CHAPITRE XIII
En dépit du conflit de tant d'intérêts opposés, le désir de paix demeurait et accentuait la détente dessinée, Une conférence avait eu lieu, au début de mars 1841, à Londres, entre les plénipotentiaires des cours alliées et celui delà S. Porte. On y avait officiellement constaté queMehemet Ali « avait fait acte de soumission absolue envers son souverain et sollicité son pardon » ; qu'il avait restitué la flotte ottomane, que la Syrie tout entière était évacuée par les troupes égyptiennes (1); que l'autorité du Sultan se trouvait rétablie en Syrie et dans l'île de Candie, que « déférant aux avis des alliés, S. H. avait daigné annoncer, en même temps, l'intention de réintégrer Mehemet Ali dans les fonctions de pacha d'Egypte avec hérédité pour lui et ses descendants. » Dans ces conditions, les représentants des Cours alliées décidaient que « le moment était arrivé où leurs agents devaient retourner à Alexandrie (2) ». Un pont était donc jeté pour la reprise officielle des relations entre Mehemet Ali et les puissances alliées. En effet, au début de mars 1841, les plénipotentiaires des quatre Cours alliées, réunis en conférence à Londres, rédigèrent un projet de protocole (3), accompagné d'un projet éventuel de
(1) Sur certains points pourtant, des désordres graves s'étaient produits après l'évaeuation des tro iwes égyptiennes. A Damas, les vengeances s'exerçaient contre les chrétiens, Chez ceux-ci se dessinait une quelque tendance à abandonner la protection française en vue de réclamer celle de l'Angleterre ou de l'Autriche. Wood, l'agent particulier de lord Ponsonby cherchait déjà à exploiter, au profit de l'Angleterre, la situation générale (Voir Cochelet à Guizot, 25 janvier 1841).
(2) Lord Palmerston à lord Gran ville, 9 mars 1841 {Record OjUcé).
(3) Projet de Protocole.
Les dif-flctiltés dans lesquelles S, H. le Sultan s'est trouvé placé, et qui l'ont déterminé à réclamer l'appui et l'assistance des Cours d'Autriche, de la Grande-Bretagne, de Prusse et de Russie, venant d'être aplanies, et Mehemet Ali ayant fait envers S. H .
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convention dans le même sens entre les représentants des cinq puissances et la Porte. En même temps, les représentants des Cours alliées à Londres adressaient à l'ambassadeur ottoman, une note dont Palmerston envoya copie (1) à lord Ponsonby, en lui faisant obser-
le Sultan l'acte de soumission que la conrention du 15 juillet était destinée à amener, les représentants des Cours signataires de la dite convention ont reconnu, qu'indépendamment de l'exécution des mesures temporaires résultant de cette convention, il importe essentiellement de consacrer de la manière la plus formelle le respect dû à l'ancit-nne régie de l'Empire ottoman, en vertu de laquelle il a été de tout temps défendu aux bâtiments de guerre des puissances étrangères d'entrer dans les détroits des Dardanelles et du Bosphore.
Ce principe étant, par sa nature, d'une application générale et permanente, les P. P. respectiis munis à cet effet des ordres de leurs Cours, ont été d'avis que pour manifester l'accord et l'union qui président a-ux intentions de toutes les Cours dans l'intérêt de l'affermissement de la paix européenne, il conviendrait de constater le respect dû au principe susmentionné, au moyen d'une transaction à laquelle la France serait appelée à concourir à l'invitation et d'après le vœu de S. H. le Sultan.
Cette transaction étant de nature à offrir à l'Europe un gage de l'union des cinq puissances, le principal Secrétaire d'État de S. M. britannique ayant le Département des AITaires étrangères d'accord avec les P. P. des quatre autres puissances s'est chargé de porter cet objet à la connaissance du gouvernement français en l'invitant à participer à la transaction par laquelle d'une part le Sultan déclarerait sa ferme résolution de maintenir è l'avenir le susdit principe ; de l'autre, les cinq puissances annonceraient leur détermination unanime de respecter ce principe et de s'y conformer.
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(î) Les soussignés ont eu l'honneur de recevoir la note en date du 11 de ce mois, par laquelle S. E. Chekib Effendi a bien voulu leur annoncer qu'en conséquence des preuves que Mebemet Ali Pacha a données de sa soumission, S. H. vient d'accomplir gracieusement sa promesse, en le réintégrant sous certaines conditions, au poste du gouvernement de l'Egypte avec hérédité.
