ARTICLE SÉPARÉ DU TRAITÉ D’ALLIANCE
En vertu d’une des clauses de l’article Ier du traité patent d’alliance défensive conclu entre la Cour impériale de Russie et la Sublime Porte , les deux hautes parties contractantes sont tenues de se prêter mutuellement des secours matériels et l’assistance la plus efficace pour la sûreté de leurs États respectifs. Néanmoins, comme Sa Majesté l’Empereur de toutes les Russies, voulant épargner à la Sublime Porte Ottomane la charge et les embarras qui résulteraient pour elle de la prestation d’un secours matériel, ne demandera pas ce secours si les circonstances mettaient la Sublime Porte dans l’obligation de le fournir, la Sublime Porte Ottomane, à la place du secours qu’elle doit prêter au besoin, d’après le principe de réciprocité du traité pa-
tent, devra borner son action en faveur de la Cour impériale de Russie à fermer le détroit des Dardanelles , c’est-à-dire à ne permettre à aucun bâtiment de guerre étranger d’y entrer sous un prétexte quelconque.
Le présent article séparé et secret aura la même force et valeur que s’il était inséré mot à mot dans le traité d’alliance de ce jour.
Fait à Constantinople, le 8a ^"7 l’an i833 (le 20 de la lune de Safer, l’an 1 249 de l’Hégire.
Signé , Comte Alexis Orloff (l. s.);
A. Bouteneff (l. s.).
(Les traités de la Russie avec la Turquie ont de l’importance , non pour leurs stipulations patentes , mais pour leur action désorganisatrice à laquelle l’appui de l’Europe est aveuglément accordé. Ainsi le traité d’Unkiar Skelessi a produit les plus funestes effets , sans que jamais l’occasion d’appliquer ce traité se soit présentée. Voilà ce qu’il est important de comprendre pour bien juger la portée du traité du 15 juillet. J’avais indiqué d’avance les conséquences du traité d’Unkiar Skelessi : on n’a pas tenu compte alors de l’avertissement, peut-être y réfléchira-t-on aujourd’hui.)
OBSERVATIONS
SUR LE TRAITÉ d’üNKIAR SKELESSI ,
Extraites de « U Angleterre , la France, la Russie et la Turquie, »
publiée en 1 834 ♦
« Ce traité qu’on présente comme arraché par l’importunité de la Porte tomba sur cette dernière comme un coup de foudre. Il sortait du ministère des affaires étrangères à Saint-Pétersbourg, où depuis longues années sans doute il attendait une occasion favorable.
« Le traité du 8 juillet fut présenté à la Porte comme la convention d’Akerman, non pour être discuté, mais pour être approuvé et accepté.
« On viola dans cette circonstance toutes les formes de la courtoisie internationale ; les individus qui étaient soupçonnés d’encourager une opposition furent menacés en particulier au nom de l’Empereur, « qui n apprit V existence de ce traité que comme nouvelle du jour ; » enfin les ministres ottomans ne renoncèrent à toute opposition que lorsqu’ils virent qu’elle ne ferait qu’attirer des malheurs sur leurs personnes, sans aucun avantage pour le pays.
«Cependant le traité, qui « n 'intéressait nullement ni la France ni T Angleterre } » avait une si haute importance pour la Russie que le comte Orloff fit clairement comprendre au Gouvernement turc que sa signature* était la condition du départ de l’armée russe.
« Un autre moyen d’entraîner la Porte fut employé :
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on promit que la moitié des six millions de ducats dus à la Russie serait remise, et Ton insinua que peut-être l’Empereur, flatté de la confiance qu’on lui montrerait, renoncerait a la somme entière. Une pareille négociation, des arguments et des faits pareils, n’ont pas besoin d’un seul mot de commentaire.
«Persuadé , d’après ce qui a été dit en divers lieux de ce traité, que la nature n’en a pas été comprise , nous allons indiquer les différents avantages qu’en a retirés la Russie, et qui le rendent si important pour cette Puissance.
