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La politique colonnière égyptienne

ils invoquent le fait que les marchés égyptiens sont mal organisés, surtout celui du « Minet-el-Bassal », et sont soustraits à toute influence gouvernementele.

» L'intervention est donc, d’après eux, le moyen d’empêcher une chute brusque et injustifiée des prix. Si le marché égyptien était régi régulièrement par la loi de l’offre et de la demande, l’action du gouvernement pourrait être superflue et même dangereuse. Mais en fait, il n’en est pas entièrement ainsi. Le producteur talonné par les besoins d'argent, pour faire face à ses engagements multiples, expose à la vente presque la totalité de la récolte en un temps très court. D'autre part, la filature n’a aucun intérêt à accumuler des stocks dès le début de la saison, elle achète au fur et à mesure de ses besoins et de ses ventes; elle s’approvisionne au meilleur prix. Il s’ensuit que le marché, gorgé de marchandises est pendant une période de temps relativement longue entre les mains de ceux qui disposent sur papier d’une marchandise prête à la vente, mais non requise par l’industrie.

» Le seul moyen de calmer les velléités des spéculateurs que l’industrie traite souvent avec complaisance, c’est de dresser en face d’eux, l’épouvantail de l’intervention gouvernementale.

» La première intervention sérieuse date de 1914, elle fut d’ailleurs justifiée par les circonstances; désorganisation du marché, difficultés des communications. L’aprèsguerre voit le prix du coton monter à un niveau inconnu jusque là, créant des espoirs chimériques. Quand il sème (le fellah) son coton, il sème en même temps de grands espoirs sur le prix que va valoir la récolte. Il trace de beaux projets, il emprunte de l’argent à un taux élevé et engage

par trop l’avenir ».

Après la hausse fabuleuse de 1919, les cours commencèrent à subir de fortes baisses. De 200 Calaris le cantar, les prix tombèrent dans les derniers mois de 1920, à 40 talaris. En mars 1921, les cours oscillaient aux environs de 23 talaris. C’est alors que le gouvernement, estimant son intervention nécessaire, fit acheter pour son compte, par les maisons d'exportation. En 1922, le Conseil des ministres approuve en date du 2? avril, la proposition du ministre des Finances tendant à intervenir sur le marché du disponible.

«Considérant que les prix du coton égyptien, comparés à ceux du coton américain, ont décru dans une proportion inquiétante que ne saurait justifier la situation commerciale et statistique du coton égyptien; et que cet état de choses ne peut être dû qu’à des facteurs artificiels, qu’il est du devoir du gouvernement de chercher à protéger la fortune publique ».

En 1923, le gouvernement reconnaît que la baisse des prix du coton de choix est due à la situation des filatures et non à la spéculation. Ceci n'empêche pas le Conseil des ministres, d'ouvrir un crédit de L. E. 500.000 pour intervenir sur le marché, sur la proposition du ministre des Finances :

«Bien qu’on ait déjà fait ressortir que cette baisse n’est pas due à l’existence de manœuvres illicites à la Bourse, il semble cependant que le moment soit propice pour une intervention du gouvernement pour maintenir les prix à un niveau raisonnable et de permettre ainsi au cultivateur de liquider sa récolte à des conditions favorables ».

En 192%, nouvelle intervention, mais alors le gouverne-

ment veut perfectionner ses méthodes d'action et base

ses achats d’après les prix et d’après la prime sur le coton américain, ainsi qu'il ressort du communitué suivant :

€Gonsidérant la baisse survenue dans les prix du coton égyptien, baisse qui menace de porter préjudice aux intérêts des producteurs égyptiens, le Conseil des ministres après avoir examiné attentivement la situation cotonnière, décide :

10 D'’étendre la limite des achats de coton par le gouvernement sur le marché de « Minet-el-Bassal » jusqu’à 500.000 cantars.