Les soussignés se font un devoir d'exprimer à M. l'ambassadeur ottoman, au nom de leurs Cours, la vive satisfaction que leur a fait éprouver cet événement, qui en amenant la crise du Levant à une solution définitive, réalise pleinement les intentions bienveillantes qui ont servi de guide à la politique des Cours signataires de la convention du 15 juillet.
Dans cet état des choses, les quatre Cours ont déjà invité les représentants des quatre puissances à s'entendre avec la Porte pour fixer le moment où les agents devront simultanément retourner en Egypte.
Quant aux détails qui concernent l'administration intérieure de cette province, la majeure partie de ces points se trouve déjà réglée.
En effet, Mehemet Ali a reconnu sans réserve que tous les traités et toutes les loi3 de l'Empire devront s'appliquer à l'Egypte comme à toute autre province de est Empire. Il a souscrit aux ordres qui lui ont été adressés par la Sublime Porte pour régler en Egypte le système monétaire. Il a replacé sous les ordres de S. H. le Sultan les forces de terre et de mer ; il se trouve aujourd'hui légalement placé anvers la S. Porte dans la situation d'un sujet gouverneur aélégué d'une province faisant partie intégrante de l'Empire ottoman. C'est à l'autorité seule du Sultan qu'il appartient aujourd'hui de résoudre les questions d'administration intérieure qui restent encore à régler et de prendre en considération les vœux que Mehemet Ali a soumis à ce sujet à la décisioa de Sa Hautesse.
Sans entrer à cet égard dans un examen qui ne serait point de leur ressort, les sous^
ver qu'il serait de l'intérêt bien compris de la Porte d'écarter tout malentendu et que celle-ci pourrait déclarer formellement que l'intention bien arrêtée du Sultan est que son droit de sélection s'exercerait en tout cas, « eti faveur du plus proche héritier mâle des descendants du Pacha... Le Sultan pourrait, en même temps, faire clairement comprendre que son désir est qu'Ibrahim succède à Mehemet Ali (1). »
Ainsi, les puissances alliées se prononçaient nettement pour l'hérédité de l'Egypte en faveur « du plus proche héritier mâle ».
Le 28 février 1841, Mehemet Ali répondait au grand Vizir qui lui avait notifié la concession de l'Egypte héréditaire (2) : « Pour ce qui regarde l'hérédité, disait-il, il est dit qu'elle appartiendra à ma postérité mâle et que le gouvernement d'Egypte sera conféré à l'individu qui aura été préféré par le Sultan. Moi aussi, j'ai la conviction que l'hérédité appartienne à la ligne masculine, mais c'est au temps et à l'expérience seuls à faire voir lequel des enfants est le meilleur et le plus digne sujet. Il est donc clair que s'il est établi comme condition que l'hérédité passera de l'aîné à l'aîné dans la ligne masculine, la famille existant et ses principaux employés le sauront (le plus digne sujet) et feront la démarche que l'aîné soit nommé et Sa Hautesse daignera accueillir leur demande, et de cette manière le bon ordre et la tranquillité seront maintenus.
« Venons maintenant à mes procédés envers les puissances amies. En ma qualité de sujet, il est de mon devoir de conformer ma conduite aux traités existants entre la S. Porte et ces puissances.
« Quant aux lois faites par la S. Porte pour l'administration intérieure des États de Sa Hautesse, je dirai ce qui suit à Votre Altesse : le système des troupes réglées a été introduit en Egypte il y a vingt ans ; or, à l'époque de l'introduction de ce système j'ai fait traduire le code militaire français et cela est devenu un livre légal, dont les dispositions ont
signés ne peuvent se référer qu'aux principes dans la note collective qu'ils ont eu l'honneur d'adresser à M. l'ambassadeiu" ottoman sous la date du 30 janvier.
Ces principes basés sui les conditions de l'acte réparé de la convention du 15 juillôt serviront de règle aux explications amicales que les représentants des quatre Cour» pourraient encore être appelés à offrir à la S. Porte.
Les soussignés ont la ferme assurance que ces explications trouveraient auprès du Sultan le même accueil qu'il n'a cessé défaire aux conseils déjà donnés par ses alliés.
Les soussignés,
(Signed ; Esterhazy.
Palmerston.