est encourageante pour l'avenir ; que l'industrie, quoique laissant moins de profit, montre peu de tendance à diminuer en volume ; mais que par suite de la nature des temps la demande pour nos produits ne croît pas avec un taux aussi rapide qu'antérieurement ; que notre capacité de production excède par suite nos besoins, et peut en outre être accrue très rapidement ; que ceci est dû en partie à la grande quantité de capital qui est constamment accumulée dans le pays, en partie

à l'élan donné à la production par les événe nements de 1870-71, qui a été maintenu plus longtemps qu'il n'était justifié par les demandes, et en partie à la chute du pouvoir d'achat d'au moins un groupe important de la communauté (1) ; que notre situation comme la première nation manufacturière du monde n'est plus aussi assurée qu'antérieurement, et que les nations étrangères commencent à nous concurrencer démesurément sur plusieurs marchés où nous avions autrefois un monopole (2) ».

Ces concurrences nouvelles, sur lesquelles les commissaires appelaient l'attention des industriels, allaient bientôt faire naître des appréhensions considérables. Habitués au quasi-monopole universel dont ils avaient joui pendant un demi-siècle, les industriels anglais semblaient ne pas envisager la possibilité de s'en voir dé" posséder un jour. La reprise des affaires pendant la période 1888-90 parut donner un démenti aux pessimistes qui, adhérant aux idées de fair-tradc, demandaient un changement de politique commerciale. Mais les années 1891-98 virent une nouvelle rechute. De nouveau, le

(1) La population agricole.

(2) Final report, 18S6 ; G. 4393, p. XXIII.

nombre des sans-travail augmenta, et les statistiques du commerce extérieur enregistrèrent une diminution dans le chiffre des exportations. Sur ces marchés où ils écoulaient autrefois si aisément leurs produits, les industriels et les commerçants anglais voient les affaires devenir plus difficiles. Des nations qu'ils approvisionnaient jusqu'alors se hâtent de développer leur industrie pour faire face à leurs propres besoins. L'Allemagne, puis les États-Unis se lancent, comme l'avait fait jadis l'Angleterre, dans la voie de l'industrialisation à outrance. Non contents de produire pour le marché national, les Allemands, puis les Américains cherchèrent bientôt de nouvelles sources de bénéfices sur les marchés extérieurs, et ils entamèrent la lutte contre les produits anglais sur les marchés neutres, dans les pays où l'industrie nationale est encore dans l'enfance.

Un cri d'alarme retentit alors en Angleterre. Les rapports consulaires signalent la concurrence heureuse que les Allemands font à l'industrie anglaise sur tous les marchés. Le (( Péril allemand » devient, dans les revues, les discours, les documents officiels, une véri" table obsession, et le petit ouvrage de E.-E.

Williams, publié en 1896 : « Made in Germany » popularise la terreur de ce danger nouveau. Au péril allemand vient se joindre peu de temps après le « Péril américain». Dans une enquête sur le commerce dans l'Empire britannique (1), les gouverneurs des colonies signalent la concurrence des produits américains à l'égal de celle des produits allemands. Et, au livre de Williams, s'ajoutent, en 1901, un pamphlet de Fred. A. Me Kenzie : Les envahisseurs américains, et l'année suivante, L'invasion américaine de sir Christophe Furness. « L'entreprise, l'énergie, l'indépendance amé ricaines triomphent aujourd'hui dans la lutte pour le commerce, dans de nombreux pays, des industriels anglais, — écrit le premier ». « Presque simultanément, avec l'apparition des États-Unis, comme une puissance conquérante et colonisatrice, — écrit le second, — l'Europe a été épouvantée par la vue d'une Amérique sortant de ses frontières et s'avançant dans l'arène, armée de pied en cap, comme un géant industriel, d'une puissance presque irrésistible, avec la détermination ouvertement

(1) Trade of the british Empire and foreign compétition,

proclamée de conquérir les marchés du monde et la suprématie économique universelle ». De ces concurrents, ce sont les derniers venus qui paraissent les plus redoutables pour l'avenir : (( Les Etats-Unis, avec les avantages naturels qu'ils possèdent et leur population rapidement croissante, deviendront vraisemblablement un adversaire commercial encore plus dangereux que l'Allemagne elle-même », conclut, après une courte étude comparative, un document officiel récent (1). Et, au retour d'une enquête en Amérique, faite à la fin de 1902, M. Mosely écrit : (( Le marché intérieur des Etats-Unis est à l'heure actuelle tellement absorbé par son propre développement, que les Américains n'ont pu accorder encore que peu d'attention au commerce extérieur ; mais dans quelque temps, lorsque les nombreuses usines qui se construisent seront en pleine activité, L'Amérique deviendra un des concurrents les plus redoutables sur les marchés du monde (2) ».

« La suprématie industrielle de la Grande

(i) Mémorandum de A.-E. Baleman, 1902: Comparative statistics of population, industry and commerce ; Cd. 1199, p. 26.

(2) Reports of the Mosely industrial commission, 1903, préface, p. 7.

