J. Simon, La religion naturelle
raison humaine, personne ne le saiirail raisonnablement contester. Cela découle de ce que nous avons déjà établi sur l'impérieux besoin qu'éprouve notre nature d'avorr la solution des grands problèmes de la vie et de la destinée humaine, et sur l'impuissance de la raison à satisfaire pleinement, toute seule et sans le secours de la foi divine, à ce besoin qui est « Tunique nécessaire »
Mais à ces vérités rationnelles, la foi peut-elle ajouter aussi des vérités supra-rationnelles, qui, sans être en rien contradictoires ni absurdes, dépassent pourtant toute démonstration de la raison? Le lecteur n'hésitera pas à l'affirmer, lorsqu'il se souviendra, d'une part, que ces vérités mystérieuses, telles que l'Incarnation, la Rédemption, etc. sont étroitement liées à la solution des grands problèmes de la vie et de la destinée, puisque sans elles la solution tant recherchée resterait incomplète ; — et que, d'autre part, la raison humaine étant finie et très bornée, en comparaison de la plénitude infinie du savoir divin, il est très utile qu'en s'approchant de Dieu, elle se sente à la fois illuminée et éblouie parle prélude de cette révélation divine, qui lui apparaît comme une anticipation de la vision bienheureuse. Le mystère de la foi sera toujours le cachet du divin, sa signature authentique, en même temps qu'une source précieuse de cette confiance et de celte humilité que l'âme doit apporter dans son commerce avec Dieu, Dei.xiè- 2° La foi ne peut être corrigée par la raison. C'est là, en effet, un droit évident pour quiconque a déjà admis que la foi est divine, soit dans son principe qui est une prémotion de la grâce de Dieu ; soit dans son objet qui est une vérité révélée par Dieu ; soit dans sa certitude qui est supérieure à toute autre, puisqu'elle s'appuie sur la parole même de Dieu. La foi, comme la raison, étant également des dons de Dieu qui ne peuvent se contredire, et dérivant comme deux canaux différents
me principe
d'une môme source de vérité, ne peuvent donc jamais être en désaccord, ou s'il y a désaccord il ne peut être qu'apparent.
Tantôt ce sont les dogmes révélés, auxquels savants ou théologiens attribuent faussement un sens qui n'est pas le vrai, c'est le Concile du Vatican lui-même qui nous le fait observer '. Souvent, en effet, faute de compétence spéciale en ces matières si délicates et si subtiles, les savants se sont mépris, et même grossièrement mépris, sur le sens et la portée de telle ou telle définition dogmatique. D'autres fois aussi, il faut bien le reconnaître, l'apparence du conflit vient de certains théologiens qui s'obstinent à donner à certains textes un sens inadmissible. S. Thomas lui-même avait bien souffert de cette sorte d'obstination maladroite, lorsqu'il la dénonçait en ces termes : « Sans doute, il ne faut jamais abandonner le sens vrai des Saintes Ecritures ; mais s'il arrive qu'un passage soit susceptible de plusieurs interprétations, que personne ne s'attache si opiniâtrement à l'une d'elles qu'il refuse de l'abandonner, au cas où quelque raison certaine viendrait à en démontrer la fausseté : autrement on exposerait la Sainte Ecriture aux railleries des infidèles et on les détournerait de la vraie religion 2. »
Tantôt, au contraire, et c'est le cas peut-être le plus fréquent, c'est le savant qui prend ses opinions ou ses hypothèses les plus contestables, parfois même ses conjectures les plus fantaisistes, pour des vérités acquises. Il suffit même, nous en citeriens plus d'un cas, qu'une hypothèse soit en désaccord, ou paraisse l'être, avec le dogme, pour qu'il y adhère aussitôt, par esprit d'opposition, avec un acharnement bien peu scientifique.
1. « Inanis hujus contradictioiiis species inde adhuc oritur quod fidei dogmata ad mentem Ecclesise Intel lecta fit exposita non fiierunt. » Conc. Valic, De fide, c. 4.