X INTRODUCTION
prêt à toutes les concessions pour le maintien de la paix. Quelque pénible que fût pour notre amour-propre cette politique, il faut avouer, dans le recul des temps, qu'elle était à peu près la seule possible, car la Monarchie de juillet avait compris qu'elle ne pouvait affronter la guerre, ce qui était pour elle une grande faiblesse.
Mais que de déboires, de fausses démarches eussent été épargnés si nos agents à l'étranger eussent fait preuve de plus d'expérience ! Connaissant imparfaitement les secrètes inclinations des Cours, ils tombaient tête baissée, n'écoutant que leur bonne foi, dans les pièges des conversations et des déclarations insidieuses.
Nous n'en trouverons que ^trop de preuves dans cette volumineuse correspondance diplomatique que j'ai dû, dans le désir de conserver à cet ouvrage son caractère documentaire, classer chronologiquement afin de suivre, pour ainsi dire, jour par jour, le sourd travail des puissances alliées. Tous ces faits qui, pris isolément, n'attirent que peu l'attention, révèlent, quand ils sont réunis en faisceau, leur grande importance dans les affaires diplomatiques. Ils montrent le dessous des cartes, et nous savons quelle redoutable partie se jouait alors en Europe, dépassant de beaucoup les intérêts d'un pacha on la garantie de l'étendue des droits d'un souverain envers son sujet. L'enjeu était la guerre ou la paix du monde, il était aussi pour la France son honneur.
Les documents réunis ici permettront d'établir que, si la France subit à ce moment un des plus graves échecs diplomatiques qu'elle eût jamais connus, par sa dignité dans son isolement, elle sortit de l'aventure avec la conscience d'avoir épargné à l'Europe, au prix d'une véritable victoire sur elle-même, une guerre générale, sans limites dans ses conséquences et qui eût été, vraisemblablement, désastreuse pour notre pays.