«La Russie est actuellement protectrice légitime du Sultan, et le cas échéant, tout appel qu’il ferait à une autre nation le rendrait coupable d’une infraction aux traités. La Turquie a appris à ses dépens les tristes conséquences de tout ce qui pourrait devenir motif de réclamations russes , réelles ou simulées ; elle a appris la nécessité de ne donner à la Russie aucun motif même de discussion. Le fait d’une protection qui dégrade le Sultan aux yeux de son peuple est devenu patent par la solennité d’un traité.
« Le gant ainsi jeté par la France et l’Angleterre , et retiré ensuite par ces Puissances , sans avoir obtenu la moindre concession ni la moindre réparation , a valu à l’Empereur une victoire diplomatique supérieure à grand nombre de celles qu’on remporte sur les champs de bataille. Son influence sur l’Autriche et la Prusse s’en est accrue, et le Gouvernement turc est resté convaincu qu’il n’y avait plus de moyen de changer cet état de choses , et que pour conserver son existence actuelle il lui fallait uniquement avoir recours à l’in-
diligence que les devoirs du protectorat inspireraient à l’Empereur . »
« Pour couronner le merveilleux de cette étonnante histoire, on publie ces exemples de la modération de l’Empereur comme pour calmer les alarmes et faire taire les protestations de la France et de l’Angleterre, à l’occasion du traité du 8 juillet ; aux marques non équivoques de leur défiance succède bientôt le témoignage formel de leur satisfaction ; leurs flottes , après une démonstration utile seulement à la Russie \ sont rappelées à Malte et à Toulon. C’est ainsi qu’on proclame le triomphe diplomatique de la Russie , qu’on la délivre de toute crainte de responsabilité pour le passé, qu’on légalise toutes ses acquisitions , qu’on reconnaît l’authenticité de sa modération , et qu’on lui garantit l’indulgence des Puissances alliées. Quelle ne doit pas être la vitalité de la Turquie, puisqu’elle existe encore ! »
OBSERVATIONS
SUR LE TRAITÉ d’üNKIAR SKELESSI.
(Extrait du Portfolio , vol. III , p. 5io. )
Aussi longtemps que la Turquie restera dans son état actuel de dépendance à l’égard de la Russie, cette dernière conservera le même pouvoir sur les fonctionnaires
1 Une des conséquences de cette démonstration fut que Méhemet- Ali prêta l’oreille aux suggestions de la Russie, qui étendit ainsi son influence au delà de la Méditerranée et jusqu’aux bords de l’Océan indien.
OBSERVATIONS
de la Porte, les obligera à coopérer à ses volontés, et ils ne pourront s’y opposer efficacement tant que Constantinople ne sera pas garantie contre les menaces continuelles au moyen desquelles la Russie résout toutes les difficultés et fortifie toutes les mesures qui tendent à la destruction de la Porte , tant que le traité qui lie aujourd’hui la Turquie à la Russie , comme l’esclave est lié à son maître , ne sera pas anéanti.
On s’est généralement imaginé que tout le poids du traité d’Unkiar Skelessi se trouvait dans l’article séparé et secret , attaché à ce traité.
Cet article a comme de raison son importance , car le fait seul d’un engagement secret contracté entre deux États a dès longtemps été considéré dans la pratique des affaires comme un acte d’hostilité envers les autres Puissances dont il peut concerner les intérêts. L’article secret en question équivaut à une déclaration de guerre à laquelle la Russie a forcé la Porte de se réunir contre l’Angleterre et la France , qui lui firent en vain leurs remontrances.
Nous croyons, toutefois , que l’importance beaucoup trop grande qu’on a donnée à cet article a trop détourné l’opinion publique des autres points bien plus graves du traité lui-même , et que c’est là ce qui l’a fait considérer comme lettre-morte tant que la guerre n’est pas formellement déclarée entre la Russie et quelque autre puissance européenne. — Nous disons formellement , car nous pensons, qu’à toute autre époque de l’histoire, les actes réitérés de la Russie auraient déjà été envisagés comme de franches hostilités.
