‹ La crise de la certitudeChapitre 71 sur 104 · Loisy, Autour d'un petit livre, p. 18S · texte numérisé non relu

Loisy, Autour d'un petit livre, p. 18S

changeait à la fois ou successivement Gomme la très bien dit le R. P. Lagrange : « Ce goût du progrès, presque maladif de notre temps, ne doit pas nous faire perdre de vue les conditions du progrès : cria stabilité des bases est la principale \ » Un êti'e vivant, plante ou animal, pour se développer et grandir a besoin de rester le même, et parlant d'avoir une partie, la partie fondamentale et individuelle, qui ne change pas, tandis que les parties accessoires ou accidentelles changent.

Or nous soutenons précisément, — contrairement au néo-kantisme et au relativisme contemporains, dont la majeure partie de cet ouvrage a été la réfutation, — que l'esprit humain peut atteindre, et atteint de fait, certaines vérités absolues, quoique d'une manière il est vrai très imparfaite, fragmentaire et inadéquate, — vérités absolument nécessaires et universelles, nous Tavons vu, qui constituent le fond si riche de cette philosophie fondamentale et universelle^ philosophia perennis, comme l'appelait Leibnitz, et sur lequel doivent se greffer toutes les opinions, tous les systèmes d'école, s'ils veulent vivre.

Quoique ces vérités fondamentales nous soient con- J.^^. nues d'une manière essentiellement imparfaite et ina- '^^'^^l"^ déquate, comme nous venons de l'accorder, on ne peut '® ^""*" en conclure qu'elles soient fausses, et que l'évolution puisse un jour les éliminer. Entre Yinadéquat et le /auûo,uos adversaires font ici une confusion sophistique-, qu'on ne saurait trop mettre en lumière. Le faux affirme le contraire de ce qui est, et partant la science de demain devra l'éliminer ; l'inadéquat affirme ce qui est, il affirme la vérité, sans la saisir pourtant tout entière ; et par conséquent la science de demain devra le compléter, mais elle se renierait elle-même en l'éliminant

Page 1