Bretagne a été longtemps un axiome. Elle devient rapidement un mythe (1) ». Cette constatation affligeante s'impose aux économistes et aux industriels. « Notre accablante suprématie industrielle, — écrit un attachécommercial, dans uneétude surle commerce anglais de 1885à 1895, — n'est plus le fait assuré quelle a été. Nous ne sommes plus dans l'enviable situation d'autrefois, où nous ne rencontrions sur les marchés du monde aucuns concurrents sérieux pour nos produits manufacturés. Le bon vieux temps n'est plus : par suite de l'évolution et des progrès de toutes les nations, nous devons faire face maintenant à des conditions nouvelles (2) » . Un industriel de Manchester ne craint pas de dire : « Il nous est difficile d'imaginer que l'Angleterre puisse avoir atteint un moment critique de son histoire, ou que sa position nationale et industrielle puisse être sérieusement en péril... Il n'y a aucun doute que la nation s'est endormie dans une fausse sécurité, d'où elle sera tirée par un rude réveil... La productivité de nos rivaux va croissant dans

(1) E.-E. Villiams; « Made in Germany », p. 1.

(2) William S. -H. Gastrell: Our trade in the wold in relation to foreign compétition, 4885 to 4895 ; p. 2.

toutes les branches, tandis que la nôtre décline ; le centre industriel se déplace : il passe de l'Angleterre aux États-Unis et à l'Allemagne. . .(1)». Et le même document officiel cité plus haut, consacré à une étude comparée du développement économique de la Grande-Bretagne et de ses principaux concurrents dit : « Si la paix n'est pas troublée, l'Allemagne et les États-Unis verront croître certainement le taux de leur mouvement progressif. La concurrence que ces pays nous font sur les marchés neutres, et même sur notre marché national, à moins que nous nous montrions nous-mêmes actifs, deviendra de plus en plus sérieuse (2) » .

Les statistiques indiquent nettement, d'ailleurs, le ralentissement dans le développement des exportations. De 1850 à 1873, le chiffre de celles-ci a été en augmentant avec une rapidité extraordinaire. A partir de cette dernière date, et tout en tenant compte du caractère anormal offert par les années 1871 à 1873, l'élan paraît brisé : de 1850-54 à 1865-69, l'accroissement a

(1) F. Merttens : The growlh of foreign compétition. Communication à la « Manchester statistical society », 24 avril 1901.

(2) Cd. 1199; p. 30.

été de 122 0/0 ; de 1875-79 à 1900-02, il n'a été que de 38 0/0, et encore ce chiffre n'est-il dû qu'à l'augmentation de la moyenne des trois dernières années :

Valeur totale des exportations (sauf les navires)

Moyenne annuelle, en millions de liv. st. (1)

L'analyse des statistiques des vingt dernières années montre mieux encore les difficultés que rencontrent les industriels anglais sur les marchés extérieurs.

Valeurs des exportations des principaux produits britanniques

Moyennes quinquennales.

Millions de liv. st. (2)

Textiles 107

Produits métallurgiques. 40

Charbon 10

Autres articles. . 67

(1) D'après Je fiscal blue book, Gd. 1761 ; p. 97.

(2) D'après A.-L. Bowley : National progress in wealth and trade, p. 51.

La valeur de l'exportation des textiles a diminué ; celle des produits métallurgiques ne s'est que faiblement accrue. L'augmentation de la dernière période est due à un accroissement de l'exportation du charbon, qui a presque triplé, et des articles divers. Ces deux dernières classes qui, en 1883-87 ne formaient que 34 0/0 de l'exportation totale, y entraient en 1898-02 pour 44 0/0 : c'est un changement important dans la nature des produits exportés.

Dans l'industrie cotonnière, l'exportation des filés a diminué en quantité et en valeur, et cette baisse n'a été que tout juste compensée par une augmentation dans l'exportation des cotonnades en pièce, pendant la dernière période (1) :

Exportation des filés — — — —

de coton 12 12 9 8

Exportation des cotonnades en pièce. 58 60 56 61

Quant à l'industrie lainière, la légère aug mentation dans l'exportation des filés n'a pu

(1) D'après A.-L. Bovvley, op. cit., p. 46.

compenser la baisse de l'exportation des tissus (1) :

Exportation des filés — — — —

de laine 5.2 5.2 6.6 6.0

Exportation des tissus de laine 19.5 19.6 16.9 14.7

Enfin, l'industrie métallurgique ne témoigne d'un progrès sérieux que dans une de ses branches : l'exportation des outils et machines (2) :

Quincaillerie et coutellerie 3.1 2.7 2.0 2.1

Outils et machines 12.6 15.9 15.7 18.9

Articles divers en fer et en

acier. 15.4 16.8 13.1 16.9

Fer-blanc 4.7 6.1 3.9 3 6

Fer en saumon et puddlé.. 2.8 2.6 2.3 3.9 Acier en lingots, en barres

et en feuilles 1.4 1.7 2.2 3.0

Or, tandis que les exportations du Royaume Uni n'augmentaient plus que si lentement pendant les vingt dernières années, celles de

(1) D'après A.-L. Bowiey, op. cit., p. 48.

(2) D'après A.-L. Bowiey, op. cit., p. 49.

l'Allemagne et des Etats-Unis se développaient avec rapidité :

Chiffre des exportations (Ccc spécial). Moy. ann. (Millions de liv. st.) (1)

Augmentation de 1896-1900 sur 1880-84

Quantité

Proportion

Royaume-Uni .

