‹ La crise d'Orient de 1839 à 1841 et l'EuropeChapitre 14 sur 27 · PONSONBY · texte numérisé non relu

PONSONBY

Thérapia, 28 juin 1840.

(1) Aff. étr. fs. Egypte, juillet 1840.

(2) Un témoignage identique était donné par Portails, négociant français à Beyrouth (20 juillet 1840). Un de ses amis ayant dîné à bord d'un vaisseau anglais, avec le Commodore, ce dernier lui avait avoué que « les renseignements qu'il lui avait donnés étaient très vrais. Je suis allé m'assurer moi-même de l'état de la montagne et je ne vous cacherai pas que, malgré tout ce que vous m'aviez dit, j'étais moi-même loin de m'attendre à trouver une tranquillité aussi parfaite. On nous a toujours trompés dans les rapports que nous avons eus de nos agents » (20 juillet 1840. Aff. étr, fs. Egypte).

Portails reconnaissait, il est vrai, que les Albanais s'étaient livrés à des pillages, à des incendies, à des cruautés. Mehemet Ali avait donc, là, encore,employé la manière forte, dont les indigènes se plaignaient si amèrement. A Constantinople, la fin de l'Insurrection avait provoqué l'étonnement. Des commerçants anglais avaient déjà bruyamment annoncé la chute de Mehemet Ali,

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assurent qu'ils n'écouteront aucune promesse, aucune assurance de la part de Mehemet Ali et qu'ils ne poseront pas les armes sans îa garantie des puissances chrétiennes, que les conditions que Mehemet Ali pourrait être poussé à faire seront religieusement observées (1). »

Mais les Anglais ne s'en tenaient pas là. Notre agent à Constantinople annonçait, le 6 juillet à Gochelet, que lord Ponsonby, poursuivant sa campagne si venimeuse, avait vivement incité la division de l'amiral Lewis à se porter sur les côtes de Syrie pour encourager et aider les insurgés. « Il n'y aurait rien d'extraordinaire à ce que l'on fît naître un conflit pour avoir l'occasion de s'emparer de la flotte égyptienne... Vous avez remarqué, dans la correspondance de M. Bourée ce qui y est dit du protectorat que les insurgés du Liban réclament de la France, de l'Angleterre et de la Russie. Dans les temps anciens, en 1649 et 1737, sous Louis XIV et sous Louis XV, le seul nom de la France était invoqué. Aujourd'hui même, les Druses et les Maronites se considèrent encore comme placés sous la protection française, mais les agents de V Angleterre et de la Russie les travaillent dans tous les sens et voudraient les persuader de demander leur protection (2). »

Ainsi, la question de S3^rie qui, en 1919 et 1920, se posait à l'état aigu, était déjà au premier plan des préoccupations anglaises dans la lutte contre l'influence française. Et très justement, Gochelet disait que les Maronites ne donneraient pas dans le piège et conserveraient leur sincère attachement à la France, ce que les événements ultérieurs devaient prouver: « J'ai cherché plusieurs fois à persuader à Mehemet Ali d'étouffer l'insurrection en leur accordant un pardon et des assurances d'un meilleur avenir que la France seule garantirait, mais son amour-propre se refuse à toute espèce de médiation (3). »

Les prévisions de Gochelet se réalisèrent bientôt. On apprenait, en efîet, que les chefs des révoltés avaient adressé une pétition, à Vémir Béchir pour faire appel à Vappui et à la protection de la France (4). Puis ils s'étaient soumis après déroute infligée par les troupes de l'émir Béchir, De tous les points de la montagne ils venaient faire la remise de leurs armes (5). Lord Ponsonby n'en continuait pas moins ses intrigues. Sous son impulsion, la Porte organisait maintenant une armée de cinquante mille hommes, cent cinquante pièces d'artillerie

(1) Lord Palmerston, à Bulwer, 21 juillet 1840.

(2) Gochelet à Thiers, 6 juillet 1840.