Le préambule du traité dit : « L’Empereur de toutes
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les Russies et l’Empereur des Ottomans ont résolu cVè tendre et de fortifier la parfaite amitié et la confiance qui régnent entre eux, par la conclusion d’un traité
d’ alliance défensive . »
La nécessité d’une alliance défensive n’aurait pu résulter que du danger réel ou prétendu d’une attaque domestique ou étrangère. Or, comme aucun danger réel ne semble pouvoir menacer la Turquie de la part d’aucune puissance européenne, si ce n’est de la Russie elle-même, cette dernière a dû faire accroire au Sultan que l’Angleterre est cette puissance hostile, puisqu’elle a témoigné de l’indifférence pour son salut, et lui a refusé des secours contre un traître et un rebelle, qui avait alors même l’appui moral de l’Angleterre par la présence de son agent diplomatique en Égypte.
C’est ainsi que nous sommes devenus un instrument entre les mains de la Russie, et que nous lui avons fait atteindre une position et une influence, qu’autrement ses armes, sa puissance et ses millions ne lui auraient jamais procurées.
Certes, c’est bien à l’Empereur de Russie à dire : «Dorénavant, il n’y aura plus de guerre entre la Russie et la Turquie ! »
Le premier article du traité est de la teneur suivante :
« Il y aura à jamais paix, amitié et alliance entre Sa Majesté l’Empereur de toutes les Russies et Sa Majesté l’Empereur des Ottomans, leurs empires et leurs sujets, tant sur terre que sur mer. Cette alliance ayant uniquement pour objet la défense commune de leurs
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États contre tout empiètement , Leurs Majestés promettent de s’entendre sans réserve sur tous les objets qui concernent leurs tranquillité et sûreté respectives, et de se prêter a cet effet , mutuellement , des secours matériels et l’assistance la plus efficace. »
Nous considérons cet article comme le plus important de tous dans le traité.
Il donne à la Russie le droit d’entretenir avec la Porte des communications sans réserve sur tous les objets que l’envoyé russe croira pouvoir concerner la tranquillité et la sûreté, soit de la Turquie, soit de la Russie, ou bien se rattacher aux relations intérieures ou extérieures de la Porte ; et à moins que celle-ci ne s’explique sans réserve aucune vis-à-vis de l’envoyé, sur chaque point, il ne pourra plus être dit qu’on s'entend . Or, la moindre réserve de la part du Divan sur une question que le ministre de Russie interpréterait comme dangereuse pour la tranquillité de la Turquie, équivaudrait de fait à une infraction au traité d’alliance et à un motif d’hostilité.
Par ce traité d’Unkiar Skelessi, la Russie réclame pour elle le droit d’intervenir dans tout ce qu’elle prétend pouvoir concerner la tranquillité de la Turquie ; elle doit donc y décider virtuellement du choix et du renvoi des ministres , des ambassadeurs, des amiraux et des généraux. Toute la diplomatie turque doit se diriger d’après les conseils de la Russie. Les relations entre la Sublime Porte et ses dépendances, soit principautés chrétiennes, soit provinces et pachaliks musulmans d’Égypte, de Syrie, de Tunis et de Tripoli, doivent
être conduites selon les ordres de la Russie, qui de plus doit y exercer son contrôle sur l’administration de l’intérieur et des finances, aussi bien que sur les affaires des diverses croyances religieuses; autrement, un prétexte se présentera bien vite au Cabinet de Saint-Pétersbourg pour s’emparer de Constantinople , puisque le Sultan aura manqué à ses engagements. Nous voyons ainsi que ce traité, dans toute son étendue, est loin d’être une lettre-morte, même avant que les projets de la Russie soient suffisamment mûris, et qu’en même temps il renferme précisément le principe de vie qui hâte la maturité de ces projets.
Ainsi, quand la Russie atteignait bientôt après un but auquel elle avait visé longtemps, celui de placer la nation arménienne sous la dépendance religieuse d’un patriarche résidant dans une de ses provinces, elle ne faisait que réaliser un des objets pour lesquels le traité d’Unkiar Skelessi avait été concu.