Allemagne

Etats-Unis. . . .

La part prise par l'Angleterre dans les importations des pays étrangers allait constamment en diminuant:

Proportion des importations totales venant du Royaume-Uni (moy. ann.) (2)

Europe (moins l'Autriche — — — —

Hongrie) 18 17 16 15

Egypte 39 37 34 38

États Unis, (

République Argentine, < 26 25 24 21 Uruguay et Chili. (

Chine 25 21 18 17

Japon io 34 33 21

(1) Mémorandum, Cd. 1199, p. 10.

(2) Mémorandum, Gd. 1199, p. 22.

Mais ce n'était pas seulement sur les marchés étrangers (1) que l'Angleterre éprouvait les effets de la concurrence allemande et américaine. Elle la ressentait vivement dans ses propres colonies, où elle se voyait enlever une partie de l'augmentation de leur commerce, qu'elle s'était crue assurée de garder (2) :

(1) D'après le mémorandum de M. A. -S. Bateman ; Cd. 1199.

cri o

Augmenta -/Millions «l'on des im-l de £. + 309.733 + 3.827 + 22.401 + 13.544 + 20.062 portations *

tot£!,eso?n[re) P-100- + 4i- + **.l + 13.7 +61.0 +356.7

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(2) Mémorandum, Cd., 1199.

1884-85 1890-92 I89;i-9o 1898-1900 (Millions de liv. st.)

Valeur totale des impor- — tations des possessions et colonies britanniques (moy. ann.) 194 226 21G 268

Part dans ces importations :

(Pourcentage)

Du Royaume Uni 54 51 52 45

De l'Allemagne 0.8 2.4 2.1 2.8

Des États-Unis 8.6 8.1 8.5 11.8

L'ardeur avec laquelle l'Allemagne poursuit la lutte sur tous les marchés, le développement industriel extraordinaire manifesté par les Etats-Unis pendant la dernière décade, éveillent des craintes sérieuses en Angleterre. On étudie de près la situation, et cet examen amène des aveux désagréables. Les membres du Comité de l'éducation technique du Conseil de Comté de Londres, déclarent, après une en quête faite au cours de 1902, qu'il leur est impossible de résister à la conclusion que « pendant les vingt ou trente dernières années, l'Angleterre, par suite de la concurrence des pays étrangers, a perdu certaines branches d'industries, et que, dans plusieurs autres branches, les industriels anglais se sont laissé dis" tancer par leurs rivaux étrangers ». Ils ci-

tenl parmi les industries ayant le plus souffert: les industries chimiques, notamment celles des couleurs d'aniline et autres produits tirés du goudron, les industries électriques, la fabrication des instruments d'optique, l'industrie mécanique (1). Les industries fondamentales elles-mêmes : textiles, métallurgie semblent également menacées. « Notre industrie cotonnière — dit M. Merttens, membre de la société de statistique de Manchester, — n'a pas seulement à redouter le développement de cette industrie en Amérique et en Allemagne. Elle souffre d'une cause plus sérieuse : la concurrence que nous fait la production nationale dans les divers pays. Notre exportation a été probablement plus atteinte par la construction de filatures et de tissages chez nos clients, un peu partout, dans le monde entier, que par les progrès de nos rivaux [dans le commerce international]. Nous n'expédions pas moins, annuellement, de 6 millions de liv. st. de machines pour l'indus trie textile, et comme cette exportation augmente chaque année, et que, après tout, la con-

(1) London county council, Technical éducation board, report of the spécial sub-committee on the application of science to industry, 15 th. july, 1902.

sommation des articles de coton est limitée, nous ne pouvons guère espérer voir se développer nos exportations de cotonnades, nous devons plutôt nous préparer à voir se produire une contraction (1) ». L'avenir ne paraît guère plus favorable au même auteur, en ce qui concerne l'industrie métallurgique : « Les grandes réserves de l'Amérique, et les richesses minérales de l'Allemagne, plus limitées, mais seulement partiellement entamées encore, comparées à nos dépôts presque épuisés de minerai de fer, de cuivre, de plomb, d'étain, de zinc, constituent une sérieuse menace pour notre industrie. . . Les Etats-Unis et l'Allemagne ont d'importants avantages dans la possession de plus grandes ressources minérales, et dans les conditions de production et de distribution. Il est vraisemblable que non seulement ces pays fourniront aux nations étrangères le fer, l'acier, le cuivre, le plomb, l'étain et le zinc à l'état brut, mais encore que nous serons obligés de leur acheter la quantité de ces métaux dont nous aurons besoin (2) ».

(1) F. Merttens, op. cit., p. 121,

(2) F. Merttens, op. cit., p. 125.

De son côté, le professeur W. J. Ashley (1) analysant les exportations anglaises pendant les vingt dernières années remarque que « les industries les plus anciennes et les plus importantes déclinent visiblement dans leurs exportations ou ne se maintiennent qu'avec une difficulté croissante » :

Proportion des industries fondamentales dans la valeur des exportations totales (2)

3 principales Industrie

industries textiles métallurgique

« La valeur totale des exportations n'a pas^ à vrai dire, décliné de la même manière que la valeur de ces exportations particulières. La place de celles ci a donc été prise dans une certaine proportion par d'autres produits » . De ces derniers, le plus important est le charbon : «Entre 1850 et 1900, — dit M. D.-A. Tho-

(1) VV.-J. Ashley, prof, of commerce in the university of Birmingham: The tariff problem, p. 67.

