SCÈNE Y. - DE MARSAN, JULIETTE
DE MARSAN, simple et naturel.
Seule?... je croyais trouver Pierre ici.
JULIETTE, travaillant.
Ici!... y songez-vous?
DE MARSAN, arec la simplicité souriante.
Pourquoi pas?... Vous me permettez de me chauffer les
pieds* (Il s'assied sur le canapé.)
JULIETTE, parlant avec effort.
Il n’est que huit heures... vous n’avez donc fait qu’aller et revenir? *
DE MARSAN
Mon Dieu, oui... le fermier était parti pour la ville... Et encore je suis revenu par le plus long — par le bord de l’eau... Avec les étoiles qu’il y a ce soir, c’est délicieux.
J ULIETTE, indifférente.
Devenez-vous poète par hasard ?
DE MARSAN, riant.
Je n’ai garde de vous donner ce chagrin-là... mais il y a des moments où je rêvasse... comme tout le monde.
JULIETTE, le regardant.
Vous?
DE MARSAN
Moi-même... on rêve à tout âge...
JULIETTE
Je trouve qu’il serait poli, quand on est marié, de rêver haut.
DE MARSAN, un peu sérieux.
Rêver haut?... et le faites-vous, vous, madame?
JULIETTE
Ah 1 ni haut — ni bas, moi !
DE MARSAN
Non, vous ne le faites pas; vous gardez vos songes... la