A. Balfour. Les fondemenla de la croyance, 189o
titude : lessens, Vidée, le jugement Ja raison, le témoignage htimainei le témoignage divin. Dans les 8* et 9^ chapitres nous verrons ce qu'il faut penser de la réduction de ces nombreux critères, soit intrinsèques, soit e£»?^rmsègwe5.Dans le 10" nous étudierons V évidence, motif suprême de certittide et commun à tous les critères. Dans le ll'nous préciserons l'utilité d'un certain doute rnélhodiqve, comme point de départ de la recherche. Entin dans un 12® et dernier chapitre, nous mettrons en lumière la diversité des méthodes et des certitudes qui en sont le terme et le produit naturel.
Nous aurons ainsi considéré la certitude à tous ses points de vue : son existence, ses critères, son motif suprême, et les méthodes scientifiques qui nous y conduisent.
Existence de la certitude objective.
Notion La Certitude dont nous entreprenons la défense, n'est certltide p^s unc Certitude purement subjective, c'est-à-dire un objective, gjj^pig ^tg^t jg conscience, une disposition purement affective du sujet pensant, qui croit sans aucun doute posséder une vérité. L'existence de tels états psychologiques est admise par tous, même par les sceptiques qui la déclarent illusoire et sans valeur. Il s'agit donc ici d'une certitude objective o\x vraie, c'est-à-dire conforme à son objet. Nous la définirons : Vadhésion feryne de l'esprit à une vérité perçue, par uji raotif qui exclut toute crainte prudente d'erreur ; ou plus brièvement : la possession consciente d'une vérité excluant tout doutée En sorte qu'il ne peut y avoir de certitude objective de ce qui n'est pas : ce serait contradictoire, comme nous l'expliquerons plus longuement dans la suite de cette Etude.
Est-elle Mais uu tcl état d'esprit est-il possible ? L'esprit hupossibie? jjjajjj peut-il atteindre et posséder le vrai avec certitude? Cette question préliminaire se pose avant toute autre, car s'il était reconnu que nous sommes incapables de rien connaître avec certitude, et de jamais posséder aucune vérité, il serait bien inutile d'en commencer la recherche, et d'en essayer une théorie explicative. Notre étude et nos discussions seraient condamnées à l'avance, par leur but chimérique, et le lecteur devrait refermer ce livre, dont la lecture et Pétude seraient fatalement stériles.
1. Le doute est cet état de l'esprit indécis, qui ne sait s'il doit affirmer ou nier. L'opinion est un jugement plus ou moins probable, auquel adhère l'esprit, mais avec quelque crainte de se tromper. — Cf. notre Cours de philosophie. Logique, n°' 180 et suiv.
du sens commun.
Heureusement que cette question est déjà résolue, Répo au moins en principe, par tous les hommes de bon sens, de tous les pays, de tous les siècles, de toutes les civilisations, aux yeux desquels cette question ne devrait même pas se poser, tant la réponse est d'une évidence élémentaire.
En effet, il serait aisé de montrer que la thèse du scep- seputicisme absolu, impliquant une contradiction intrinsè- c"nu-aque, se détruit elle-même, car si le sceptique affirme "^'""^^ avec certitude qu'on ne peut rien affirmer avec certitude, il se réfute lui-même ; et s'il doute seulement qu'on puisse rien affirmer avec certitude, son doute lui-même n'en sera pas moins certain.
Le scepticisme universel ne se conçoit môme pas, car celui qui prétend douter de tout, doutera-t-il aussi de son doute? C'est bien impossible. Tous les objets ne sont donc pas incertains, et la certitude objective existe, quelque restreint que soit son domaine.
Du reste, ces sceptiques absolus, — si tant est qu'il yen ait jamais eu de sincères, — n'ont jamais pu vivre en sceptiques^ condamnant ainsi en pratique leur propre théorie, car une théorie abstraite qui ne peut être vécue, et ne peut supporter l'épreuve de l'expérience, n'est pas une théorie viable, n'étant pas conforme à la réalité ; elle est donc fausse.
On connaît la scène classique de Molière, oii le philo- et sophe sceptique, après s'être interdit de prononcer au- '"biT"' cune affirmation formelle, change instantanément d'opinion, lorsque son interlocuteur lui réplique à coups de bâton, et le force ainsi à se plaindre sans hésiter des mauvais traitements dont il ne doute plus être la véritable victime.
Impossible de raisonner avec un sceptique qui douterait de tout, même de l'existence de son doute. Un tel état d'esprit, s'il était possible et sincère, ne serait
plus du ressort de la logique, mais de la pathologie. On ne peut raisonner avec un homme, qui, de parti pris, abdique sa raison, pas plus qu'on ne raisonne avec une statue de pierre, une plante ou une bûche, suivant la comparaison qu'Aristote faisait du sceptique.
Comment Mais si la question de la certitude objective en genèse pose lai,, j III
question, lal, n cu est pas une aux yeux du sens commun, elle devient un problème ardu et difficile, dès qu'on veut rechercher quel en est l'objet précis, et quelles sont les limites naturelles du champ de la certitude humaine.
En réponse à cette nouvelle question, nous allons exposer, assez longuement, vu l'importance capitale du sujet, d'abord la solution de la philosophie traditionnelle, puis celle de la philosophie moderne, kantiste et néo-kantiste, dont nous ferons la critique approfondie.
Avertissons toutefois le lecteur, pour l'orienter dans sa marche, que les modernes s'accordent à ne reconnaître au sujet pensant que la connaissance ou l'intuition directe de ses propres idées et de ses états de conscience, revenant ainsi par un chemin détourné à la certitude purement subjective, puisque le moi en serait le seul objet; — tandis que tous les disciples d'Aristote et de S. Thomas soutiennent unanimement qu'il a l'intuition directe de divers objets étrangers, avant môme celle de ses propres idées ou de ses propres affections. Ainsi quand je palpe un relief, c'est la figure en relie f que je perçois avant de percevoir mon impression tactile qui est 671 creux ; et quand je compte des pièces de monnaie, c'est leur nombre que je perçois avant de percevoir mon idée de nombre. L'opposition radicale des deux doctrines, objectiviste et subjectiviste, suffirait même à distinguer nettement la philosophie traditionnelle de la philosophie moderne, parleur caractéristique essentielle.