Lorsqu’elle forçait la Porte de mettre à mort de jeunes officiers qui regardaient une décoration russe comme un emblème de honte et d’humiliation, elle ne faisait qu’atteindre un autre objet du traité, qui consistait a détruire tous les sentiments de nationalité, auxquels le Sultan avait dû jusqu’à ce jour la stabilité de son trône.
L’article dont nous parlons est l’instrument le plus complet que l’esprit ait pu inventer pour assurer à un État la domination suprême sur les destinées d’un autre. Il donne à la Russie le pouvoir de fomenter des troubles intérieurs en Turquie par le moyen de tous le plus odieux, c’est-à-dire par l’intervention etran-
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gère, et de plonger ce pays dans la guerre civile, l’anarchie et la mésintelligence avec les autres Puissances , dès qu’il plaira à l’Autocrate de se faire appeler au secours du Sultan, comme ami, protecteur et allié, et de lui prouver cette amitié et cette confiance, avec lesquelles Cortez soutenait jadis la dignité et X indépendance de l’infortuné Montezuma.
Nous n’avons cependant touché encore qu’au premier article du traité.
Le second stipule que, non-seulement le traité d’Andrinople et la convention de Saint-Pétersbourg du i4 avril i83o, mais aussi les arrangements relatifs à la Grèce, conclus à Constantinople le 21 juillet i832, sont confirmés dans toute leur teneur par le présent traité d’alliance défensive, comme s’ils y étaient insérés mot pour mot.
Ainsi tous les arrangements qui restent a être concertés entre la Grèce et la Turquie, résultant des délais dans la délimitation des frontières ou ayant rapport au droit d’émigration et à la vente respective des propriétés turques et grecques, doivent dépendre désormais de la manière dont la Russie et la Porte s’ entendront sans réserve , et la Russie s’assure par là, jusqu’au dernier moment, la direction de la quadruple alliance du 7 mai,. et peut continuer à faire de l’Angleterre, de la France, de la Bavière et de la Grèce, de simples instruments pour favoriser ses vues et ses empiétements en Orient.
Le troisième article dit : « Dans le cas où les circonstances (provenant, comme de raison, de l’envoyé russe) qui pourraient déterminer de nouveau la Su-
blime Porte à réclamer l’assistance navale et militaire de la Russie, viendraient à se présenter, l’Empereur promet de fournir, par terre et par mer, autant de troupes et de forces que les deux hautes parties contractantes le jugeraient nécessaire. » On ne fournira donc pas ce que la Turquie, mais ce que les deux hautes parties contractantes jugeront nécessaire, c’est-àdire ce que la Russie, agissant envers la Turquie selon la teneur compulsive du traité, et apres s'être entendue avec elle sans réserve, aura décidé. Cette seule circonstance, que la Russie aura à prononcer sur le chiffre des forces à envoyer en Turquie, prouve déjà évidemment que c’est la Russie qui a dicté le traité. L’article se termine ainsi : « D’après cela il est convenu, qu’en ce cas les forces de terre et de mer dont la Sublime Porte réclamerait le secours seront tenues à sa disposition. »
Par cette clause, la Russie obtient un prétexte convenable pour tenir une flotte et une armée dans le voisinage de Constantinople, afin d’être en état d'occuper promptement la capitale , lorsqu’une des occurrences se présenterait, qu’elle est toujours en mesure de faire naître en temps opportun.
Nous appelons maintenant l’attention de nos lecteurs sur l’article séparé et secret ; mais nous les prions d’observer avant tout les faits suivants : le traité patent et l’article séparé et secret portent la même date ; ils ont été communiqués ensemble au Gouvernement britannique par l’ambassadeur russe à Londres. Cela n’eut lieu cependant que six mois après leur ratification, l’Empereur s’étant assuré dans l’intervalle que ses au-
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gustes alliés se soumettraient a toute insulte qu’il se permettrait à leur égard.
