‹ La crise d'Orient de 1839 à 1841 et l'EuropeChapitre 3 sur 27 · INTRODUCTION IX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION IX

^L'Angleterre ne peut supporter la pensée de voir la route des Indes tenue par un ami de la France ; pour elle la question turque ne deviendra, en réalité, que la question égyptienne ; le nœud en est, non à Constantinople,* mais à Alexandrie,

L'Autriche louvoie d'abord entre les parties avec sa souplesse accoutumée, jusqu'au jour où, prenant ombrage de la politique du Cabinet de Londres et voyant l'étendue du péril, elle entra résolument dans une politique de conciliation.

La Prusse, à l'amitié de laquelle notre gouvernement se fiait avec un stupéfiant aveuglement, se souvenait sans cesse d'Iéna et de la période napoléonienne et, par crainte aussi de la contagion des idées de la France libérale, se tournait vers l'Angleterre, l'Autriche et la Russie traditionalistes, excitant ainsi les partis plutôt qu'elle ne les retenait.

Seule, la France resta fidèle au programme qui avait, au début, fait l'accord, des puissances. Elle ne s'aperçut pas que ce programme n'est plus devenu qu'une menteuse enseigne ; elle va de déception en déception, trébuchant dans tous les pièges, jusqu'au jour où, brutalement réveillée, elle se trouva, par la convention de juillet, isolée des conseils de l'Europe. Qui avait tissé la trame de cette conjuration ? Les plus fameuix diplomates des temps modernes : le gallophobe Palmerston, le délié Metternich, le haineux Nesselrode, l'énigmatique Werther. Nous ne saurions omettre ici, bien qu'il ne soit qu'à un second plan, l'homme le plus dangereux qui ait jamais tenu une ambassade, lord Ponsonby, passionné, violent, brouillon, mû par une seule idée, sa haine contre le Pacha d'Egypte et contre la France. Singulier agent qui se vantait d'avoir à Constantinople une politique à lui !

Tels sont les hommes qui engagèrent, avec une habileté consommée, la partie que nous devions perdre, la décision, la cohésion de nos forces morales [manquant totalement devant de tels adversaires, Thiers et Guizot luttaient d'influence ; l'opinion publique, qui aurait eu tant besoin d'être calmée, était surrexcitée par une presse souvent néfaste, dont certains organes levaient leur drapeau pour la révolution et pour la conquête.

Thiers, prévoyant et ardent, n'entendait point provoquer, mais ne voulait point céder ; Guizot, avec l'appui du roi Louis-Philippe, était

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