RÉSUMÉ & CONCLUSION
Si l'on arrivait à produire l’or et à vil prix, il en résulterait de grands bouleversements. L'or n'ayant plus la valeur que lui donne aujourd'hui sa rareté, ceux qui en possèdent beaucoup, se trouveraient ruinés du jour au lendemain. |
Il en est de même dans l'industrie, l'ouvrier qui connaît les secrets d’un métier et qui voit tout-à-coup remplacer, par une machine, ce qui faisait son habileté professionnelle, perd le capital que représentait son savoir; il se trouve, en quelque sorte, ruiné.
Tout progrès amène forcément une crise. L'activité qu'on avait accoutumé à diriger dans un sens, se trouve tout-à-coup poussée dans une voie nouvelle; 1l en résulte des difficultés, des heurts pénibles. L'homme qui, pendants de longues années, a exercé un métier a pris des habitudes contre les quelles 1l lui est difficile de réagir. S'il voit son métier supprimé, 1l tombe dans un morne désespoir et voyant l'avenir sous de sombres couleurs, il décourage son fils d'apprendre un métier.
D'autre part, les progrès accomplis ont fait naître les rêves les plus merveilleux. N’a-t-on pas calculé que dans un certain nombre d'années, la durée du travail pourrait se réduire à deux heures par jour, la machine
ayant presque partout remplacé la main-d'œuvre?
On oublie que le progrès amène avec lui des besoins nouveaux. Ce qui était luxe hier est devenu nécessité aujourd'hui et le plus humble ne saurait s'en passer. Pour répondre aux besoins, il faut produire et pour produire, il faut un grand nombre de bras. La machine remplace le travail de l'individu, mais il faut des hommes pour surveiller les machines; 1l faut des hommes pour les construire. Le progrès n’a pas pour effet de supprimer l’activité, 1l ne fait que la déplacer.
On conçoit aisément que les progrès de l'industrie aient eu leur répercussion dans les mœurs. La nécessité de gros capitaux pour l'achat de machines coûteuses, l'obligation de produire beaucoup pour produire bon marché ont amené la concentration de l’industrie dans un petit nombre de mains et la disparition des petits métiers. Le rêve de l'artisan d'autrefois était de s'établir à son compte; cette idée le soutenait et l’aidait. La réalisation de ce rêve n’est plus guère possible aujourd’hui.
L'ouvrier, n'ayant plus le même intérêt à devenir compétent, à fait moins d'efforts pour s’instruire des secrets du métier. Le patron lui-même, attendant toujours des machines des progrès nouveaux, n’a pas été poussé à former des apprentis, les tentatives effectuées, le capital dépensé dans ce but, pouvant être perdus par une invention nouvelle. Et d’autre part, la loi a paralysé souvent son initiative.
L'Etat ne pouvait rester indifférent à l’évolution qui
Le = >" 7 2 LA se produisait; avec le progrès sont nées des idées nou-
velles. Il fallait que la législation en fut le reflet et, l'industrie devenait, d’ailleurs, une force que l'Etat ne pouvait laisser créer sans intervenir. D'où ces lois restrictives de la liberté qui, dans bien des cas, ont entravé l’apprentissage.
Nous sommes à une époque de transition. Le passé es encore trop près de nous pour que nous n'en soyons encore tout imprégnés. Nous sommes tentés de répéter aujourd'hui ce qui existait autrefois. Cependant, ce qui convenait hier ne convient plus aujourd'hui; aux mœurs nouvelles qu’a créées le progrès, doivent correspondre des institutions nouvelles. Ce passage d’un état à un autre, brusque et violent, lorsqu'il s'agit de machines ne peut se faire aussi rapidement lorsqu'il s’agit d'état d'esprit. Le progrès matériel va plus vite que le progrès des idées.
Les merveilleux effets du travail mécanique, la rapidité avec laquelle on pouvait initier les ouvriers au fonctionnement des machines ont fait croire que l’apprentissage n'était plus nécessaire. On s'aperçoit aujourd’hui qu'il faut, pour réparer ces machines, pour assurer leur marche régulière, des hommes compétents et dont la formation doit être plus longue et plus sérieuse encore que l'apprentissage d'autrefois.
Cette formation se fera-t-elle à l'atelier ? Il semble que cette condition n'est plus aussi nécessaire que jadis. Pour un grand nombre de professions, la forma-
tion de l’école, si elle est à la fois théorique et pratique,
peut remplacer, dans une certaine mesure, l'atelier. Il en est ainsi, du moins, dans les industries où la machine remplace presque partout la main-d'œuvre. Mais 1l reste encore beaucoup d'industries qui exigent une participapation plus effective de l'intelligence et de la force musculaire de l’homme.
C'est là aussi une caractéristique de cette époque de transition, Les progrès ne se sont pas produits en même temps dans toutes les branches de l’industrie; ils n’ont pas été partout aussi grands. Il reste encore bien des métiers où la machine n’a pas remplacé l'individu. À ceux-là, les anciennes méthodes sont applicables et l'apprentissage, tel qu'il était pratiqué autrefois, reste nécessaire.
Ces métiers se perfectionneront-ils ? Verra-t-on les ouvriers qui les exercent se diviser eux aussi en deux classes : les manxuvres et les ouvriers compétents ? L'avenir le dira. (1)
Ce qui reste vrai, c'est que, dans l’état actuel des choses, on ne peut remédier à la crise de l'apprentissage
par des mesures uniformes.
Il semble que le rôle de l'Etat est d'assister en specta-
teur aux efforts tentés par l'initiative privée.
(1) Il est douteux que, sous l’action du progrès, les métiers artistiques arrivent jamais à une transformation telle, qu’ils ne nécessitent plus d’apprentissage. Les méthodes des industries d’art se perfectionnent, mais elles ne changent guère.
Ce spectateur ne doit pas être purement passif. Il doit encourager les essais qui lui paraissent les plus susceptibles d'améliorer l'apprentissage : il doit les soutenir et les aider.
Cn a souvent parlé, à propos d’une autre institution, de «la liberté subsidiée». C’est là une formule heureuse pour désigner l’action de l'Etat. L'Etat consacre les œuvres d'initiatives ou les provoque en leur accordant des subventions qui leur permettent de vivre et de prospérer. Qu'il agisse ainsi pour l'apprentissage; qu’il laisse aux patrons et aux ouvriers — tous deux les plus intéressés à la solution de la crise — le soin de créer les institutions les plus propres à développer l'apprentissage dans leur industrie particulière. De ces expériences et de ces efforts encouragés et subsidiés, on peut attendre les
résultats les meilleurs.
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