(2) D'après le prof. Wagner : « Agrar-und Industriestaat », 2e éd., p. 210; cité par Ashley, op. cit., p. 68.

mas, qui a fait une étude approfondie de cette question (1), — tandis que la quantité de charbon produite dans le Royaume-Uni et retenue pour la consommation nationale a plus que triplé, ou, par tête, un peu plus que doublé, l'exportation, en comprenant le charbon embarqué pour l'usage des vapeurs engagés dans le commerce étranger, a crû 15 fois, et a passé d'une proportion de 6,8 0/0 à 26 0/0 de la production totale. En valeur, cette exportation a progressé de 2 0/0 des exportations totales en 1850, [à 4,8 0/0 en 1880], et plus de 16 0/0 en 1900. En tenant compte des prix ex ceptionnels atteints par le charbon en 1900. il

(1) D.-A. Thomas: « The growth and direction of our foreign trade in coal » ; Journal of the royal statistical sociely , 30 sept. 1903.

Production 1 du charbon dans le Roy. -Uni.

Exp.de charbon,

| coke, et charbon

de soute.

, p. lOOdel'expor- ' tation à la production.

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Valeur des ex- | poriations du charbon.

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des cxp. totales.

millions

de tonnes

millions

de tonnes

millions livr. st.

millions livr. st.

n'en résulte pas moins qu'il y a eu [dans les dernières années] une très grande augmentation dans l'importance relative de notre commerce étranger en charbon , que l'on compare la quantité exportée à la production totale, ou la valeur du charbon exporté à celle des exportations totales ». « En exportant son charbon, — dit le professeur Ashley, — la Grande-Bretagne vit évidemment sur son capital, car il ne pourra jamais être remplacé, et, suivant l'obser vation d'Adam Smith : ce qui serait une folie dans le cas dune famille, ne peut guère être considéré comme de la sagesse dans le cas d'une nation... L'ironie de la situation est accentuée encore par le fait que le charbon sans fumée, si précieux pour la marine, qui forme une grande partie de notre exportation de charbon, est une des plus importantes munitions de guerre (1) ». Indépendamment du charbon, les principaux produits dont l'exportation a été croissant dans les vingt dernières années ont été : les vêtements confectionnés, les condiments, confitures et fruits conservés, les toiles cirées, les articles de caoutchouc, le savon, les meubles,

(1) W.-J. Ashley. op. cit., p. 104.

articles de bureau et de tapisserie, les cordes et ficelles, et surtout les spiritueux (1). N'est-ce pas là l'indice d'un changement important dans l'organisation de l'industrie anglaise ? Ces industries sont précisément celles où « la masse du travail employé est du travail bon marché et inexpérimenté (unskilied)... L'Angleterre, moins sûre des industries qui exigent un apprentissage et assurent l'indépendance, se tourne apparemment de plus en plus vers les occupations pour lesquelles elle jouit d'un avantage sur l'Amérique et ses colonies mêmes, par suite de la présence chez elle d'une masse de travail bon marché, inférieur et docile (2) ». Ce n'est pas seulement, d'ailleurs, sur les marchés étrangers et les marchés coloniaux que les industriels allemands et américains concurrencent les produits anglais : c'est sur leur propre

(1) D'après W.-J. Ashley, op. cit., p. 106.

Progression des exportations de 8 industries (milliers de liv. st.)

mov ann vêtements toiles articles de condiments,

y" ' confect. cirées caoutchouc confitures, etc.

moy^ann. savon ™™^ «g», spiritueux

(2) W.-J. Ashley, op. cit., p. 110.

marché qu'ils les attaquent, souvent avec succès. Les statistiques des dix dernières années indiquent nettement un accroissement de Fimpor tation des articles partiellement ou entièrement manufacturés venant de l'Allemagne et des Etats-Unis dans le Royaume-Uni, tandis que l'exportation des mêmes articles d'Angleterre en Allemagne témoigne une tendance contraire, et que l'exportation des produits manufacturés anglaisaux Etats Unisa baissé de250/0endixans:

Importation des articles Exportation des articles

manufacturés d'Allemagne manufacturés d'Angleterre

(et de Hollande) en en Allemagne

Angleterre (et Hollande)

moyenne ann., millions de moyenne ann., millions, de liv. ster. liv.ster.

Importation des ai manufacturés des Etats-Unis Angleterre

ticles en

Exportation des articles

manufacturés

d'Angleterre aux

Etats-Unis

moyenne ann. millions de moyenne ann., millions de liv. ster. liv. ster.