20 De garder une proportion raisonnable entre le prix du coton égyptien et celui du coton américain et ce, en prenant comme base d’achat la différence entre l’un et l’autre, cette différence étant d'ores et déjà fixée à 75 % pour le coton « Sakellaridis Fully Good Fair ».

Le gouvernement espère ainsi que les prix atteindront par l'effet des transactions commerciales sur le coton, un niveau qui donnera satisfaction aux producteurs.

Le Conseil des ministres estime que sa mission aura été achevée lorsque les prix atteindront 36 talaris pour le Sakellaridis Fully Good Fair.

Les prix restèrent inférieurs à 36 talaris et la prime audessous de 75%.

Le gouvernement égyptien resta à l’écart de toute intervention jusqu’au moment de la forte baisse des prix de novembre 1929, date à laquelle 1l déclara alors se porter acheteur des contrats à échéance de novembre pour le coton Sakellaridis à 27 talaris et de décembre pour le coton « Achmouni « à 19 talaris. Puis il continua les mois suivants, si bien que par suite de la baisse persistante, il finit par prendre livraison de 2.962.009 cantars et dépensa

ainsi quatorze millions de livres égygliennes. Cette oné-

Jacob. 10

reuse intervention n’empêcha pas la courbe décroissante des prix de fléchir de plus en plus.

Devant cet insuccès complet, qui se traduisait par des pertes considérables pour l'Etat, le gouvernement se décida à cesser toute intervention sur le marché.

Dans l’étude de l'intervention sur le marché, dans les deux pays gros producteurs de coton que sont l'Egypte et les Etats-Unis, on peut, sans risque de se tromper, conclure à l'impossibilité de parvenir par l'emploi de ce moyen, à relever le prix du coton, et affirmer que les institutions chargées de la réalisation d’une politique inspirée par ce principe, ont été en grande partie responsables,

non pas de la baisse des prix, mais de la rapidité de celle-ci. 2. Réduction de la production.

À priori, la réduction de la production semble être le moyen le plus sage et le plus sûr de parvenir à rétablir l'équilibre entre l’offre et la demande de coton. M. Tood, dans un article du Manchester Guardian Commercial, après avoir comparé la progression de la production à celle de la consommation, est amené à conclure que le seul remède à la situation actuelle consisterait à suspendre la culture de coton pendant un an dans le monde entier. Il semble bien difficile, sinon impossible, de faire appliquer semblable mesure et la solution proposée reste purement théorique.

Si une restriction totale et universelle ne peut être sérieusement envisagée, il subsiste encore la possibilité d’une restriction partielle dont le programme adopté par certains pays, gros producteurs, pourrait, semble-t-il, améliorer l’état de choses présent. Mais il convient, pour porter une appréciation sur la valeur d’un tel système, de distinguer si cette restriction est volontaire ou imposée, si elle résulte

de l'initiative individuelle ou collective.

Si, par suite d’une compréhension exacte de la situation, le planteur se décide à réduire la surface de ses terres ensemencées en coton, et cela dans une proportion qu'il s’est fixée lui-même, tout est pour le mieux, et cette restriction n'étant pas connue immédiatement ne favorisera pas ailleurs le développement des cultures cotonnières.

Mais si l'orientation nouvelle du plan de culture d’un pays se trouve déterminée à l’avance, si la réduction des ensemencements est imposée par les pouvoirs publics, ou Si un groupement important prend cette initiative, il n’en sera plus de même. Les producteurs concurrents étrangers prévoyant une hausse des cours, résultant de la restriction envisagée, hausse qui peut être même accentuée en raison de la nature spéculative du marché cotonnier, augmenteront leur acréage cotonnier et souvent dans une proportion plus forte que la réduction primitive.

Le rôle du gouvernement d’un pays producteur de coton devrait donc se borner à renseigner les cultivateurs intéressés, le mieux possible, sur la situation du marché, tâche suffisamment compliquée.

Les expériences tentées dans le voie de la limitation de la production confirment cette opinion.

