Annales de phil. chrét., tome VII
morales et religieuses. Et le P.Ventura, ainsi que l'école de Loiivain •, finirent par n'admettre celte nécessité que pour l'acquisition d'idées parfaitement claires sur les principales vérités morales et religieuses, telles que la spiritualité de l'âme ou l'existence de Dieu. Après avoir connu par la tradition l'existence de ces dogmes, la raison se suffirait pour les démontrer et les expliquer.
Le traditionalisme, quelles que soient ses nuances et ciitique ses variétés, repose donc sur cette donnée que le lan- lionV gage conventionneL et parlant la tradition sociale, sont indispensables à la formation de nos idées, tout au moins de nos idées abstraites et universelles. Or il est aisé de démontrer que cette donnée est fausse. Elle exagère, jusqu'à la fausser, une vérité indiscutable admise par tous les philosophes, l'utilité des mots conventionnels et du langage, sans lesquels « l'homme penserait mal et malaisément, mais il penserait » ^.
L'expérience la plus vulgaire montre, en effet, qu'il Par rexpeut y avoir, et que nous avons souvent, une idée très p^™""^"' nette sans le mot correspondant, comme nous avons parfois le ijiot sans l'idée. L'idée n'est donc pas inséparable du langage au point que le soutiennent les traditionalistes. Bien plus, tous les instituteurs actuels des sourds-muets sont unanimes à constater qu'à leur entrée dans les maisons spéciales d'éducation les sourdsmuets, s'ils sont en âge convenable, et sans aucune infirmité mentale, sont bien loin d'être dépourvus d'idées abstraites et de connaissances générales. Quelques-uns même font déjà preuve d'une précocité qui étonne leurs interrogateurs. Et cependant ils sont totalement dépourvus du merveilleux instrument du langage conventionnel de la société où ils ont vécu.
La psychologie à son tour nous livre le secret de ces par la
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1. Ubaghs, Logicse seu Philosophiae elemenla, Louvain, 1860. ^