La concurrence allemande et américaine pa raît plus redoutable encore par la forme qu'elle prend. A l'abri des barrières douanières éle-

vées pour favoriser le développement de Tin dustrie nationale, les industriels de ces pays ont pu organiser leurs cartels et leurs trusts, véritables machines de guerre dirigées contre les au très nations. Assurés contre la concurrence étrangère sur le marché intérieur, capables de maintenir sur ce marché, grâce aux droits de douane, des prix artificiellement élevés, cartels et trusts peuvent impunément jeter sur les mar chés extérieurs l'excédent de leur production à desprix tellement bas, parfoismême inférieurs au prix de revient, qu'ils rendent la lutte impossible à leurs adversaires. C'est la fameuse politique du dumping, dont M. Chamberlain et les néoréformateursdouaniers ont fait tant de bruit dans la dernière campagne. Suivant eux, cette politique ne peut être regardée comme temporaire: (( Elle est le résultat naturel et véritable de l'évolution industrielle au point où elle est arrivée. A l'intérieur, elle consolide le marché et assure une plus grande régularité du travail ; à l'extérieur, c'est une arme dans la lutte commerciale entre nations, dont on ne peut espérer voir aucune d'elles consentiràsepriver (1) ».

(1) W.-J. Ashley, op. cit., p. 131.

La discussion de ces statistiques, de l'importance de la concurrence étrangère, de la situation faite à l'industrie nationale par les changements récents survenus dans le monde économique, s'est poursuivie d'une manière incessante pendant les dernières années. Après les revues et les publications spéciales, les grandes revues, puis les magazines ont discuté à leur tour ces questions si graves pour l'avenir de la Grande Bretagne. Le sentiment de sécurité qui dominait dans l'opinion publique a fait place à une vague inquiétude. Sous l'influence de ces appréhensions, la foi dans la politique suivie depuis un demi-siècle a été ébranlée et les fair traders qui, en 1885, n'a vaient pu, malgré leurs efforts, créer qu'une faible et éphémère agitation, ont vu leurs rangs grossir rapidement.

Les publicistes et les économistes qui avaient jeté le cri d'alarme attribuaient à la politique protectionniste, la cause principale du dévelop-

pement rapide et extraordinaire des industries allemande et américaine. « Derrière le mur de la protection, d'autres nations ont appris à fabriquer nos propres spécialités aussi bien que nous mêmes, et ont ainsi réalisé ce vaste changement dans le monde industriel qui a eu lieu depuis que le Royaume-Uni s'est engagé dans la politique du free-trade, et qui commence à montrer que rattachement inébranlable à cette politique, devenue une partie de l'évangile anglais, est une erreur (1) ».

Les statistiques ne montraient-elles pas, d'autre part, que le renouveau de la politique protectionniste dans un certain nombre de pays pendant les vingt-cinq dernières années avait fortement atteint l'industrie anglaise? Le chiffre des exportations de l'Angleterre aux principaux pays protégés est demeuré stationnaire ou presque ; le développement des exportations n'a été dû qu'aux transactions avec les autres pays, et la part de ces derniers dans les exportations totales de l'Angleterre va continuellement en augmentant, au détriment de celles des pays protectionnistes.

(1) Sir Vincent Ciillard, op. cit., p. o2.

Exportation totale des produits d'origine anglaise (1)

Aux pays et colonies A Ions les autres pays

protectionnistes et colonies

Millions £ 0/0 Millions £ 0/0

Exportation des produits entièrement et partiellement manufacturés

« L'étude des faits amène forcément à conclure que la politique du free-trade en Angleterre, existant concurremment avec la politique protectionniste en Allemagne, est en grande partie responsable de l'avance qu'a

(1) D'après le Fiscal bine book, Cd. 1761, p. 16 et 17.

Les pays étrangers et les colonies protectionnistes sont : Russie, Allemagne, France, Belgique, Hollande, Espagne, Portugal, Italie, Autriche-Hongrie, Etats-Unis, Canada et Victoria.

faite l'Allemagne aux dépens de l'Angleterre. Notre politique fiscale demande donc à être modifiée, sinon refondue. La conclusion est inévitable (1) ». Ne serait ce pas folie pour l'Angleterre de rester obstinément fidèle au free-trade, dans un monde protectionniste, au milieu de nations toutes plus acharnées les unes que les autres à s'abriter derrière des droits de douane de plus en plus élevés ?

Et, en vérité, cette situation n'est elle pas plu tôt une caricature du libre-échange, que le libreéchange même ? « L'Angleterre n'a que la liberté des importations, puisque à l'entrée de la plupart des marchés, et des plus importants, ses produits doivent acquitter des droits élevés. N'y a t-il pas dans ce fait seul, pour l'industriel anglais, un élément d'infériorité considérable? L'industriel allemand et américain peut travailler à la fois pour son marché national, où le tarif douanier lui donne en fait un monopole, et pour le marché anglais, sur lequel ses pro duits entrent en franchise. C'est en réalité un marché de 42 millions d'individus qui s'ajoute à son propre marché. Les Allemands ont ainsi

(1) E.-E. Williams, op. cit., p. 164.

un libre champ d'action sur un marché de [42 + 58] 100 millions d'individus, dont plus de la moitié leur est réservé et les Américains peuvent envisager un marché de [42 + 78] 120 millions d'individus, sur les deux tiers duquel ils ont une situation privilégiée. L'industriel anglais, au contraire, par suite de l'absence de droits de douane à l'entrée du Royaume- Uni, n'est même pas sûr de son marché national. Gomment un esprit raisonnable peut-il lui demander de montrer la même puissance compétitive que ses adversaires? Il lui est aussi impossible de le faire que pour une maison avec une petite clientèle de lutter contre une maison avec une grande clientèle. . . Les free imports nous ont fait perdre notre suprématie dans le commerce extérieur, et elles mettent en péril notre existence même sur le marché intérieur. Elles font de nous de plus en plus une nation de distributeurs et d'intermédiaires... (j) ».