Cette forme d'intervention a été adoptée en 1922 à Ceylan, à Malaga et dans les Siraits Selllements. Il est arrivé que les prix sont montés, mais pas pour longtemps, en raison de la concurrence faite par les colonies hollandaises dont la production augmentait sans cesse. La politique d'intervention fut du moins provisoirement abandonnée et les prix revinrent à-leur niveau normal.

En 1927, à Cuba, la production du sucre fut limitée, mais la surproduction de Java, amena en 1928, le gouverne-

ment de Cuba à renoncer à cette limitation.

Les projets de restriction touchant le caoutchouc, élaborés récemment entre l’Angleterre et la Hollande, donnent lieu à de vives critiques. M. Eric Giddes, président de la Dunlop Rubber C9, explique quel serait le danger d’un tel accord; après avoir indiqué que le prix de revient de certaines exploitations était en train de diminuer de facon à s’accommoder des prix actuels, il ajoute :

« Si une hausse se produisait, toute l’exploitation du caoutchouc serait en danger, car la possibilité de production serait le quintuple de la production actuelle, aucun bon système de restriction obligatoire n'ayant été trouvé... je suggère respectueusement qu'aucun gouvernement n’a le droit d'imposer un plan restrictif atteignant le producteur capable, afin d’aider d’une manière artificielle le producteur inférieur, ce serait injuste pour le producteur capable et pour le public... Pour moi, la seule chose qui pourrait aider la production du caoutchouc à se relever, en dehors des conditions mondiales, serait d'abandonner, une fois pour toutes, tout projet de restriction. »

En ce qui concerne la réduction de l’acréage cotonnier, les essais furent plus timides, et pendant quelques années, l'Egypte fut le seul pays imposant une limitation à la surface ensemencée en coton.

De son côté, le Board devait prévoir l'application d’un programme restrictif, mais les difficultés rencontrées de tous côtés annihilèrent son action. La Cour suprême des Etats-Unis rendit d’ailleurs un arrêt déclarant illégale la simple réduction partielle votée par l'Etat du Texas. Il faut arriver au Farm Relief Bill, signé le 12 mai 1933 par le président Roosevelt, pour se trouver en présence des dispositions applicables. Le titre premier traite des

mesures destinées à relever le prix des produits agricoles.

L'espoir des auteurs du Farm Relief Bill est qu’en agissant à la fois sur les prix des produits agricoles et sur la monnaie, ils réussiront à surmonter les difficultés et que le mécanisme des profits agricoles, une fois remis en branle, toute l’économie du pays suivra le mouvement.

Cet espoir a dicté une curieuse profession de foi en l’économie dirigée qui occupe l’article 2 du Bill :

« Le Congrès déclare avoir pour politique

1. D’établir et de maintenir un tel équilibre entre la production et la consommation des produits agricoles, et de telles conditions sur le marché de ces produits, que les prix payés aux cultivateurs soient rétablis à un niveau qui confère aux producteurs agricoles un pouvoir d’achat équivalent, en ce qui concerne les articles que les cultivateurs achètent, au pouvoir d’achat des dits produits dans la période de base.

La période de base, pour tous les produits agricoles, sauf le tabac, sera la période d’avant-guerre, d'août 1909 à juillet 1914.

2. De tendre à cette égalité de pouvoir d’achat, au moyen d’une correction graduelle des inégalités actuelles, à l’allure la plus rapide qui sera jugée réalisable, tenu compte de la demande de la consommation, sur les marchés internes et externes.

3. De protéger l'intérêt du consommateur en ajustant la production agricole à un niveau tel que le pourcentage revenant au fermier sur les dépenses que le consommateur fait en achats au détail des produits agricoles, ou de dérivés de ces produits, ne dépasse pas le pourcentage qui revenait au fermier dans la période d’avant-guerre, d'août 1909 à juillet 1914.

Puis la première partie du titre premier s'occupe de la

liquidation des opérations faites par le Federal Farm Board. Les stocks de blé acquis par cet organisme ont été liquidés finalement avec de grosses pertes, mais il reste Les stocks de coton.

