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simple manœuvre dans une usine? Il n’a entre les mains que ce faible bagage de l'instruction primaire, qui consiste en quelques notions de lecture, d'écriture, de calcul, mais il n’a aucune connaissance professionnelle. Ne serait-il pas bon qu’il passât dans un atelier-école, où on lui apprendrait les rudiments de quelque profession ?
Bien des métiers, quoique différents les uns des autres, ont cependant entre eux une certaine analogie. On pourrait grouper ceux qui ont des points de contact et créer des ateliers où on rpratiquerait les métiers qui découlent d'un même principe.
L'enfant, placé dans ce milieu, verrait s’éveiller en lui ses aptitudes. Après quelque temps, 1l serait capable de choisir la profession qui lui convient le mieux. Déjà apte à rendre quelque service quand :il entrerait dans un atelier, 1l pourrait gagner quelque chose tout en continuant son apprentissage.
Ce sont ces considérations qui, exposées au Congrès de l’'Apprentissage, ont entrainé l'adoption d'un vœu, dont voici quelques passages :
« Considérant que, dans la plupart de nos industries, le travail exigeant un déploiement de forces que ne peut fournir l'enfant à sa sortie de l’école, il est reduit, soit à des emplois subalternes incapables de l’instruire, soit à une oisiveté plus dangereuse encore. Qu'en fait, il existe entre douze et quatorze ans, pour le jeune garçon, une
période critique d’où dépend, suivant qu’elle est bien ou
mal employée, l'avenir du jeune ouvrier; que, dès lors, sans méconnaitre la diversité des remèdes qui peuvent atténuer la crise, 1l est urgent de prendre des mesures pour organiser au plus tôt, au profit de cette catégorie d'enfant, des ateliers-écoles de « fréapprentissage ».
» Le Congrès émet le vœu :
» Que ce préapprentissage ait lieu, sous foime d'atelier préparatoire, soit à l'école primaire, soit de toute autre façon; que les enfants soient reçus sans concours à leur sortie de l’école primaire, dans des écoles ou ateliers préparatoires où ils recevront gratuitement une instruction -professionnelle élémentaire, consistant en un ensemble de notions qui les rendront aptes à l'exercice de la profession qu'ils pourront alors choisir en connaissance de
cause. ))
« À toutes les écoles primaires devraient être adjointes des écoles pratiques, qui donneraient aux enfants une formation commerciale ou industrielle ». C’est à la généralisation de ce moyen que tend le vœu ci-dessus. Créées par les communes avec l’aide de l'Etat, les écoles pratiques répondent aux desiderata exprimés par les Chambres de Commerce et les grandes Unions patronales; elles combinent heureusement l'initiative particulière et
l'action protectrice de l'Etat. Elles prennent l'enfant à
l'âge où il commence à songer à gagner sa vie et lui mettent un métier entre les mains.
On ne saurait trop encourager ces institutions. Elles devraient prendre l'enfant, non pas à la sortie de l'école primaire, mais dès qu'il y entre et, dans le temps des études, on devrait consacrer une ou deux heures par Jour aux travaux manuels.
Actuellement, les écoles pratiques de Commerce et d'industrie ne peuvent prendre les enfants qu’à l'âge de treize ans ou de douze lorsqu'ils ont obtenu leur certificat d'études. Il faudrait que le cours d'enseignement pratique fut donné concurremment avec l’enseignement de l’école.
La loi de 1882 indique dans le programme des écoles primaires : « Eléments des sciences naturelles, physiques et mathématiques, leurs applications à l’agriculture, à l'hygiène, aux arts industriels, travaux manuels et usage des outils des principaux métiers. »
Pourquoi ces points si importants sont-ils insuffisamment développés? On devrait inspirer à l'enfant l'amour au travail manuel. L'enfant qui apprend consciencieusement l'usage des outils devrait être aussi bien récompensé que celui qui réussit ses narrations ou ses analyses. Toutes les intelligences ne sont pas coulées dans le même moule. Tous ne peuvent avoir au même degré l'aptitude nécessaire aux études classiques. Ne serait-ce pas faciliter aux enfants le moyen de se développer que
d'offrir à leur activité plusieurs directions ?
L'enfant rebelle à l'instruction, telle qu'elle est donnée dans les écoles, serait peut-être le premier, s’il devait accomplir quelque travail manuel. Dans la vie de la classe pauvre, la connaissance d'un métier n'est-el'e pas
plus nécessaire que la science des livres ?
Un pas a déjà été fait dans le sens de ces desiderata. Une loi du 5 Juillet 1903 a autorisé l’enseignement professionnel de la dentelle à la main, dans les écoles primaires de filles des départements où cette fabrication est en usage. Les Ecoles Normales de ces mêmes départements devront rendre les institutrices aptes à cet ensei-
gnement.
Cette mesure est excellente; l’on devrait s’en inspirer pour créer, dans toutes les écoles primaires, des cours où seraient enseignés les premiers principes de l'industrie
propre à la région.
Un des moyens destinés à améliorer l'apprentissage est l'établissement d’une surveillance plus effective des apprentis, l’organisation de concours entre eux et l'attribution d’une récompense aux plus méritants.
L'apprentissage gagnerait à être plus surveillé. Cette surveillance ne sera effective que si l'on peut contrôler l'existence du contrat, d’où nécessité de le rédiger par écrit et d’en exiger le dépôt au Conseil des Prud’hom-
mes. On sait que la loi de 1851 autorise le contrat ver-
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bal. Dans l'enquête crganisée par le Conseil Supérieur du Travail en 1902, les quatre cinquièmes des organisations patronales et ouvrières étaient d'accord pour réclamer le contrat écrit. Le Conseil Supérieur du Travail s'est complètement associé à cette demande.