(3) Id.

(4) Gochelet à Thiers, 14 juillet 1840.

(5) Les coasuls anglais de la région annonçaient que les troupes d'Osman Pacha et d'Abbas Pacha s'étaient signalées par des violences, des pillages qui avaient excité raniraosité contre les troupes égyptiennes.

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de campagne étaient prêtes. Un général polonais, hôte de Ponsonby, était chargé de l'organisation de cette armée (1). Toutes les lettres particulières qui parvenaient alors à Alexandrie signalaient que si Mehemet Ali livrait l'escadre, le Sultan s'en servirait aussitôt et ne voudrait plus traiter. Aussi ses amis le suppliaient-ils de n'en rien faire.

Sami Bey, le délégué de Mehemet Ali, venait de rentrer à Alexandrie sans avoir pu entamer de négociation avec la Porte (2), grâce à la pres-

(1) Chekib Effendi, en date du 7 juillet 1840, transmettait à Palmerston ce mémoire : « Le soussigné, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la Sublime Porte,

Tient d'apprendre que Mehemet Ali, pacha d'Egypte, a annoncé l'intention de renvoyer à Constantinople la flotte de Sa Hautesse, dans le but d'ouvrir, par cette offre, la voie à des négociations directes avec le Divan.

« Le soussigné se fait, en conséquence, un devoir de communiquer à S. E. lord Palmerston, le jugement qu'il porte sur cet incident. Il a la ferme persuasion que S. H. le Sultan ayant réclamé et obtenu la promesse d'un appui efficace de la part des grandes puissances, persistera dans sa résolution d'attendre l'effet de l'assistance amicale des Cabinets amis, et n'entrera point en négociation directe avec le pacha d'Egypte, tant que l'amitié des grandes puissances lui fait espérer une solution satisfaisante de la crise actuelle. Il est convaincu, de plus, que les offres de Mehemet Ali, sans promettre aucun résultat positif, n'ont d'autre but que de compliquer la négociation, de traîner l'affaire en longueur, et de provoquer des pétards qu'il se flatte de pouvoir tourner à son profit et au détriment de la Sublime Porte.

« Dans cette persuasion, le soussigné se fait un devoir d'adresser à S. E. lord Palmerston la prière de ne pas différer d'aucune manière les délibérations actuellement ouvertes à Londres, et de n'attendre aucun résultat des propositions directement faites par Mehemet Ali. Loin de là, le soussigné invite avec une nouvelle instance le Cabinet de S. M. britannique de hâter, autant que possible, les déterminations qui devront être prises afin d'en venir à un arrangement conforme à la sécurité de la Porte, comme à la dignité des grandes puissances qui ont promis leur appui à S. H. le Sultan.

ï Le moment actuel semble être décisif pour en venir à un arrangement satisfaisant. Mehemet Ali sentant les embarras de sa position, cherche à en sortir de manière à transiger directement avec la Porte et à écarter, par là, l'intervention des grandes puissances. Celles-ci étant sincèrement amies du Sultan ne sauront se laisser induire en erreur par cette politique perfide de Mehemet Ali » {Record Office).

(2) Sami Bey avait apporté de nombreux présents pour le Sultan, la sultane Validé et quelques ministres. Il avait eu une longue conversation avec Reschid Pacha à laquelle assistait Ahmed Fethi Pacha. Reschid Pacha lui avait déclaré que la restitution de la flotte était considérée par la Porte comme une affaire secondaire et, qu'au fond, Sami Bey affectait d'y attacher une grande importance afin de se soustraire ainsi aux autres demandes de la Porte. Il avait ajouté que, peu de jours après son avènement, le Sultan avait offert à Mehemet Ali l'hérédité de l'Egypte et qu'il n'y avait rien à y ajouter. « Si Mehemet Ali a des propositions raisonnables à faire, qu'il les fasse, avait ajouté Reschid et si nous les trouvons acceptables, nous consulterons les ciaq puissances, car elles nous ont offert leur médiation que nous avons acceptée et nous sommes liés à ne rien faire sans leur concours » (Lord Ponsonby à Palmerston, 12 juillet 1840).