Le Federal Farm Board et les autres agences officielles qui les détiennent revendront les stocks au Ministère de l’agriculture, qui empruntera les sommes nécessaires à la « Reconstruction Finance Corporation ». Cette dernière financera l’opération en émettant des bons ou obligations.

Le secrétaire de l’Agriculture a jusqu’au 1 mars 1926, pour vendre le coton, mais par un ingénieux détour cette opération visera encore un autre but. Les cultivateurs qui s’engageront à réduire leurs surfaces ensemencées en coton auront le droit de se faire consentir une option sur les cotons provenant des stocks officiels, option qu'ils pourront lever à tous moments, jusqu’au 1®% janvier 1934, au prix moyen que ce coton a coûté au secrétaire de l’Agriculture, plus les frais de conservation.

La loi exige que le cultivateur s'engage dans ce cas à réduire les surfaces qu'il ensemencera en coton d’au moins 30% par rapport à l’année précédente, à ne pas augmenter la quantité d'engrais qu’il emploiera, et à ne pas consacrer à la culture, à destination commerciale, d’autres produits nationaux, la superficie qu’il aura retranchée de la culture du coton.

Ces dispositions supposent une surveillance manifestement impossible, et prouvent que rien n’a pu arrêter les auteurs du projet dans leur recherche du contrôle et de rémunération de la production agricole.

La deuxième partie du titre premier du Farm Relief Bill est intéressante par la liaison qu’elle cherche à établir

entre la production et la transformation. L'idée direc-

trice, c’est de prélever sur le consommateur américain une taxe destinée à venir en aide au cultivateur américain dans la mesure où ce dernier consent à limiter sa production aux besoins du marché national. Elle tend à faire travailler toute l’économie des Etats-Unis en circuit fermé, le citadin payant cher les produits de la ferme pour que le fermier puisse acheter les produits du citadin, tandis que de hauts tarifs douaniers empêchent l’intrusion de marchandises étrangères el qu'un système de ristourne rend possibles certaines exportations.

En compensation des réductions de surfaces ensemencées le cultivateur touchera de l'Etat fédéral une indemnité dont l'Etat se remboursera en prélevant une taxe sur le premier transformateur de ses produits, sur le filateur pour le coton.

Il convient de remarquer que cette indemnité, payée au cultivateur, est destinée non seulement à compenser l'écart entre la quantité qu'il aurait pu récolter et celle qu'il récoltera effectivement, mais encore et surtout l'écart entre le prix qu'il obtiendra de sa récolte sur le marché intérieur eb un prix dit équitable. Le prix équitable est celui de la période de base.

Le Farm Relief Bill confère des pouvoirs dictatoriaux au secrétaire de l’Agriculture qui fixe le prix équitable, contrôle la réduction de surface, surveille le commerce des produits agricoles qui ne pourra être exercé qu'avec licence et obligation de tenir une comptabilité-matière. La taxe sur la consommation sera sujette à abattements, le secrétaire pourra en modérer le taux si son résultat était de diminuer la consommation.

Tel est dans ses grandes lignes le programme du gouver-

nement américain en matière agricole. M. Wallace, le secré-

taire de l'Agriculture, le précisait en juin 1933 pour le coton. Le but du gouvernement, disait-il, est de relever le prix de ce textile par la location de dix millions d’acres afin de les soustraire à la production. Il estimait que la réduction minimum de production nécessaire à la réussite du plan était de 2? millions de balles.

Section II. —— Accroissement de la demande.

L’accroissement de la consommation peut être recherché par des mesures de propagande et par l’emploi du coton à des usages nouveaux. Mais ces procédés ne peuvent être considérés comme des remèdes proprement dits et servent uniquement à favoriser le débouché d’une certaine quantité de coton.