Les exigences des trade-unions relativement à la durée et aux conditions du travail, et à l'élévation des salaires étaient invoqués également en faveur d'une modification de la politique com-

(1) The econoinices of Empire, National review septembre 1903, supplément, p. 68 et 12

merciale. Le travail des ouvriers anglais, plus onéreux et moins intensif que celui des ouvriers allemands et américains, ne met-il pas dans un état d'infériorité évidente l'industriel anglais? Si les classes ouvrières veulent conserver leur situation privilégiée, le seul moyen efficace n'est-il pas de les protéger contre le travail meilleur marché de leurs concurrents étrangers ?

Ce sentiment de réaction contre le libreéchange se montra, à vrai dire, avec plus de vivacité tout d'abord chez les publicistes et un certain nombre d'économistes, prompts à construire des systèmes et à édifier des théories, que dans les classes industrielles elles-mêmes et dans le monde politique. Pourtant ce nouvel état d'esprit laissait l'opinion publique indécise en face de propositions qu'elle eût repoussées autrefois sans aucu ne hésitation. Et, dans ces dernières années, un certain nombre de mesures législatives ont été adoptées qui témoignent de l'affaiblissement général dans la foi libre-échangiste.

En 1887, à la suite de la grande enquête sur la situation du commerce et de l'industrie, qui avait appelé l'attention sur la concurrence

allemande naissante, le merchandise marks act était voté. Cette loi avait pour but d'empêcher l'emploi par les industriels étrangers sur leurs produits de marques suggérant une origine anglaise. On prétendait que grâce à ce subterfuge un grand nombre d'articles étrangers s'écoulaient dans les colonies, dont les acheteurs n'auraient pas voulu, si leur provenance réelle avait été connue. Les articles étrangers portant une marque de cette nature, importés dans le Royaume-Uni, durent à l'avenir être revêtus de la mention « made abroad » ou d'une mention spécifiant le pays de provenance. Le but poursuivi n'a d'ailleurs pas été atteint : les acheteurs des colonies sont, dans bien des cas, restés fidèles aux produits dont ils avaient l'habitude et qui, en général, étaient meilleur marché que les produits anglais, mais, connaissant le pays de fabrication, ils ont adressé directement leurs commandes au producteur, au lieu de passer comme autrefois par l'intermédiaire d'une maison de commission de Londres.

En 1897, une loi restrictive recevait l'adhésion du Parlement : le prison-made goods act prohibe l'entrée dans le Royaume-Uni de toutes

marchandises fabriquées entièrement ou partiellement dans une prison, une maison de correction ou un pénitencier étranger.

Ces temps derniers, les tendances nouvelles se sont manifestées avec plus de netteté encore. En 1901, une Commission était nommée pour étudier la question des subventions données dans les pays étrangers à la marine marchande et leurs effets sur le commerce anglais. Le rapport reconnaît que ces subsides ont favorisé le développement de la concurrence contre l'industrie britannique et favorisé le transfert de ports anglais à des ports du continent de quelques branches du commerce colonial et étranger. Sans doute, les commissaires ne conclueut pas à l'imitation de cette politique, mais ils suggèrent une mesure qu'on n'eût assurément pas osé proposer il y a une vingtaine d'années. Ils conseillent de réserver le cabotage dans la métropole et les colonies, où il est ouvert à tous les pavillons, depuis un demi siècle, aux navires anglais et coloniaux et aux navires des seules nations qui concèdent le même privilège au pavillon anglais. Et la conclusion du fameux « Trust de l'Océan », qui a causé un réel émoi dans le public, a dé-

cidé le Gouvernement à se départir de son attitude traditionnelle et à prêter son appui financier à une compagnie de navigation. Estimant que la marine anglaise ne possède pas de vapeurs dotés d'une vitesse égale à celle des navires allemands, et que le monopole de cette vitesse par une compagnie étrangère est pour l'Angleterre une cause d'infériorité, le Gouvernement a fait avec la compagnie Cunard un accord par lequel celle-ci, en échange d'avances très libérales, s'engage à construire deux navires à grande vitesse pour la navigation de l'Atlantique (1).

L'acceptation donnée par le Gouvernement anglais à la Convention sucrière de 1902, est une autre manifestation de l'esprit interventionniste qui gagne peu à peu du terrain. Tout récemment, en mars dernier, le Gouvernement vient de présenter encore un projet de loi qui en témoigne. Conformément au rapport d'une Commission, qui avait été chargée d'étudier les critiques soulevées depuis quelques années par l'immigration sans restriction des étrangers, il propose de la réglementer, et il demande no

(1) Convention du 30 juillet 1903; Gd. 1703.

tammentle droit pour l'administration de pouvoir interdire l'entrée en Angleterre des indi vidus n'ayant aucuns moyens visibles ou vraisemblables d'existence.