La surveillance devrait être confiée à des commissions mixtes de patrons et d'ouvriers et, à défaut, au Conseil des Prud'hommes. En cas d'abus graves, le Conseil des Prud'hommes pourrait, sur la proposition de la commuission mixte, quand elle existe et d'office quand elle n'existe pas, réduire et limiter par Jugement le nombre des apprentis d’un établissement. En cas de récidive ou après des fautes très graves, 1l pourrait retirer le droit d'avoir des apprentis pour un temps ou même définitivement. (1)
On préviendrait ainsi les abus signalés comme une des crises de l’apprentissage. Le patron qui emploierait, d'une manière continue, ses apprentis à des besozres identiques et ne leur enseignerait par la science du métier, pourrait voir le nombre de ses apprentis limité. Le Conseil des Prud'hommes, ce faisant, protégerait, non seulement les enfants, mais encore les concurrents du patron qui, plus scrupuleux que lui, n'auraient pas embauché d’apprentis ou leur apprendraient consciencieu-
sement le métier qui fait l’objet du contrat.
(1) Vœux de la Commission Permanente du Conseil supérieur du Travail, adoptés dans la session de Novembre 1902. V. rapport de M. Briat.
Le Conseil Supérieur du Travail émet le vœu «qu’un » examen théorique et pratique et un certificat d’instruc- » tion professionnelle soient institués. » (1)
L'examen serait passé, soit devant la commission mixte constituée comme dit ci-dessus, soit devant des délégués de syndicats patronaux et ouvriers, mais c’est au Conseil des Prud'hommes qu’incomberait le soin de délivrer le certificat.
La délivrance du certificat pourrait entraîner l'attribution d’un prix à l'apprenti le plus méritant. Ce serait là un moyen d’émulation excellent. La difficulté est de trouver des fonds. On peut espérer que les syndicats intéressés interviendraient et voteraient, sur leur caisse, les sommes nécessaires à la création des prix.
Certains membres du Conseil Supérieur du Travail avaient émis le vœu que le patron fut déclaré responsable en cas d'échec de l'apprenti; la Commission permanente ne les à pas suivis dans cette voie.
La crainte de la responsabilité pourrait conduire au refus d’embaucher des apprentis. Le but atteint serait tout autre que celui visé.
Enfin, dans un dernier vœu, le Conseil Supérieur du Travail souhaite « qu'en ce qui concerne l'apprentissage »et la limitation du nombre des apprentis, la loi per-
» mettre sans ambiguïté aux Commussions Mixtes syndi-
(1) Rapport de M. Briat, 1002.
» cales, ayant conclu des conventions sur ces matières, » d’ester en justice pour faire la preuve du préjudice » causé à tout ou partie de leurs membres par la concur- » rence déloyale provenant d'abus commis en ces ma- » tières. »
Après avoir exposé les avantages des Commissions mixtes, qui sont composées d'éléments uniquement professionnels, le rapporteur de la commission permanente trouve, dans leur peu de pouvoir, une raison de leur petit nombre. Aussi voudrait-1l leur donner le moyen d'intervenir et de réclamer des dommages-intérêts au patron qui aurait abusé des apprentis. C’est la sanction civile venant s'ajouter à la peine que pourrait prononcer le Conseil des Prud'hommes contre le patron coupable. (Limitation du nombre des apprentis ou interdiction
d'occuper des apprentis).
Le dernier moyen préconisé, pour améliorer l'apprentissage, est un adoucissement apporté aux lois qui réglementent le travail des enfants. Ces lois sont une des raisons pour lesquelles on n’emploie plus d'enfants.
La loi de 1892, modifiée par celle du 30 Mars 1900, a été la cause de beaucoup de renvois. On a proposé d'y apporter des changements. Une proposition, signée par MM. Waddington et Maxime Lecomte, a été adoptée par le Sénat en 1004 et est toujours pendante devant la Chambre.
Aux termes de cette proposition, l'industriel aurait le droit de choisir entre la limitation journalière de dix heures et une limitation hebdomadaire de €o heures de travail Le travail de onze heures par jour perdant cinq jours serait ainsi autorisé et le personnel protégé pourrait disposer d’une demi-journée dans la semaine. De plus, certaines dérogations à la durée du travail seraient accordées pour un temps plus ou moins long, suivant qu'il s'agisse d'industries de plein air ou employant des matières périssables, d'industries soumises à l'influence des saisons, de la mode, etc. ou d’industries n'offrant aucun de ces caractères.
Üne autre proposition a été déposée à la Chambre des Députés; elle n'a pas encore été discutée. Il s’agit de l'unification à dix heures de la journée de travail, pour tout le personnel employé dans l’industrie. L'adoption de cette proposition faciliterait l'emploi des enfants, mais, par contre, elle apporterait, dans certaines mdustries qui sont obligées de travailler douze heures, une réduction de la durée du travail trop considérable.
Quelle que soit la solution adoptée par le lézislateur, il semble que son effort ne peut porter que sur ce point; les lois concernant l'obligation du livret, les accidents du travail peuvent difficilement être modifiées. Ce qu'on peut souhaiter, c’est dans leur application une souplesse plus grande, qui les rendraient moins onéreuses aux in-
dustriels.
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