Le gouvernement égyptien, par l’intermédiaire de ses consulats, cherche à écouler sa production, mais n’accroît en rien la consommation mondiale. Les tentatives faites pour orienter la mode féminine vers l’emploi de tissus de coton ne peuvent avoir qu’un effet passager. Aussi, devant l'impossibilité de l’action directe sur la demande, les industriels cotonniers ont placé leur espoir dans l’action indirecte consistant à augmenter le pouvoir d’achat des populations de l’Asie par la revalorisation de l'argent métal. Tous les congrès du coton manifestant cette tendance, nous croyons utile d'analyser rapidement les effets que produirait cette mesure.

La revalorisation de l’argent-métal.

On sait qu'après la guerre, de nombreux pays mirent l’argent hors de leur système monétaire, le public s'étant, durant les hostilités, habitué aux coupures et aux jetons.

Les gouvernements en profitent pour liquider leur argent

et le remplacer par de l'or. Mais en Europe, les pays étaient, déjà avant guerre attachés au monométalisme-or, cette mesure ne fait donc que supprimer une monnaie d'appoint et est, ainsi que nous l’avons vu au sujet des causes de la crise cotonnière, sans grande importance sur le cours de l'argent. Le retour à l’étalon-or, apprécie l’or et déprécie l'argent comme toutes les matières premières, mais dans une proportion légèrement plus forte, en raison de certains facteurs psychologiques.

Autrement responsables de la chute des prix de l’argent sont les pays d’'Extrême-Orient depuis 1927.

A cette date, en effet, commencent les ventes d'argent du gouvernement de l’Inde qui, bien qu’il n’y soit tenu par aucune disposition législative, procède à la réalisation d’une partie des stocks d'argent de la Payer Currency Reserve.

En 1928, le Siam remplace le tical d'argent par le baht d’or. En 1930, la piastre indochinoise est stabilisée et notre colonie passe au régime du Gold Bullion Slandard.

Aussi la reprise de la frappe de monnaie divisionnaire à

partir de 1926 n’a aucune influence sur la hausse des cours.

Cours de l'argent à Londres.

(Indice sur base moyenne 1928 — 100)

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Les conséquences de l’effondrement des cours de l'argent sont évidemment graves, mais 1l convient de se garder de toute exagération!.

1. Voir l’Argent-métal. La chute des cours de 1929 à 1931, par Maurice Desouby, thèse Paris 1932.

Plus de 800 millions d'individus, en Asie, utilisent l'argent soit comme monnaie proprement dite en Chine, soit comme instrun ent d'épargne dans l’Inde, en Indochine et dans d’autres contrées. Au total, le pouvoir d’achat de près de la moitié de la population du globe dépendrait largement de la valeur de l'argent et la dépréciation actuelle réduirait considérablement le volume des achats en Europe et en Amérique. Telle est la théorie qui a grand crédit dans les pays anglo-saxons et qui conduit naturellement à penser qu’une revalorisation de l’argent s'impose. Cette affirmation fait bon marché de la situation particulière de la Chine au point de vue économique, qui justifie plus que les facteurs monétaires le déclin de ses importations. Cette diminution des importations est due en partie à la baisse des prix-or de fournitures de l'étranger et pour le reste à des facteurs divers. Mais la débâcle de l’argent n’est qu’une cause très secondaire du déclin des importations chinoises par comparaison avec la désorganisation du commerce local et de la production.

Une mise au point est nécessaire en ce qui concerne l'élévation du coût de la vie en Chine que l’on présente couramment comme corollaire obligatoire de la baisse du change. Pour une grande majorité de la population, les articles d'importation constituent un.très faible élément de la consommation, ils influent donc peu sur le niveau général des prix. En réalité, le change de plus en plus défavorable a tendu à le relever, mais seulement dans les villes de la côte et dans quelques grands centres de l’intérieur. De plus, la hausse des prix est souvent la conséquence de la pénurie des denrées indigènes de grande consommation résultant de la désorganisation des transports.