Cette série de mesures indiquent bien que les Anglais ne considèrent plus de la même façon qu'il y a une trentaine d'années le rôle du Gouvernement à l'égard des questions pure ment économiques. C'en est fait de l'abstention intransigeante dans laquelle on exigeait qu'il demeurât; on accepte aujourd'hui de le voir, à l'occasion, s'en départir. Ecrivant, il y a peu de temps, un chapitre destiné à mettre au courant l'ouVrage classique de lord Farrer « The state in Us relation to trade », sir Robert Giffen; indiquant les atteintes portées dans ces dernières années au free-trade, tel que l'entendait lord Farrer, critique quelque peu le dogmatisme de l'auteur, et déclare que « il est juste d'admettre que beaucoup de choses peuvent être faites pour des motifs politiques, qui ne sauraient être approuvées si les questions économiques étaient seules en jeu ». Le libre-échange a perdu dans l'opinion publique la situation particulière qu'il occupait. Il a cessé d'être pour elle un dogme, un principe intangible et

comme sacré ; ce n'est plus désormais à ses yeux qu'une politique comme une autre, de laquelle des questions d'opportunité peuvent amener à se départir, dont on estime que l'application absolue puisse, dans certaines circonstances, devenir un danger.

Les attaques contre la politique actuelle, d'abord intermittentes, isolées, purement occa sionnelles, se sont précisées, régularisées peu à peu, et, finalement, elles ont abouti à la for mation d'une école économique « impérialiste » ou, comme certains auteurs l'appellent, a constructive (1)». Les partisans de ces idées décla rent demeurer fidèles à la théorie libre échangiste, mais ils affirment que le système existant,

(1) Les principales études publiées pour soutenir ces idées sont : Impérial fiscal reform, par sir Vincent H. -P. Caillard, 1903; — The tariff problem, par W.-J. Ashley, professor of commerce in the University of Birmingham, 1903 ; — The économies of empire, par 1' « Assistant editor » de la National review ; deux suppléments spéciaux aux numéros de septembre et décembre 1903 de cette revue ; — The fiscal policy of the empire, série de 15 articles par « an economist » publiés dans le Times, de juin à septembre 1903; — The principles of constructive économies, par J.-L. Garvin, National review, mai 1904. — Ces études, dont la publication presque simultanée a été due à la campagne commencée en 1903, par M. Chamberlain, en faveur d'une réforme douanière, groupent et synthétisent les idées émises depuis plusieurs années dans les nombreux articles de revues qui discutaient ce sujet.

qui est, non pas le free-lrade, mais simplement le système des free imports, des importations libres, met les industriels Anglais dans un état d'infériorité marquée vis-à-vis de leurs concurrents'étrangers. Les procédés industriels actuels exigent, pour donner tous les avantages dont ils sont susceptibles, la production en quantités considérables. Plus l'industriel sera assuré d'un débouché important, plus il pourra recourir à un outillage puissant, dont l'effet sera de lui permettre d'abaisser son prix de revient. Mais, pour s'engager dans cette voie, il faut être assuré d'un marché étendu. Or, le producteur anglais, loin de jouir d'un marché extensible, voit au contraire le sien se rétrécir chaque jour. L'accès des marchés des grandes nations consommatrices lui est fermé par des barrières douanières élevées, tandis que ses concurrents allemands et américains, favorisés par l'étendue de leur marché intérieur, sur lequel une situation privilégiée leur est assurée, peuvent, grâce à cet avantage, venir l'attaquer sur son propre marché, où ses possibilités de vente sont réduites d'autant.

« La seule politique qui ait quelque chance de prévenir la décadence de ce pays, c'est une

politique qui se proposera d'élargir la base sur laquelle son industrie repose (1) ». Rétablissement de droits à l'importation pour assurer sur le marché intérieur l'égalité de concurrence entre les producteurs nationaux et les producteurs étrangers et contrecarrer la politique du

dumping, et pour donner au Gouvernement les armes dont il est dépourvu actuellement pour négocier avec les puissances protectionnistes des traités de commerce qui lui permettront d'obtenir d'elles, l'abaissement des droits de douane applicables aux produits anglais; recours le cas échéant à une politique de représailles contre les nations qui frapperaient ces produits de droits jugés exagérés: tel est le premier article du programme des néo-réfor mateurs douaniers. Son application rendra, espèrent-ils, à l'industriel Anglais la sécurité sur le marché intérieur. Mais ces mesures défensives « nécessaires pour préserver les industries anglaises de la destruction, ne doi vent être regardées que comme des mesures temporaires et provisoires (2) ». Le Royaume- Uni n'offre qu'un marché trop étroit, trop peu

(1) W.-J. Ashley, op. Ct«.,p. 119.

(2) W.-J. Ashley, op. cit., p. 120.

expansif, pour fournir les débouchés nécessaires à une puissance industrielle de pre mier rang. Cette large base que la métropole ne peut donner, l'Empire britannique ne serait-il pas susceptible de la fournir ? « Le problème fondamental qui se pose pour la Grande-Bretagne, — dit le professeur Ashley, — est de savoir s'il lui sera possible de trouver dans un empire plus étroitement uni cette base nécessaire à la prospérité économique, qui lui échappe peu à peu sur les marchés étrangers (1) ». « Le seul moyen grâce auquel nous puissions éviter le sort d'un petit pays, — écrit l'économiste du Times, — c'est de développer les ressources industrielles et commerciales de l'Empire, pour faire équilibre à celles des grandes puissances continentales (2) ».

