Montaigne, Essais, I. 11. c
Fénelc
lui-même a abandonnés aux disputes des hommes, suivant le mot de nos S. L'ivr es, tradidit mundum disputationibus eorum, ', le mal ne serait pas bien alarmant, car il n'aurait rien de dissolvant et de mortel pour les sociétés. Mais il n'en est pas ainsi. C'est bien sur les questions morales et religieuses les plus indispensables à l'orientation de la conduite individuelle et à la vie sociale, que s'affirment les divergences les plus profondes.
Même sur ces vérités essentielles à la vie morale, les De hommes abandonnés à eux-mêmes n'ont point assez de lumières, ni assez de force pour suivre toute leur raison. « Aussi, écrivait F'énelon, suis-je très persuadé que nul homme, sans la grâce de Dieu, n'aurait pas, par ses seules forces naturelles, toute la constance, toute la règle, toute la modération, toute la défiance de lui-même qu'il faudrait pour la découverte des vérités même qui n'ont pas besoin de la lumière supérieure de la foi ; en un mot, celte philosophie naturelle qui irait sans préjugés, sans impatience, sans orgueil, jusqu'au bout de la raison humaine, est un roman de philosophie ^ »
L'aveu des libres-penseurs contemporains est encore De plus remarquable. « La foi, écrivait le grand historien des Origmes de la F^^ance contemporaine, la foi est une grande paire d'ailes indispensable pour soutenir l'homme au-dessus de lui-même. . . Silôt que ces ailes défaillent ou qu'on les casse, les mœurs publiques et privées se dégradent. . , Ni la raison philosophique, ni - la culture artistique et littéraire, ni même l'honneur féodal et chevaleresque, aucun code, aucune administration,aucun gouvernement ne suffit à la suppléer dans ce service. 11 n'y a que lui (le Christianisme) pour nous retenir sur notre pente natale, pour enrayer le glissement insensible, par lequel, incessamment et de tout son