‹ La criseChapitre 15 sur 18 · MEMORANDUM · texte numérisé non relu

MEMORANDUM

Adressé au vicomte de Palmerston pai n M. Guizot ,

le i[\ juillet 1840.

«La France a toujours désiré, dans l’affaire d’Ürient, marcher d’accord avec la Grande-Bretagne, l’Autriche, la Prusse et la Russie. Elle n’a jamais été mue dans sa conduite que par l’intérêt de la paix. Elle 11’a jamais jugé les propositions qui lui ont été faites que d’un point de vue général , et jamais du point de vue de son intérêt particulier, car aucune puissance n’est plus désintéressée qu’elle en Orient. Jugeant de ce point de vue, elle a considéré comme mal conçus tous les

NOTE DE M. GUIZOT A LORD PALMER STON. 87 projets qui avaient pour but d’arracher à Méhémet-Ali , par la force des armes les portions de l’Empire turc qu’il occupe actuellement. La France ne croit pas cela bon pour le Sultan , car on tendrait ainsi à lui donner ce qu’il ne pourrait ni administrer ni conserver. Elle ne le croit pas bon non plus pour la Turquie en général et pour le maintien de l’équilibre européen; car on affaiblirait, sans profit pour le suzerain, un vassal qui pourrait aider puissamment à la commune défense de l’Empire. Toutefois, ce n’est là qu’une question de système sur laquelle il peut exister beaucoup d’avis divers. Mais la France s’est surtout prononcée contre tout projet dont l’adoption devait entraîner l’emploi de la force, parce qu’elle ne voyait pas distinctement les moyens dont les cinq Puissances pouvaient disposer.

« Ces moyens lui semblaient ou insuffisants, ou plus funestes que l’état de choses auquel on voulait porter remède. Ce qu’elle pensait à ce sujet, la France le pense encore, et elle a quelques raisons de croire que cette opinion n’est pas exclusivement la sienne. Du reste, on ne lui a adressé, dans les dernières circonstances, aucune proposition positive sur laquelle elle eût à s’expliquer. Il ne faut donc pas imputer à des refus qu’elle n’a pas été en mesure de faire la détermination que l’Angleterre lui communique, sans doute au nom des quatre Puissances. Mais au surplus, sans insister sur la ques¬

tion que pourrait faire naître cette manière de procéder à son égard, la France le déclare de nouveau : elle considère comme peu réfléchie, comme peu prudente, une conduite qui consistera à prendre des résolutions sans moyen de les exécuter, ou à les exécuter par des

Page 1