En résumé, pour ce qui concerne la Chine, la déprécia-

tion de la monnaie d'argent n’a pas ralenti sensiblement la consommation des cotonnades indigènes ou des cotonnades d'importation de médiocre qualité; le seul effet imputable à ce facteur serait une réduction du pouvoir d'achat de la population des grands centres, qui ne constitue qu’une très faible fraction de la population totale.

Un autre aspect du problème de l’argent est celui de l'épargne des populations asiatiques.

En Chine, ce mot, n’est pas une question spéciale, car l’argent thésaurisé ne diffère pas de la monnaie. Dans les pays soumis au régime de l’étalon-or, la situation est différente, car l’argent-métal ne peut pas être monnayé par les particuliers. Sa valeur d’échange dépend donc de son cours commercial dont la baisse fait subir à l'épargne un grand préjudice.

La contrée la plus affectée est l'Inde qui détient un stock d’argent considérable. Lorsque pour une raison ou pour une autre le paysan voit diminuer ses ressources, il porte ses économies chez le marchand d’argent, mais en principe, cette épargne n’est pas destinée à la consommation.

Quoi qu'il en soit, l'argent vendu par les épargnants reste sur le marché intérieur et il n'apparaît pas que la dévalorisation du métal-argent détenu par les pays à monnaie d’or ait réduit leur pouvoir d’achat extérieur.

Il ne faut pas oublier, d’autre part, que la thésaurisation semble depuis quelques années vouloir se servir d’instruments autres que l’argent. En 1931, après avoir jeté sur le marché 130.000.000 d’onces d’argent, la convention métallique de la Paper Currency Reserve de l’Inde était supérieure à ce qu’elle était en 1926. Cette augmentation du stock d’argent tient à la rentrée de roupies présentées

par la convertion en currency noles ou en sterling. L'appa-

rition de l’épargne sortie de ses cachettes pour se transformer en monnaie de papier et en valeurs mobilières signifiait pour l'argent une catastrophe beaucoup plus grande que celles dont on parle constamment.

Terminant son étude de la dépréciation de l'argent, M. Desouby arrive à la conclusion suivante

«L'Inde boycotte les cotonnades de Manchester. La Chine voit l'Angleterre passer du troisième au quatrième rang de ses fournisseurs, après le Japon, les Etats-Unis et maintenant l'Inde qui lui fournit du coton pour ses filatures. Signe des temps, réveil de l’Asie qui demeure une énigme redoutable ! Pourquoi s’imaginer que le bimétallisme redonnera la vie à Manchester? »

La revalorisation continue à avoir des partisans dans de nombreux pays et les plans proposés abondent. Le plus récent est celui du sénateur Key Pittman qui fut soumis à la Conférence économique de Londres. Il consiste à introduire 20% d’argent facultativement dans la couverture-or des banques d’émission, et d’autre part à faire adopter une série de mesures diminuant l'offre et augmentant la demande d’argent-métal.

Nous ne croyons pas qu’une semblable mesure améliore beaucoup le marché de l’argent, et même en supposant une amélioration sensible nous ne pensons pas qu’elle entraîne une modification très nette des conditions du marché d’Extrême-Orient. De plus, cette opération, obligatoirement accompagnée d’oscillations dans la valeur des monnaies, serait désastreuse à un moment où une stabilisation semble indispensable. Le Congrès cotonnier réuni à Prague en juin 1933 souhaite ce retour à un état de choses définitif : « Le Congrès exprime la conviction

qu'une hausse substantielle des prix de gros est d’une extré-

me et urgente nécessité; il estime également indispensable, pour permettre d'atteindre ce but, qu’une stabilisation générale et équitable des monnaies soit réalisée à bref délai. »

Ainsi, du point de vue cotonnier, l'application de mesures tendant à la revalorisation de l’argent métal semble, pour un résultat douteux, devoir créer des perturbations nouvelles dans les conditions économiques du monde et retarder le rétablissement de la situation.

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