En vertu d’une des clauses du premier article du traité patent, « cette alliance ayant uniquement pour objet la défense commune de leurs Etats contre tout empiétement, Leurs Majestés promettent de s’entendre sans réserve sur tous les objets qui concernent leur tranquillité et leur sûreté respectives, et de se prêter à cet effet mutuellement des secours matériels et l’assistance la plus efficace ; » — d’après cela les deux hautes parties contractantes avaient réciproquement à se fournir des secours matériels et efficaces pour se garantir la tranquille possession de leurs États. Cependant, voyons ce que dit l’article séparé : «Comme Sa Majesté l’Empereur de toutes les Russies, voulant épargner à la Sublime Porte ottomane la charge et les embarras qui résulteraient pour elle de la prestation d’un secours matériel, ne demandera pas ce secours, si les circonstances mettaient la Sublime Porte dans l’obligation de le fournir; la Sublime Porte ottomane, à la place du secours qu’elle doit prêter au besoin , d’après le principe de réciprocité du traité patent, devra borner son action en faveur de la cour impériale de Russie à fermer le détroit des Dardanelles, c’est-à-dire à ne permettre à aucun bâtiment de guerre étranger d’y entrer sous un prétexte quelconque. »
La raison principale, qui fait qu’on a si complètement méconnu la portée de ce traité, consiste dans l’idée qui s’est établie très-généralement en Europe, que ce traité n’aurait d’efficacité qu’en temps de guerre.
Mais son texte ne fait pas même allusion au mot de
guerre. Le secours que la Turquie est tenue de fournir doit être fourni , au besoin , c’est-à-dire dans le cas ou des circonstances quelconques porteraient la Russie à juger nécessaire la clôture des Dardanelles, circonstances qu’il est en son pouvoir de provoquer à tout instant.
Nous trouvons absolument impossible d’exposer dans les lim ites que nous nous sommes tracées tous les modes infinis par lesquels ce traité donne à la Russie le pouvoir d’exercer sur l’Angleterre un contrôle nuisible, sans que le mot de guerre soit même mentionné, si ce n’est comme une chose que l’Angleterre doit éviter .
Le Sultan espère pouvoir secouer son joug à l’aide de l’Angleterre. Mais, dès qu’une armée d’occupation ne courra plus le risque d’être exterminée par la haine nationale, on trouvera aisément l’occasion de l’envoyer à Constantinople, puisque le droit de l’y envoyer se trouve déjà établi dans le traité d’Unkiar Skelessi. La seule chose qui rend ce traité lettremorte jusqu’à un certain degré, c’est l’esprit de nationalité des Turcs.
Maintenant supposez que la Russie veuille faire du tort à notre commerce , eh bien , au lieu de nous donner satisfaction , elle nous fermera les Dardanelles par son traité.
Prenons un autre exemple. La Russie guerroie contre des populations indépendantes habitant les bords de la mer Noire, elle bloque leurs cotes; l’Angleterre ne reconnaît pas ce blocus. Si un navire anglais est coulé
70 OBSERVAT. SUR LE TRAITÉ ü’UNKIAR SKELESSI. à fond en faisant ce commerce , obtiendrons-nous une réparation ?
Des complications infinies peuvent s’élever par suite de nos rapports avec ces diverses populations des cotes de la mer Noire; comment, dans chaque cas particulier, l’Angleterre parviendra-t-elle à protéger les intérêts de ses sujets? Certes ce n’est que par la présence de ses vaisseaux de guerre dans la mer Noire qu’elle pourra prévenir les insultes et les dommages de son commerce. L’absence de la flotte britannique dans ces parages, au moment où les intérêts anglais s’y trouvent menacés , est le meilleur commentaire pratique du traité d’Unkiar Skelessi. L’historien de la cour de Russie, Raramsin , traçant un rapide tableau de la politique de son pays, explique admirablement le traité dont nous nous sommes occupés , en nous montrant ce que signifient les mots de paix , confiance et amitié dans la bouche de l’autocrate moscovite.
« Rien ne varie dans le caractère et les vues de notre « politique étrangère. Nous tâchons d’être partout en « paix et de faire nos acquisitions sans guerre en nous « tenant toujours sur la défensive. Nous ne nous fions « pas à l’amitié de ceux dont les intérêts ne sont pas « d’accord avec les nôtres, et nous ne perdons pas l’oc- « casion de leur nuire sans violer ostensiblement les « traités. »