Sous l'influence des idées libre-échangistes, les colonies et les possessions britanniques ont été laissées libres depuis un demi-siècle de suivre la politique commerciale qui leur paraissait la meilleure. Chaque partie de l'empire était regardée comme une entité économique. L'Inde, les possessions coloniales, situées pour la plu-

(1) W.-J. Ashley, op. cit., p. 139.

(2) Vme article.

part dans la zone tropicale, ont adopté le freetrade, et ne font usage des droits de douane que comme ressource fiscale. Les colonies autonomes, au contraire: Canada, Australie, Nou velle-Zélande, après s'être contentées pendant un temps d'un tarif purement fiscal, ont adopté une politique franchement protectionniste dans le but de développer sur leur territoire une industrie nationale et, profitant de la liberté qui leur était laissée, elles ont traité les produits métropolitains à l'égal des produits étrangers. Aucun plan suivi, aucune idée d'ensemble n'ont présidé au développement des richesses de l'empire. Son étendue, la variété des climats sur lesquels il s'étend, lui permettraient cependant de se suffire à lui-même: les produits alimentaires: blé, viande, produits de la laiterie ; une grande quantité des matières premières: laine, coton, peaux, etc., pour lesquels la métropole est actuellement tributaire de l'étranger, pourraient lui être presque totalement fournis par ses colonies, tandis que les industriels Anglais trouveraient dans ce marché de 400 millions d'individus, où la race blanche a encore, dans les régions de zone tempe rée, des possibilités d'accroissement considé-

râbles, la large base dont ils ont besoin pour

lutter avec succès contre leurs rivaux. La

métropole et les colonies se prêteraient de la sorte un mutuel appui. Le Canada, l'Australie

ne trouveraient-elles pas plus d'avantages à consacrer toute leur activité à la production agricole, qu'à s'efforcer d'introduire hâtivement chez elles, par des moyens artificiels et coûteux. une industrie qui manquera pour prospérer de l'étendue de débouchés nécessaires? Protégées sur le marché anglais contre la concurrence des autres pays, assurées d'un débouché rémunérateur, ces colonies deviendraient bientôt, Tune, le grenier de l'Empire, l'autre sa réserve de viande. La politique où elles sont engagées n'est dai Heurs pas sans danger pour la métropole. « Si l'état de choses actuel continue, si les colonies se séparent de plus en plus au point de vue économique de la Grande-Bretagne, elles suivront indubitablement l'exemple de l'Europe et chercheront à fabriquer elles mêmes ce dont elles ont besoin (1) ». Ce seront de nouveaux marchés qui se fermeront à l'industrie anglaise. « L'Empire britannique est à présent semblable

(1) VV.-J. Asbley, op. cit., p. 150.

aux parties séparées d'une colossale machine: quelques-unes sont achevées, d'autres à peine commencées, éparses au milieu des débris qui parsèment l'atelier. Il nous appartient de les achever et de les ajuster, en rejetant les résidus qui rendent si difficile le travail même de construction. Quand l'œuvre sera terminée, nous aurons un instrument parfait qui rendra d'excellents services à l'humanité pendant plusieurs générations (1) ».

La tâche est difficile. Elle offre des analogies avec celle accomplie par leZollverein allemand, et celui-ci a certainement inspiré les néo-protionnistes anglais. Mais les analogies sont plus apparentes que réelles; l'Angleterre ne peut en réalité bénéficier d'une expérience antérieure capable de la guider. « La consolidation de l'Empire britannique est un problème nouveau, pour la solution duquel ni l'expérience anglaise, ni celle d'aucun autre pays ne peuvent suggérer les mesures précises à adopter (2) » . C'est une vaste et audacieuse tentative, que justifient aux yeux de ceux qui la préconisent et qui ne s'aveuglent pas, du reste, sur les

(1) « An economist », the Tintes, IXe article.

(2) « An economist », the Times, Ier article.

difficultés d'exécution, le péril dont ils estiment l'industrie anglaise menacée, et les avantages considérables qui doivent résulter de la réalisation de ce grandiose projet, si on réussit à la mener à bien. L'idéal à poursuivre, c'est « l'établissement du free-trade dans l'Empire, tandis que ses différents membres resteraient libres d'établir à leur guise le tarif douanier applicable aux produits importés des pays étrangers (1) ». Mais ce but ne saurait être immédiatement atteint. 11 ne sera possible d'y arriver qu'en passant par des étapes intermédiaires, et les réformateurs proposent de commencer par l'établissement d'un système de droits préférentiels destinés à favoriser sur tous les marchés de l'Empire les produits d'origine britannique. Les raisons économiques paraissent donc militer aujourd'hui, auprès de nombreux esprits tout au moins, en faveur de la création de cette Fédération britannique que l'accroissement constant des charges financières rend si désirable, et que les appréhensions de l'avenir font

regarder à beaucoup comme le seul moyen qu'ait l'Angleterre de sauvegarder sa suprématie politique.

(1) Sir Vincent Gaillard, op. cit., p. 9j.

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