Sami Bey, après avoir déclaré que les grandes puissances considéraient seulement leurs propres intérêts, avait insisté sur la question de Candie et d'Adaua. Sur ce point, on pourrait peut-être s'entendre pour une restitution éventuelle d'Adana et de Candie, mais Reschid répliqua : « Adana et Candie sont les contrées où la langue arabe n'est pas parlée, et vous insistez pour garder toutes les contrées où cette langue est parlée, «t vous visez ainsi à l'établissement d'un empire arabe, ce qui est chimérique. La Su-

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sion de lord Ponsonby (1), car, à maintes reprises, la Porte avait failli céder.

Dans son irritation, Mehemet Ali parlait maintenant de se livrer à des résolutions extrêmes. Il n'était plus question de concessions pour lui (2), il regardait Reschid Pacha comme le seul obstacle à toute espèce d'arrangement et ne pensait qu'à le voir renverser. Quant à la flotte ottomane, plus que jamais il comptait s'en servir pour la défense du port d'Alexandrie. Aucun des partis ne se relâchant de ses exigences, la situation restait inextricable.

blime Porte attendra avec confiance la solution de la question par les cinq puisssances » (Lord Ponsonby à Palmerston, 12 juillet 1840). Nous étions donc loin de l'accord entre l'Egypte et la Porte.

(1) « J'ai la conviction qu'il sera très facile de détruire la puissance de Mehemet Ali — et il est nécessaire de la détruire — pour écarter beaucoup de dangers qui menacent la paix et qui naîtraient des concessions que l'on ferait au Pacha, selon l'esprit de la politique française. Il ne peut être jugé par les autres d'une importance aussi grande que je la vois, de conserver l'influence anglaise dans ce pays, mais il est de mon devoir de déclarer ma conviction qu'elle serait réduite plus bas que zéro si la France obtenait tout ce qu'elle a demandé pour Mehemet Ali... Tous ceux qui connaissent les Turcs savent qu'ils se prosternent devant le succès, qu'ils sont ignorants et qu'ils ne distinguent pas très bien entre la réalité et les apparences, Qu'ils voient Mehemet Ali triomphant, ils concluront qu'il a déjoué la puissance de l'Angleterre, de l'Autriche et même de la Russie. Il sera un héros invincible à leurs yeux. Il pourra, à son gré, gouverner le Divan, et le Sultan sera une marionnette ; mais la réalité peut être que Mehemet Ali ne soit que l'instrument de la France, que sa position soit telle que le soutien de la France soit nécessaire pour la préserver et qu'à travers lui, la France gouverne la Turquie... Il serait tout à fait déraisonnable d'attendre que la Russie, l'Autriche et même l'Angleterre voient avec satisfaction ce vaste empire gouverné absolument par les conseils français. La Russie n'aimerait pas voir les principes de la France aux confins de son empire , l'Autriche ne verrait pas avec plus de plaisir ce voisinage et n'aimerait pas non plus que la Méditerranée devînt un lac français. » Ainsi parlait Ponsonby dans une longue dépêche à Palmerston (23 juin 1840).

<! Des conseils entièrement opposés sont donnés à la Porte par les représentants de l'Angleteire et de la France de manière que la solution de la question paraît devenir de jour en jour plus dificile, d'autant plus que l'opinion émise ces jours derniers par Reschid Pacha paraît plutôt favorable au système anglais... Le langage tenu, dans ces derniers temps, par l'Internonce d'Autriche, indique assez clairement l'intention de son gouvernement qui, dans cette importante question, se montre assez favorable à la politique anglaise » (Le Chargé d'Affaires sarde à Constantinople à son gouvernement, lef et 7 juillet 1840. Archives de Turin).

(2) Cochelet à Thiers, 27 juillet 1840.

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