Cf. Bergson, Matière et Mémoire, p
LES CRITERES : 2 L'IDEE
travail e {généralisation
Le travail d'abslraclion est donc facile à comprendre ; Le celui de généralisation ne l'est pas moins. Après avoir de jjéné saisi le plan idéal du triangle ABC, d'une manière spon tanée et automatique, et l'avoir saisi tel qu'il est réa lise dans ce triangle, c'est-à-dire isolément et en luimême, l'intellect le saisit dans son rapport avec tous les triangles semblables à ABC, existants ou purement possibles, connus ou inconnus. Ainsi, par cette simple comparaison, le type de triangle propre à ABC, devient un type commun à tous les triangles semblables, c'està-dire universel.
Comme un acte de réflexion a été requis pour saisir ce rapport universel, on a appelé son objet Vuniversel réflexe^ tandis que le premier objet saisi par la vue directe de l'intellect, a été appelé universel direct. L'un et l'autre sont dits abstraits parce qu'ils désignent une portion, un extrait de l'individu commun à tous les inàWiAw^ jparf alternent semblables.
Allons plus loin maintenant, etexaminons comment Travail
de classi-
les individus qui ne sont que partiellement semblables^ ikation . vont être classés en genres et en espèces.
Ce premier type de triangle, spontanément conçu à la vue du triangle ABC, que nous avons supposé à côtés égaux, n'est encore ni générique, ni spécifique, mais seulement abstrait. Or, je puis tirer d'autres types diiïérents^mais analogues, de la vue d'autres triangles à cotés inégaux. Rapprochantalors par la réflexiontous ces types élémentaires, je les compare ensemble, pour en voir les ressemblances et les différences, pour en distinguer les éléments essentiels et accidentels. Alors seulement, le travail scientifique commence, un travail intelligent et libre, et bien différent d'une abstraction automatique et spontanée.
Par l'analyse des éléments de tous ces types, et leur comparaison, je découvre tout d'abord, au milieu de
nombreuses différences, un caraclère commun à tous : c'est ridée générique de triangle qui se dégage de cette étude et que je définis : un espace à trois côtés.
La division de cette notion générique en espèces se fera par un procédé analogue. Je remarque que parmi les triangles, les uns ont trois côtés égaux, les autres deux côtés égaux seulement, d'autres trois côtés inégaux ; les uns ont un angle droit, les autres un angle obtus, d'autres encore trois angles aigus. Or ce sont là des caractères communs qui s'ajoutent au genre pour former des groupes inférieurs ou des espèces, et les distinguer les unes des autres : on les appelle différences spécifiques. De là, la classification scientifique en triangles équilatéraux, isocèles, scalènes, rectangles, etc., œuvre complexe de toutes les facultés intellectuelles, et qui est bien différente, comme on le voit, de l'abstraction spontanée de l'idée primaire du triangle ABC, dégagée par l'intellect agent.
M. Rabier s'est donc gravement mépris, en disant i que, d'après Aristote, l'intellect percevait spontanément le genre. Ce serait vraiment trop commode. Non, il ne dégage ni le genre, ni l'espèce, pas même l'essence séparée des caractères accidentels, mais seulement la quiddité, c'est-à-dire qu'il perçoit l'objet tel qu'il se montre, mais en faisant abstraction de l'existence , comme un type imitable ou possible. Il perçoit non s'il est, mais ceqiiil est, quod quid est, ro zi lanv. Ainsi il perçoit la blancheur dans ce papier blanc, sans se préoccuper de son caractère accidentel ou essentiel, spécifique ou générique.
Valeur Après avoir compris le mécanisme de cette abstrac-
objeclive . , ,, ,, ., • i ^T \ r ii^j-
de l'idée, tiou, par laqucUe 1 esprit conçoit J idée , c est-a-dire découvre le type nécessaire dans l'être contingent qui